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Essais sur la politique monétaire en Tunisie dans un
cadre d’Équilibre Général Dynamique Stochastique
Kawther Alimi
To cite this version:
Kawther Alimi. Essais sur la politique monétaire en Tunisie dans un cadre d’Équilibre Général Dy-
namique Stochastique. Economies et finances. Université d’Orléans; Université de Sfax (Tunisie),
2019. Français. ￿NNT : 2019ORLE0502￿. ￿tel-03003305￿
HAL Id: tel-03003305
https://theses.hal.science/tel-03003305
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Page 2
ÉCOLE DOCTORALE SCIENCES DE L’HOMME ET DE LA SOCIÉTÉ
Laboratoire d’Économie d’Orléans/Laboratoire de Recherche en Économie de
Développement de Sfax
THÈSE EN COTUTELLE INTERNATIONALE
présentée par :
Kawther ALIMI
soutenue le : 15 Juillet 2019
pour obtenir le grade de : Docteur de l’Université d’Orléans et de l’Université de Sfax
Discipline : Sciences Économiques
Essais sur la politique monétaire en Tunisie dans un cadre d’Équilibre
Général Dynamique Stochastique
THÈSE dirigée par :
Mr. Grégory LEVIEUGE
Économiste chercheur à la Banque de France
Mr. Mohamed CHAKROUN
Professeur, Université d’Orléans,
Professeur, Université de Sfax
RAPPORTEURS :
Mr. Moez LABIDI
Mme. Cristina BADARAU-SEMENESCU Maître de Conférences HDR,
Université de Bordeaux IV
Professeur, Université de Monastir
_____________________________________________________________________
JURY :
Professeur, IEP Lyon
Mme Camélia TURCU Professeur, Université d’Orléans, Présidente
Mr. Antoine PARENT
Mme Cristina BADARAU-SEMENESCU Maître de Conférences HDR,
Université de Bordeaux IV
Mr. Moez LABIDI
Mr. Mohamed CHAKROUN
Mr. Grégory LEVIEUGE
Économiste chercheur à la Banque de France
Professeur, Université de Monastir
Professeur, Université de Sfax
Professeur, Université d’Orléans,












Page 3
L’Université d’Orléans n’entend donner aucune approbation
ni improbation aux opinions émises dans cette thèse ;
elles doivent être considérées comme
propres à leurs auteurs.

















Page 4
Remerciements
Je tiens à adresser mes remerciements, en premier lieu, à mes directeurs de thèse Grégory
Levieuge et Mohamed Chakroun pour avoir accepté de diriger cette thèse. Je les remercie très
sincèrement pour la confiance et le soutien qu’ils m’ont octroyé. Leurs encouragements m’ont
été d’un grand profit tout au long de mes recherches. Je vous remercie vivement.
Je voudrais également remercier Monsieur Moez Labidi et Madame Cristina Badarau-
Semenescu de m’avoir fait l’honneur de rapporter cette thèse, ainsi que Monsieur Antoine
Parent et Madame Camélia Turcu, qui ont accepté de siéger dans mon Jury de thèse.
Je remercie également l’Université d’Orléans pour m’avoir accueillie au sein de son École
Doctorale et son équipe de recherche en macroéconomie et Finance au sein du Laboratoire
d’Économie d’Orléans (LEO). Mes remerciements vont aussi à tous les membres du LEO et
tout le personnel administratif, en particulier Cécile Chamaillard, Karine Naudin et Mélie
Henault pour leur gentillesse, leur disponibilité et ses aides continus dans toutes mes
procédures administratives depuis mon premier séjour au LEO jusqu’à l’achèvement de cette
thèse.
Mes remerciements vont également à tous les enseignants et les enseignants chercheurs du
LEO, notamment Messieurs Jean-Paul Pollin, Patrick Villieu, Yannick Lucotte et Aziz Ndoye
Abdoul pour leur aide et leurs conseils sur les différentes parties de cette thèse et pour les
remarques constructives qu’ils m’ont émanées.
A cette occasion, je remercie, tous mes collègues et amis du LEO avec qui j’ai partagé des
supers moments inoubliables. Merci à : Bogdan, Andrea, Nadine, Rita, Désiré, Kady, Binéta,
Hajare, Ismaël, Adrian, Emmanuel, Achille, Nicoletta, Tobignaré, Éric, Fadi, Hadi, Marie-
Pierre, Moctar, Aoura, Nada, Noaman, Arslan, Abir, Asma, Dylan, Florian, Olessia, Réda,
Florien et les autres.
Mes sincères remerciements s’adressent également à mes amis de l’OFE : Abdouraman et
Gervais pour leurs gentillesses et leur soutien ainsi que pour tous les moments agréables
qu’on a partagé ensemble. Je voudrais également faire une mention spéciale à Tojonirina,
Josue et Médard qui m’ont aidé à me familiarisé avec « Dynare » et faire mes premiers pas
dans l’estimation des modèles DSGE.
ii


Page 5
Je suis évidemment infiniment reconnaissante envers mes parents. Je dis merci à ma mère
Noura, pour tous les sacrifices consentis et pour sa patience infinie avec mes enfants durant
tous mes séjours en France. Merci maman. Je dis merci aussi à mon père Abdallah, pour son
soutien moral et financier. Tout est toujours plus facile avec des parents comme les miens.
Depuis toujours, leurs petits mots agréables, leur soutien et leur encouragement, notamment
dans les moments les plus difficiles, m’ont donné toujours la force de ne pas lâcher et ont
guidé mes performances avec réussite.
J’adresse aussi mes sincères remerciements et ma gratitude à mon époux Fathi, pour son
soutien, sa patience et sa tolérance durant toutes ces années de réalisation de cette thèse.
Aussi, à mes filles Farah et Maya, je tiens à leur adresser mes plus chaleureux remerciements
d’avoir supporté mes absences répétées qui n’ont pas été faciles.
Merci beaucoup encore une fois à tous ceux qui me sont chers.
iii




















Page 6
Enfin, les mots sont inutiles… Cette thèse, je la dédie à mon père
iv


























Page 7
À Maya et Farah
v


























Page 8
Table des matières
Remerciements ........................................................................................................................... ii
Table des matières ..................................................................................................................... vi
Liste des figures ........................................................................................................................ ix
Liste des tableaux ....................................................................................................................... x
Liste des sigles et acronymes .................................................................................................... xi
INTRODUCTION GÉNÉRALE .............................................................................................. 12
Chapter 1 . LA POLITIQUE MONETAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITE DU
TAUX D’INFLATION ............................................................................................................ 13

1.1
1.2
Introduction ............................................................................................................ 14
Un diagnostic de la politique monétaire en Tunisie (PMT) ................................... 15
1.2.1
Les objectifs de la PMT ..................................................................................... 15
1.2.2. Le taux d’intérêt comme instrument principal de régulation ............................. 18
1.2.3. La conduite de la PMT en Tunisie ..................................................................... 19
1.2.3.1. La politique monétaire en Tunisie pré-révolution....................................... 19
1.2.3.2. La politique monétaire en Tunisie post-révolution ..................................... 20
1.3
Le Modèle .............................................................................................................. 26
1.3.1. Données et estimation du modèle ....................................................................... 30
1.3.1.1. Les Données ................................................................................................ 30
1.3.1.2. Estimation par l’approche bayésienne ........................................................ 31
1.4
Résultats et discussion ........................................................................................... 34
1.4.1 Analyse des résultats de l’estimation .......................................................................... 34
1.4.2 Fonctions de réponses impulsionnelles ....................................................................... 37
1.4.3 Analyse de la décomposition de la variance d’erreur.................................................. 38
1.5
Conclusion ............................................................................................................. 40
Annexes A. ........................................................................................................................... 43
Chapter 2 . LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU
TAUX DE CHANGE ............................................................................................................... 45
2.1
2.2.
2.3.
2.4.
2.5.
2.6.
Introduction ............................................................................................................ 46
Revue de littérature ................................................................................................ 48
Taux de change et politique monétaire .................................................................. 49
Politique monétaire et pass-through de taux de change Erreur ! Signet non défini.
La politique monétaire et de change en Tunisie .................................................... 51
Le Modèle .............................................................................................................. 52
2.6.1
Économie domestique ........................................................................................ 52
2.6.1.1 Ménages ...................................................................................................... 52
2.6.1.2
Firmes ......................................................................................................... 58
vi

Page 9
2.6.1.3
Relation entre Pass-through et prix à l'importation ..................................... 60
2.6.1.4
Coût marginal et inflation ........................................................................... 62
2.6.1.5 Détermination de l’Équilibre entre demande agrégée et offre agrégée sur le
marché
63
2.6.1.6
Politique monétaire ..................................................................................... 65
2.6.2
Économie Étrangère ........................................................................................... 66
2.7.
Calibration et estimation ........................................................................................ 66
2.7.1 Calibration ...................................................................... Erreur ! Signet non défini.
2.7.2
Estimation ........................................................................................................... 68
2.8.
Analyse de réponses impulsionnelles .................................................................... 70
2.8.1
Choc de politique monétaire .................................................................................. 70
2.8.2 Choc Technologique .......................................................................................... 72
2.9.
Conclusion ............................................................................................................. 74
Annexes B. ........................................................................................................................... 76
Chapter 3 . EFFETS DE LA POLITIQUE MONETAIRE DANS UN CONTEXTE DE
RIGIDITÉ SUR LE MARCHÉ DE TRAVAIL ....................................................................... 79

3.1
3.2
Introduction ............................................................................................................ 80
Le Modèle .............................................................................................................. 83
3.2.1
Entreprises productrices de biens domestiques .................................................. 84
3.2.1.1
Biens finaux domestiques ........................................................................... 84
3.2.1.2
Produits intermédiaires domestiques .......................................................... 85
3.2.1.3
Firmes importatrices domestiques .............................................................. 86
3.2.2
Entreprises nationales exportatrices ................................................................... 87
3.2.3 Ménages ............................................................................................................. 87
3.2.4 Marché du travail ............................................................................................... 90
3.2.5
Politique monétaire ............................................................................................ 95
3.2.6 Conditions d’équilibre ........................................................................................ 95
3.2.7
3.2.8
Évolution des avoirs extérieurs nets ................................................................... 96
Économie étrangère ............................................................................................ 96
3.3
Calibration et Estimation du modèle ...................................................................... 96
3.3.1 Calibration et distribution a priori des paramètres ............................................. 97
3.3.2
Estimation et résultats ........................................................................................ 99
3.4 Fonctions de réponses impulsionnelles .................................................................... 103
3.4.1
3.4.2
Rôle des rigidités des salaires .............................................................................. 103
Effets d’un choc technologique............................................................................ 106
3.5 Analyse de la décomposition de la variance d’erreur .......................................... 109
3.6
Conclusion ........................................................................................................... 109
Annexes C. ............................................................................................................................. 112
vii

Page 10
CONCLUSION GENERALE ................................................................................................ 114
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................. 121
viii






Page 11
Liste des figures
Figure 1 Principaux Indicateurs macroéconomiques de la Tunisie ............................................ 4
Figure 2 Hausse de l’Inflation globale en Tunisie ..................................................................... 6
Figure 3 Conduite de la politique monétaire depuis 2011.......................................................... 8
Figure 1-1 Évolution de l'inflation et du taux d'intérêt directeur de la Banque centrale .......... 16
Figure 1-2 Volume de refinancement en millions de Dinars ................................................... 17
Figure 1-3 Évolution des Taux d’intérêt .................................................................................. 21
Figure 1-4. Réponse relative de la production, de l’inflation et du taux d’intérêt nominal à un
choc d’offre .............................................................................................................................. 43

Figure 1-5. Réponse relative de la production, de l’inflation et du taux d’intérêt nominal à un
choc de demande ...................................................................................................................... 43

Figure 1-6. Réponse relative de la production, de l’inflation et du taux d’intérêt nominal à un
choc de politique monétaire ..................................................................................................... 44

Figure 2-1. Evolution du cours du dinar vis-à-vis du dollar et de l'euro .................................. 47
Figure 2-2. Réponses impulsionnelles à un choc de politique monétaire ................................ 70
Figure 2-3. Réponses impulsionnelles à un choc de productivité ............................................ 72
Figure 3-1. Évolution de la rémunération des salaires en Tunisie ........................................... 82
Figure 3-2. Taux de chômage global et des jeunes .................................................................. 83
Figure 3-3. Réponses impulsionnelles : suite à un choc de politique monétaire.................... 104
Figure 3-4. Réponses impulsionnelles : suite à un choc technologique ................................. 107
ix


Page 12
Liste des tableaux
Table 1-1 Description des Paramètres à estimer ...................................................................... 33
Table 1-2 Distributions a priori et a posteriori des principaux paramètres .............................. 33
Table 1-3 Distributions a priori et a posteriori des chocs ........................................................ 34
Table 1-4. Décomposition de la variance (en pourcentage) ..................................................... 39
Table 2-1. Liste des paramètres calibrés .................................................................................. 67
Table 3-1. Valeur des paramètres calibrés ............................................................................... 98
Table 3-2. Estimation des distributions prior et posterior ...................................................... 101
Table 3-3. La décomposition de la variance d’erreur ............................................................. 109
Table 3-4. Description des différents chocs ........................................................................... 112
Table 3-5. Liste et description des paramètres ....................................................................... 113
x





Page 13
Liste des sigles et acronymes
BCT : Banque Centrale de Tunisie
DSGE : Dynamic Stochastic General Equilibrium model
DYNARE1 : Dynare est un préprocesseur qui permet de résoudre, de simuler et d’estimer les
modèles non linéaires à variables prospectives, en utilisant comme interface Matlab ou
Octave. Dans le domaine de l’économie, il sert particulièrement à résoudre et à estimer les
modèles d’Équilibre Général Dynamique et Stochastiques (DSGE). Il est conçu et développé
par
le Centre pour
la Recherche Économique et ses Applications (CEPREMAP).
FMI : Fonds Monétaire International
GMM : Méthode Des Moments Généralisés (Generalized Method of Moment)
HP : Hodrick-Prescott
INS : Institut National de Statistique
IPC : Indice des Prix à la Consommation
LPU : Loi du Prix Unique
MH : Metroplis Hasting
MCMC : Markov Chain Monte Carlo
ML : Maximum Likelihood
OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques
PIB : Produit Intérieur Brut
PINC : Parité des Intérêts Non Couverte
PMT : Politique Monétaire en Tunisie
PNCTI : Parité Non Couverte du Taux d’Intérêt
PPA : Parité de Pouvoir d’Achat
RBC : Real Business Cycle model
TDE : Termes De l’Échange
TMM : Taux du Marché Monétaire
VAR : Vector Auto-Regressive
1 Voir www.dynare.org
xi




Page 14
INTRODUCTION GÉNÉRALE
xii































Page 15
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Dans un environnement où l’économie mondiale devient de plus en plus complexe, les
autorités monétaires font face à des défis majeurs. Ces autorités mettent en œuvre des actions
destinées à assurer la stabilité macroéconomique, en prévenant les fortes fluctuations de
l’activité économique et les poussées d’inflation. Ces actions se caractérisent de plus en plus
par de l’incertitude quant à leurs conséquences, ce qui peut profondément affecter le
fonctionnement de l’économie.
La question des effets de la politique monétaire et son efficacité a toujours été suscité de vifs
débats entre praticiens et théoriciens, aussi bien dans les pays émergents que dans les pays
développés. Cependant, les économies émergentes sont structurellement différentes des
économies développées et cela a des conséquences à prendre en compte lors de la conception
des politiques macroéconomiques (Mishkin, 2004).
Il n’est nul doute que pour les pays émergents, les déséquilibres monétaires représentent une
source d’inquiétude majeure. La volatilité, mais également la rapidité des ajustements
monétaires posent de grands problèmes aux décideurs politiques et aux acteurs économiques.
Parallèlement, le fait que la plupart de ces pays soient déjà surendettés et dépendent largement
du financement extérieur les fragilise davantage et complique la tâche des autorités
monétaires, puisque, comme le notent Christensen et Schanz (2018), un fort endettement peut
nuire à l’efficacité de la politique monétaire.
En effet, un taux d’endettement élevé, lorsqu’il est libellé en devises, met les autorités
monétaires face à un arbitrage. Elles doivent freiner la dépréciation de la monnaie locale en
augmentant les taux d’intérêt, et conjointement contenir les coûts de financement de la dette
(Christensen et Schanz, 2018). Dans un contexte de hausse continue de la dette, Calvo
(1999a), Calvo et Mendoza (2000) et Calvo (2001) se sont montrés ainsi assez sceptiques
quant au ciblage de l’inflation, en tant que stratégie de politique monétaire, pour les
économies émergentes.
La question de l’indépendance de la Banque centrale est souvent avancée par les chercheurs
comme l’un des véritables obstacles à la réussite du ciblage d’inflation dans les pays
émergents. Comme le souligne Mishkin (2004), dans ces pays les lois sont facilement
abrogées ; par conséquent, un engagement juridique en faveur de l'indépendance
2de la
2 L'indépendance de l'instrument signifie qu'il est interdit à la banque centrale de financer les déficits publics, elle
doit être autorisée à définir les instruments de politique monétaire. Sans ingérence du gouvernement et des
2


Page 16
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Banque centrale sans un réel soutien public et politique peut ne pas suffire à garantir des
politiques monétaires axées sur le contrôle de l'inflation [Cukierman, (1992) et Forder
(2000)]. Calvo et Végh (1996) soutiennent l’idée que la faiblesse des institutions budgétaires,
financières et monétaires rend les pays des marchés émergents très vulnérables, par rapport
aux pays développés, à la forte inflation et aux crises monétaires.
Un autre défit économique souligné par Mishkin (1996) et Calvo (2001) concerne la conduite
de la politique de change dans les pays émergents. En effet, dans ces pays, les autorités
monétaires sont généralement réticentes à autoriser des fluctuations libres du taux de change.
De fait, la peur du flottement constitue une contrainte supplémentaire pour la politique
monétaire dans ces pays (Calvo et Reinhart, 2002).
D’ailleurs, la maîtrise des fluctuations du taux de change est un véritable chalenge qui
inquiète davantage les décideurs publics des économies émergentes. En effet, ces économies
sont plus confrontées à une hausse de l’inflation due au
pass-through3 (Mishkin, 2004). Ainsi,
Mishkin (1996, 1999) révèle que la stabilité du taux de change est un objectif non négligeable
pour les Banques centrales des pays émergents qui visent principalement l’inflation. Afin
d'empêcher les fortes dépréciations de leurs monnaies, les Banques centrales de ces pays
peuvent être amenées à lisser les fluctuations des taux de change. Toutefois, la politique
monétaire, même sous un régime de ciblage de l'inflation, risque de se focaliser sur la
limitation des fluctuations des taux de change.
Une autre incertitude qui mérite d’être prise en compte dans bon nombre de pays en
développement et émergents, est la maitrise des canaux de transmission de la politique
monétaire. Selon Kempf et Lanteri (2008), l’optimalité des canaux de transmission dans ces
pays se heurte aux défaillances de l’environnement des affaires
4et aux frictions et rigidités sur
le marché du travail5. Ces facteurs expliquent l’inefficacité des canaux de transmission de la
politique monétaire notamment ceux du taux d’intérêt et de crédit.
membres du conseil de politique monétaire, il faut les isoler du processus politique en leur accordant des
nominations à long terme et en les protégeant contre les licenciements arbitraires.
3 « Le pass-through est le degré de transmission de fluctuations des taux de change aux prix domestiques »
(Allegret, 2007). Selon Ho et McCauley (2003), le degré de
pass-through dans les pays émergents est plus
important que dans les pays développés. Un tel degré peut atteindre, dans les marchés émergents, même les
quatre fois de plus par rapport aux autres pays (Calvo et Reinhart, 2001).
4 Ceci est dû en partie à une estimation élevée du risque par les investisseurs.
5 Ceci est dû en partie à un environnement règlementaire complexe et instable.
3


Page 17
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Dans le cas de l’économie tunisienne, ces questions ont toujours attiré l’attention des
décideurs. Elles se posent encore aujourd’hui avec plus d’acuité. Ceci se justifie d’une part,
par la volonté, depuis plusieurs années, de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) de converger
vers un régime de ciblage d’inflation. D’autre part, l’économie tunisienne a connu des
transformations rapides depuis les changements politiques de 2011, qui ont nécessité une
revue intégrale du cadre institutionnel régissant la conduite des politiques monétaire.
De fait, l’année 20116 a marqué un véritable retournement de la conjoncture économique en
Tunisie (OCDE, 2015)
7. Ainsi, les principaux indicateurs macroéconomiques du pays étaient
en dégradation : un déficit budgétaire alarmant, un déficit courant structurellement
irréversible, une dette extérieure à peine soutenable, des avoirs en devises à leur plus faible
niveau, un dinar en chute libre face aux principales devises, une inflation difficilement
maitrisable, un niveau d’activité décéléré, une productivité faible et un chômage persistant.
Comme le montre la figure 1, entre 2011 et 2012, la croissance du PIB réel était négative et le
chômage a atteint un pic de 18.3%.
Figure 1 Principaux Indicateurs macroéconomiques de la Tunisie
Source : OCDE (2018).
6 Avant la révolution de 2011 « la Tunisie semblait bien se porter et était considérée par la Banque mondiale et
le FMI comme un modèle à suivre par les pays en développement, et au le forum économique mondial a
plusieurs fois classé la Tunisie comme la plus compétitive en Afrique
» BM (2014), rapport : la révolution
inachevée, p 326.
7 L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). Série « Politiques meilleures » :
Tunisie, 2015.

4



Page 18
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Les décideurs publics tunisiens ont alors multiplié les actions pour rétablir la confiance, la
stabilité et la croissance, en essayant de corriger les problèmes macroéconomiques
fondamentaux, et en tentant de limiter les perturbations de l’économie nationale. Toutefois,
les efforts fournis par le pouvoir public, se résument particulièrement aux recrutements
massifs dans le secteur public et le recours à l’endettement extérieur par des emprunts
octroyés notamment par le FMI. D’une part, 444.9 milles salariés ont été ainsi employé dans
la fonction publique en 2011 pour atteindre les 690.09 milles salariés en 2017 soit une
évolution de 55.11% (INS, 2017). La masse salariale en Tunisie est classée ainsi, parmi les
masses salariales les plus élevés au monde (FMI, 2018). D’autre part, l’endettement excessif
de la Tunisie a augmenté, depuis 2011, d’environ 32%, soit à un rythme annuel moyen de
5,3%. Ainsi, Les dettes publiques et les dettes extérieures ont augmenté fortement pour
atteindre respectivement les 70% et 80% du PIB en 2017 (FMI, 2018). De ce fait, les
performances réalisées sont restées limitées et en deçà des niveaux escomptés. Par ailleurs, et
selon l’Institut National de la Statistique (INS, 2017), l’évolution du taux de croissance
économique trimestriel révèle que l’économie tunisienne était en perte de vitesse jusqu’au
premier trimestre 2016
8. Le taux de croissance économique n’a pas dépassé le 2.6% en
moyenne sur la période 2011-2016 (OCDE, 2018).
La question du chômage et des frictions sue le marché du travail reste également sensible pour
la Tunisie post révolution. Dans un rapport publié en septembre 2014, la Banque Mondiale a
montré que le taux de chômage en Tunisie a atteint 18.9% en 2011
9. En outre, selon les
normes internationales, le marché du travail tunisien est considéré comme relativement
inefficient et restrictif
10. En fait, en 2011, la Tunisie est classée 108ème sur 183 pays sur la
base de l’indicateur «
employer des travailleurs », selon le rapport Doing Business, et 106ème
sur 142 pays selon le Rapport sur la Compétitivité Mondiale (GCR). La situation s’est encore
aggravée ces dernières années. Le GCR 2017-2018, classe l’économie tunisienne 135
ème sur
137 pays, selon l’indicateur de « l’efficacité du marché du travail ». Deux volets posent
particulièrement problème en ce qui concerne le marché du travail tunisien selon le même
rapport : la flexibilité dans la fixation des salaires et les pratiques d’embauche et de
licenciement pour lesquels le pays occupe respectivement les 128
ème et 130ème places.
8 La dégradation de la croissance économique est due en partie à la dégradation des activités minières et de
l’activité du tourisme, l’instabilité politique et sécuritaire et les actes des attentats qui ont frappés la Tunisie en
2015 (BCT, 2017)
9 Rapport de la BM (2014) intitulé : « la révolution inachevée : créer des emplois de qualité et de la richesse pour
les tunisiens ».

10 Banque Africaine de Développement (2012) « Tunisie : Défis Économiques et Sociaux Post – Révolution ».
5


Page 19
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Généralement, les politiques salariales des gouvernements et des syndicats sont souvent
perçues comme des causes de rigidité des salaires. En Tunisie, l'Union Générale des
Travailleurs Tunisiens (UGTT), est quasiment la seule organisation ayant en charge l'action
syndicale. L’UGTT regroupe tous les travailleurs syndiqués quels que soient leur métier, le
secteur d'activité auquel ils appartiennent et leur qualification. Ainsi, la politique salariale
s’inscrit dans le contexte des conventions collectives. La fixation des salaires et l’élaboration
des conditions du travail sont le résultat de l’interaction de l’État et des syndicats.
Depuis 2011, la Tunisie a souffert aussi des déficits budgétaires et les déficits courants, qui
ont connu des niveaux préoccupants. Ces déficits jumeaux illustrent encore des défis
d’ampleur à relever. En effet, le déficit commercial a continué de se creuser pour battre, selon
l’INS, le record de 15.6 milliards de dinars en 2017 soit un creusement de 23.7% par rapport à
une année auparavant. Quant au déficit budgétaire, le creusement a atteint plus de 25% sur la
même période soit 5.2 milliards de dinars. En Tunisie, le cumul d’un déficit budgétaire avec
le déficit commercial a eu comme conséquence une baisse inévitable de la valeur de la
monnaie nationale. De surcroit, la dépréciation de la monnaie tunisienne a causé
l’accroissement du prix des intrants importés ce qui s’est traduit par une hausse des prix de
vente ; in fine une inflation importée s’est ajoutée à l’inflation domestique.
De fait, l’inflation en Tunisie, n’a cessé d’augmenter, depuis 2011, et est caractérisée par une
tendance haussière remarquée. Son taux a atteint en 2018 le niveau record de 7.7%, comparé à
3.5% de 2011, soit le niveau le plus élevé depuis 1991 (FMI, 2018). L’inflation est devenue
ainsi une préoccupation majeure pour le pays (Figure 2).
Figure 2 Hausse de l’Inflation globale en Tunisie depuis 2016
Source : FMI (2018).
6


Page 20
INTRODUCTION GÉNÉRALE
La BCT a réagi par l’augmentation de son taux directeur et l’élargissement du corridor entre
les taux débiteurs et créditeurs (Figure 3). Mais cette intervention n’a pas permis de réduire
l’inflation de manière significative. Le niveau actuel de l'inflation en Tunisie, est bien
évidemment néfaste pour l’économie dans son ensemble. La forte hausse des prix réduit le
pouvoir d’achat des ménages, accentue la pauvreté, détériore la compétitivité internationale
des produits tunisiens et décourage les nouveaux investissements. D’ailleurs, plusieurs
facteurs semblent à l’origine de cette inflation persistante. La dépréciation rapide et d’ampleur
du dinar face aux principales devises, notamment l’euro et le dollar, conjuguée à une forte
croissance du taux d’endettement extérieur ont également contribué à la hausse de l'inflation.
Après les évènements de janvier 2011, des questions jusqu’ici laissées en suspens se sont
posées explicitement. L’une de ces questions touche le rôle que devrait désormais jouer le
gouverneur de la Banque centrale dans un contexte de transition politique. Les voix se sont en
effet multipliées en faveur d’une évolution du statut de la Banque centrale de Tunisie en lui
accordant plus d’indépendance afin de réaliser « librement » ses objectifs et accomplir ses
missions
11. La loi n°2016-35 du 25 avril 2016, rénovant le statut de la Banque centrale de
Tunisie, marque la concrétisation de cette volonté politique d’accorder à la BCT plus
d’indépendance par rapport au pouvoir public.
D’une manière générale, nous pouvons considérer que la conduite de la politique monétaire
en Tunisie post-révolution a évolué en trois phases successives
12 (Figure 3). Il s’agit d’abord
d’une politique expansionniste adoptée face à la récession économique de 2011. En effet,
suite au quasi-arrêt de la production et de l’exportation dans les secteurs clés de l’économie
du pays (industrie, énergie et tourisme), et de peur de voir s’effondre les structures
productives de l’économie, la BCT a adopté une politique monétaire accommodante.
Concrètement, elle a, d’une part, fait baisser le taux de réserve obligatoire en le ramenant de
12.5% à 2% afin de préserver la capacité des banques à octroyer des crédits et préserver
l’appareil productif ainsi que d’éviter un «
credit crunch »13 (Charfi, 2016). D’autre part, la
11 En Tunisie, l'article 33 nouveau de la loi n°2006-26 du 15 mai 2006 portant sur la création et l’organisation de
la Banque Centrale de Tunisie affecte à la politique monétaire l’objectif principal «
de préserver la stabilité des
prix
». Et parallèlement à cet objectif explicite de stabilité des prix, la politique monétaire a en charge le
maintien de la stabilité du taux de change et la sécurité du système financier.
12 Ces phases historiques de la période post-transitionnelle en Tunisie, vont être mieux développées dans le
premier chapitre.
13 « Bernanke and Lown (1991) define a credit crunch as a decline in the supply of credit that is abnormally
large for a given stage of the business cycle. Credit normally contracts during a recession, but an unusually
large contraction could be seen as a credit crunch
». Cité par Clair & Tucker (1993).
7


Page 21
INTRODUCTION GÉNÉRALE
BCT a diminué son taux directeur à deux reprises14 en le ramenant de 4.5% à 3.5%, afin
d’alléger la charge financière des entreprises
15. Ensuite, la BCT, n’ayant pas obtenu le résultat
attendu, passe en 2012 à des politiques monétaires restrictives face à des pressions
inflationnistes, comme le montre la figure 1 ci-dessus. Ceci, a déclenché une seconde phase
de la conduite de la politique monétaire. en effet, la BCT a privilégie un resserrement de sa
politique monétaire en augmentant à trois reprises son taux directeur pour le porter de 3.5% à
4.5% en 2013, soit trois relèvements en moins de 18 mois. Cependant, suite à ces hausses du
taux d’intérêt, la BCT, n’a pas pu contenir l’inflation.
Figure 3 Conduite de la politique monétaire depuis 2011
Source : BCT (2018).
Enfin, n’ayant pas pu contenir l’inflation, l’autorité monétaire s’est orientée donc vers une
stratégie axée sur le ciblage d'inflation, afin de stabiliser les prix et promouvoir une croissance
durable. Cette nouvelle politique s’est confirmée à travers un projet de jumelage avec la
Banque de France prévu pour une durée de deux ans (mai 2015 à mai 2017). Ce projet a
comme objectifs de moderniser le cadre opérationnel de la conduite de la politique monétaire
de la BCT. En effet, il cherche à doter à la BCT un cadre d'analyse et de prévision, pour qu’en
temps voulu, une stratégie efficace basée sur le ciblage d’inflation sera mise en place.
14 En juin 2011, la BCT a diminué son taux d’intérêt directeur de 50 points de base pour le ramener à 4% au lieu
de 4.5%, et en septembre 2001, elle l’a diminué d’un demi-point de pourcentage pour le ramener à 3.5%.
15 52ème rapport annuel exercice 2010 de la Banque Centrale de Tunisie.
8



Page 22
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Au total, malgré toutes ces initiatives de la part de la BCT, l’inflation persiste encore en
Tunisie
16.
Problématique, Objectifs et structure de la thèse
Dans cette recherche, nous évaluons les effets de la politique monétaire en Tunisie, en
quantifiant dans quelle mesure elle parvient utilement à stabiliser l’économie, en prenant en
ligne de compte, bien évidemment, l’impact du choc des évènements politiques de 2011 sur
ces résultats. Plus précisément, la question qui interpelle notre attention et autour de laquelle
s’articule cette thèse est la suivante : quels ont été les effets de la politique monétaire
tunisienne dans un contexte marqué par des pressions inflationniste, une dépréciation de la
monnaie nationale et des rigidités salariales sur le marché du travail. Cette problématique
générale est décomposée en trois questions complémentaires :
1) Dans quelle mesure le taux d’intérêt directeur, principal instrument de la BCT, assure une
transmission efficace de la politique monétaire et le contrôle de l’inflation ?
2) Dans quelle mesure le degré de transmission des variations du taux de change aux prix
domestiques est un déterminant important de l’inflation en Tunisie ? Peut-il expliquer le
contrôle imparfait de l’inflation par la BCT ?
3) Au-delà de la problématique de change, dans quelles mesures la rigidité des salaires
affecte-t-elle la transmission de la politique monétaire en Tunisie ?
Jusqu’à présent, peu d'études ont porté sur l’évaluation des effets de la politique monétaire en
Tunisie dans un cadre d’équilibre général dynamique stochastique, DSGE
17. Pour cette raison,
nous choisissons d’initier ce type de modélisation pour contribuer à la littérature et répondre à
la problématique générale de la thèse.
En outre, plusieurs raisons motivent le choix d’un modèle DSGE comme un cadre d’analyse
pour notre étude. D’une part, ces modèles sont des outils importants pour analyser l'économie
et évaluer l’efficacité des politiques monétaires modernes (Dotsey, 2013). D’autre part, les
conjoncturistes ont privilégié, à la fin des années 1990, l’utilisation des modèles DSGE pour
évaluer les politiques monétaires et effectuer leurs prévisions. Ces modèles sont devenus une
véritable référence pour l’analyse macroéconomique (simulations de politiques économiques,
16 Selon l’INS (2018), le taux d’inflation s’est établi à 7.5% en 2018, contre 6.4% en 2017, 4.2% en 2016 et 4.1%
en 2015 (année de base 2010).

17 Ben Aîssa et Rebei (2012) et Abdelli et Belhadj (2015) sont deux exceptions.
9


Page 23
INTRODUCTION GÉNÉRALE
prévisions d’inflation, estimations de politiques monétaires optimales etc.). Les premiers
modèles standards sont développés par Smets et Wouters (2003) et Woodford (2003). Sous
l’impulsion de leurs travaux, ces modèles envahissent progressivement les Banques Centrales
et les institutions internationales comme le FMI (Adjemian et Devulder, 2011).
La méthode de ces modèles repose sur deux principes : une modélisation des agents
économiques au niveau microéconomique (ménages, entreprises, État, autorités monétaires,
investisseurs et intermédiaires financiers) qui résolvent des problèmes d’optimisation
dynamique. Ces agents sont rationnels : les ménages maximisent leur utilité et les entreprises
leurs profits dans un environnement d’équilibre général. La partie stochastique consiste à
introduire des processus exogènes, dits chocs, qui affectent les variables du modèle. Le
modèle est calibré ou estimé, de sorte à reproduire fidèlement les caractéristiques structurelles
de l’économie tunisienne.
Étant donné les objectifs de la thèse, nous évaluerons dans le premier chapitre l’efficacité du
canal du taux d’intérêt en Tunisie. Au préalable, ce chapitre fournit un panorama de la
politique monétaire, ses instruments et ses objectifs, au cours des périodes pré et post
révolution.
L’approche méthodologique suit un modèle macroéconomique simple sous forme réduite.
Celle-ci est basé sur les travaux de Michael Woodford (2003), dont la version standard de
McCallum et Nelson (1999) comporte trois équations : (i) une courbe IS ; (ii) une courbe de
Phillips ; (iii) une règle de politique monétaire à la Taylor. La période d’étude va du premier
trimestre de l’année 2000 jusqu’au dernier trimestre de l’année 2017.
Nous montrons que les effets de la réponse de la BCT à l’inflation a été limitée. En effet, une
augmentation du taux d’intérêt n’a pas donné le résultat attendu. Le taux d’inflation n’a
diminué que d’un faible pourcentage avant d’augmenter du nouveau après seulement cinq
trimestres. Ainsi, nous concluons que l’instrument de politique monétaire est devenu quasi-
inopérant. L’efficacité de la politique monétaire de la BCT a donc été limitée par certains
facteurs, que nous pouvons identifier. En effet, la forte puissance des syndicats de travail, au
lendemain de la révolution, a imposé des majorations salariales pénalisantes pour le budget de
l’État et qui ont généré un phénomène d’inflation de second tour « second round inflation
10

Page 24
INTRODUCTION GÉNÉRALE
effect18 ». En outre, la forte dépréciation du dinar observée depuis 2011 a fait s’accroitre
l’inflation importée
19. Étant donné l’importance du « pass-through » du prix des biens
importés, il est utile ainsi de s’interroger sur les effets des variations du taux de change sur
l’inflation et la politique monétaire. C’est l’objet du chapitre 2. De ce fait, nous allons élargir
l’analyse encore davantage dans le deuxième chapitre en considérant l’interaction entre la
politique monétaire et les mouvements du taux de change. Nous nous placerons alors dans un
cadre DSGE en économie ouverte. Ce modèle, est basé sur les travaux des Monacelli (2005)
et Gali et Monacelli (2005).
Les résultats du deuxième chapitre montrent que le degré du pass-through a un impact
considérable sur les fluctuations économiques en termes de variabilité de l'inflation et de
l'écart de production. Ces résultats montrent que la stabilisation de l’inflation devient plus
coûteuse en termes de production lorsque le degré du pass-through est assez important d’une
part, et d’autre part, l’efficacité de la politique monétaire dépend considérablement de la
nature du choc qui frappe l’économie, ainsi que du degré de la transmission des fluctuations
du taux de change (pass-through complet ou incomplet). Ainsi, l’enjeu de la BCT est de
stabiliser l’écart de change afin d’améliorer l’efficacité de la politique monétaire et limiter
l’inflation. Les imperfections sur le marché du travail sont également susceptibles d’expliquer
l’inflation en Tunisie et les difficultés à contrôler la hausse des prix. En effet, la forte présence
des syndicats du travail en Tunisie, notamment après 2011, a été traduite par des majorations
salariales successives. À leur tour, les entreprises ont répercuté les hausses des salaires sur les
prix. Cette action va peser sur le pouvoir d’achat des consommateurs qui vont demander de
nouveau des hausses des salaires et ainsi de suite.
Le dernier chapitre tente d’analyser les effets de la politique monétaire en considérant la
rigidité salariale sur le marché du travail. Pour y parvenir, nous nous sommes basés sur un
modèle DSGE d’une petite économie ouverte avec rigidité nominale des salaires sur le
marché du travail proposé par Adolfson et al. (2007) et Blanchard et Gali (2010). Il ressort de
18 « L’effet de second tour résulte de la dynamique prix-salaire. Il apparaît lorsque deux conditions sont réunies
: si les travailleurs obtiennent une répercussion des hausses de prix à la consommation dans leur salaire afin de
conserver leur pouvoir d’achat et si les employeurs répercutent en retour ces hausses des coûts salariaux afin de
maintenir constant leur taux de marge »
(Lemoine et al. 2008).
19 Un rapport récent de la Banque Africaine de Développement (BAD, 2019) souligne que la demande
d’importation a augmenté de 16% en 2018 par rapport à 2017. De ce fait, l’inflation importée a atteint les 7.4%
pour l’année 2018 à l’égard d’une dépréciation de 19% de la monnaie nationale par rapport à l’euro et le dollar.
11



Page 25
INTRODUCTION GÉNÉRALE
ce chapitre que la rigidité des salaires affecte largement la dynamique de l'inflation en Tunisie
et en conséquence, l’efficacité de la politique monétaire. Ces résultats mettent en évidence la
nécessité d’accompagner la politique monétaire par d’autres mesures complémentaires, i.e.,
une plus grande flexibilité du marché de travail, pour contenir les pressions inflationnistes.
12




Page 26
Chapter 1 . LA POLITIQUE MONETAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITE
DU TAUX D’INFLATION
20
20 Une version de ce chapitre est publiée sous la référence suivante : Alimi, K., Chakroun, M., & Levieuge, G.
(2017). Diagnosis of Monetary Policy in Tunisia During the Last Decade: a DSGE Model Approach.
Journal of
the Knowledge Economy
, 1-17.
13


















Page 27
CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
1.1
Introduction
Durant les deux dernières décennies, l’économie tunisienne a été fragilisée et frappée de plein
fouet par deux chocs externes d’amplitude importante. En premier lieu, la crise financière
internationale a ostensiblement limité l’accès aux marchés des capitaux internationaux
21. En
second lieu, la crise de la dette souveraine de la zone euro, principal partenaire commercial de
la Tunisie, a provoqué une baisse importante des exportations tunisiennes. À son tour, celle-ci
a entrainé une détérioration des termes de l’échange. Lorsque nous ajoutons les évènements
de Janvier 2011, nous comprenons pourquoi l’économie tunisienne est entrée dans une sévère
récession. En conséquence, une nette dégradation des fondamentaux macroéconomiques du
pays a été inéluctable. En effet, le taux de croissance du PIB réel en 2012 était négatif, les
déficits budgétaires et les déficits courants ont atteint des niveaux alarmants culminant à 7%
et 8,5%, respectivement
22. Le dinar a commencé sa chute contre le dollar et l’euro et le pays
est rentré dans une spirale inflationniste.
Durant plus de 20 ans, l’économie tunisienne était caractérisée par un taux d’inflation
inferieure en moyenne au taux mondial (Mouley, 2012). Au cours des dernières années et
juste après la révolution du pays en 2011, la Tunisie a enregistré des tensions inflationnistes
remarquables.
En juin 2013, l’inflation a atteint le niveau record de 6,6%, comparé à 3% de 2010.
L’économie tunisienne a alors traversé une période de stagflation. Dans ce contexte délicat de
croissance presque nulle, d’inflation difficilement maitrisable et d’un dinar en chute libre face
à l’euro et au dollar, l’intervention de la BCT s’avère impérative. La spirale inflationniste
dans laquelle se trouve le pays depuis les évènements de janvier 2011 rend légitime le
questionnement sur l’efficacité de la politique monétaire durant cette période. En effet, la
BCT, dont l’objectif primordial est la stabilité des prix, face à cette persistance d’inflation a
haussé son taux directeur à quatre reprises entre 2012 et 2014 (BCT, 2015). L’on est alors
amené à se poser la question suivante : le comportement de la BCT en termes de règle de
politique monétaire peut-t-il être stabilisant ? Pour ce faire, nous nous appuierons dans ce
chapitre sur un modèle macroéconomique néokeynésien simple, à l’instar de nombreux
travaux portant sur cette thématique [Lubik et Schorfheide (2004), Boivin et Giannoni (2006),
Juillard et al. (2006), Galí (2010), Adjemian et Devulder (2011)].
21 Ceci se justifie par l’extrême aversion au risque de la part des investisseurs potentiels.
22 Ces statistiques sont tirés de l’Institut Nationale de la Statistique (INS, 2013).
14


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Ce travail présent deux objectifs importants : d’une part, il vient combler, pour le cas tunisien,
le manque de l’analyse des effets de la politique monétaire à l’aide des modèles
macroéconomiques récentes tels que les DSGE. D’autre part, estimer l’efficacité du canal du
taux d’intérêt dans le contrôle de l’inflation afin d’analyser dans quelle mesure assure-t-il une
meilleure transmission de la politique monétaire.
La première section de ce chapitre est consacrée à une revue de la conduite de la politique
monétaire en Tunisie durant les deux précédentes décennies. La deuxième section porte sur
une analyse de l’efficacité de la politique en Tunisie. Une troisième section présentera le
modèle adapté à l’étude des effets de la politique monétaire. Enfin, une dernière section
discutera les résultats obtenus et leurs implications pour la conduite la politique monétaire.
1.2
Un diagnostic de la politique monétaire en Tunisie (PMT)
1.2.1 Les objectifs de la PMT
Depuis les années 1990, la Banque Centrale de Tunisie a poursuivi une politique monétaire
discrétionnaire (BCT, 2014). Elle avait pour mission de réaliser plusieurs objectifs à la fois,
d’une part, la préservation de la stabilité du système financier, et d’autre part la maîtrise de
l’inflation et le soutien de l’activité économique. Il faudrait rappeler que, lors de la création de
la Banque Centrale de Tunisie (BCT) en septembre 1958, la loi prévoyait que le conseil
d’administration de cette dernière fixe les taux d’intérêts ainsi que les commissions et les
caractéristiques perçues à l’occasion de ses opérations.
Pour contenir l’inflation, le taux d’intérêt était l’instrument privilégié de la Banque centrale de
Tunisie. Toutefois, l’instrument du « volume des liquidités »
23, était utilisé par la BCT afin de
maintenir l’équilibre du marché interbancaire. En effet, celle-ci intercède par ponctions ou
injections quotidiennes de liquidités
24pour contrôler la masse monétaire. Ces opérations,
23 La circulaire 89-14 de la BCT sur l’organisation du marché monétaire définit les instruments de conduite de la
politique monétaire en Tunisie. Il s’agit d’outils de refinancement fondés sur le marché, comme l’appel d’offre,
la prise en pension, les opérations d’
open market.
24 La BCT, à l’instar de la majorité des banques centrales, dispose du monopole de l'émission de la monnaie de
base (billets et pièces). Toutefois, la création de la monnaie scripturale, qui constitue la principale composante de
la masse monétaire, est déléguée aux banques commerciales. Chaque année, la Banque propose un programme
dans lequel est fixé l’objectif de croissance de la masse monétaire. Pour ce faire, elle tient compte du programme
macroéconomique établi préalablement par le Gouvernement (BCT, 2014). Pour affecter la capacité de création
monétaire des banques et le coût du crédit bancaire, la BCT régule la liquidité bancaire en intervenant dans le
coût de refinancement sur le marché monétaire.
15


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
permettent un ajustement entre l’offre à la demande de monnaie centrale sans variation du
taux d’intérêt (Mouley, 2012).
En vertu de la loi N°2006-26 du 15 mai 2006 portant amendement de la loi organique25, le
nouveau statut de la BCT a pour objectifs : le renforcement de son indépendance, la fixation
des politiques monétaires et de change, la stabilisation monétaire. Cependant, la nomination
de son Gouverneur sera proposée par le chef du gouvernement et doit être confirmée par le
Parlement (Chebi, 2016). Durant les dernières années, la conduite de la politique monétaire
en Tunisie et le rôle assigné à la BCT dans l’économie ont suscité des débats intéressants et
controversés.
Depuis 2011, la Tunisie se trouve dans un contexte de crise caractérisé par des données
macroéconomiques en dégradation continue. La BCT a pratiqué une politique
d’assouplissement monétaire (Quantitative Easing « QE ») dont l’objectif est de relancer
l’activité économique, d’encourager les crédits à l’investissement national et d’éviter un
assèchement du crédit bancaire (credit crunch) (Charfi, 2016a). À cet effet, la BCT, à travers
cette politique, aboutit à : la baisse de son taux directeur (Figure 1.1), l’injection de liquidités,
la baisse du taux de réserves obligatoires, l’assouplissement des exigences en matière de
provisionnement sur certains crédits classés, ainsi que les opérations d’open market (Figure
1.2).
Figure 1-1 Évolution de l'inflation et du taux d'intérêt directeur de la Banque centrale
Source : BCT (2015).
25 Avec l’ancien statut de la BCT les missions de cette dernière se limitent à la maitrise de l’inflation, et du taux
de change, la contribution à la stabilisation financière, et la nomination de son Gouverneur était pris par le
président de la République.

16



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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
La figure 1.1 ci-dessus, montre l'évolution de l'indice de prix à la consommation et du taux
d'intérêt directeur de la BCT. Nous relevons que la baisse du taux d'intérêt directeur de la
BCT durant les années 2011 et 2012 a abouti à une nette reprise de la dynamique
inflationniste à partir de 2013. Il nous faut cependant préciser que cette inflation n’est pas
seulement la conséquence de la baisse du coût de refinancement sur le marché monétaire.
Elle est aussi due aux injections de liquidité sur le marché monétaire (quantitative easing)
initiées par la BCT depuis le début de la période de transition en 2011 (Nabi, 2016). Cette
politique est couplée à la baisse du taux directeur de 100 points de base (globalement) et à la
baisse des réserves obligatoires de plus de 10% sur les dépôts dont la durée est inférieure à
trois mois (
credit easing). Mouley (2013) stipule qu’il s’en est suivi d’un « money gap26 »
autonome sur M3 assez important.
Figure 1-2 Volume de refinancement en millions de Dinars
Source : BCT (2016).
La figure 1.2, montre une évolution du refinancement global de la BCT et des opérations
d'Open-Market. Force est de constater que les besoins de liquidité des banques commerciales
ont atteint des niveaux records depuis 2011. Cette situation a amené la BCT à recourir à un
assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) sous la forme d'achat ferme de titres publics
et de réduction du taux de réserves obligataires (qui est passé de 12.5% en avril 2010 à 1% en
décembre 2013). Cette politique monétaire accommodante a permis aux banques de préserver
leur marge mais elle a aussi provoqué un effet inverse : la hausse du taux d’inflation.
26 Boughzala et al. (2007), ont Définit le money gap comme l'écart observé entre le niveau de liquidité sur le
marché monétaire et le niveau cible.

17



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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
En effet, ce dernier s’est établi à 6,1% en 2013 contre 3,5%, deux années auparavant27. Dès
lors, le conseil d’administration de la BCT s’est réuni au mois de mars 2013, pour tenter de
contenir ces pressions inflationnistes qui revêtent désormais un caractère global et structurel.
Il a ainsi initié une série de mesures dont la hausse du taux d’intérêt directeur de 25 points de
base pour le ramener à 4%. Ensuite, le relèvement du taux minimum de rémunération de
l’épargne et l’assouplissement progressif des mesures prises en octobre 2012. Enfin, la
réduction du taux de réserves obligatoires portant sur la rationalisation des crédits à la
consommation a été mise en œuvre
28.
Ainsi, les objectifs de la politique monétaire en Tunisie sont présentés, il convient de
s’intéresser aux instruments de la mise en œuvre de ces objectifs afin de contenir cette
situation inflationniste. L’instrument privilégié, est le taux d’intérêt directeur qui sera traité
dans les lignes qui suivent.
1.2.2. Le taux d’intérêt comme instrument principal de régulation
Le taux d’intérêt à court terme est l’instrument privilégié de régulation monétaire pour la
quasi-totalité des Banques Centrales. Celles-ci, considèrent que ce dernier est conforme aux
caractéristiques réelles de la politique monétaire moderne (Blake, 1997). Pour McCallum
(1999), il y a plusieurs raisons qui font que les Banques Centrales préfèrent l’instrument du
taux d’intérêt. Il s’agit surtout du rôle de préteur en dernier ressort que joue une Banque
centrale.
En Tunisie, une nouvelle politique monétaire été adoptée depuis 2006. Cette politique
s’oriente essentiellement sur le taux d’intérêt en lui accordant une place stratégique. En effet,
le contrôle quantitatif de la masse monétaire s’est désormais substitué par l’instrument
principal du maniement du taux d’intérêt pour influencer le coût de la monnaie dans
l’économie (Banque Mondiale, 2008). La BCT peut influencer le sens de variation de son
taux directeur nominal à court terme via l’ajustement du taux d’intérêt du marché
interbancaire (limitation de l’offre et de la demande de la monnaie centrale).
Dans un objectif de stabilité financière, la BCT n’a modifié son taux directeur que peu de fois.
Aussi, une certaine réticence au relèvement du taux directeur a été toujours adoptée par cette
dernière afin de mieux contrôler l’inflation. En effet, une seule hausse du taux directeur de 25
27 Rapport Annuel de la BCT pour l’année 2013.
28 Communiqué du conseil d'administration de la BCT réuni le 27 mars 2013.
18


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
points de base en 2006 (porté de 5% à 5,25%)29a été observée. L’usage, par la BCT, d’un
certain nombre d’instruments tels que les opérations de réglage fin, ont permis le contrôle de
la volatilité du taux de marché monétaire (TMM) au jour le jour. Le TMM a perdu son
contenu informatif sur le niveau de liquidité du fait de cette politique, et a continué de réduire
de façon substantielle son rôle dans le contrôle de la politique monétaire.
Suite à une récession économique en 2011, la BCT, a été obligée de revoir à la baisse à deux
reprises son taux directeur (de 4,5% à 3,5%)
30. Cette politique vise d’un côté, à permettre aux
entreprises affectées par des troubles socioéconomiques de réduire leurs charges financières,
de l’autre côté, à rendre l’investissement direct privé attrayant.
1.2.3. La conduite de la PMT en Tunisie
Dans cette section, il sera question de chercher à mieux comprendre comment et dans quelle
mesure les décisions de la politique monétaire affectent l’économie tunisienne. Précisons de
prime abord que l’année 2011 a marqué la rupture entre deux modes de gouvernance et de
planification générale de la vie politique, sociale et économique. Désormais, nous considérons
l’année 2011 comme une année de référence entre deux périodes marquantes : celle de la pré-
révolution et celle de la post-révolution. Notre analyse de la conduite de la politique
monétaire comporte ainsi un découpage historique conséquent.
1.2.3.1. La politique monétaire en Tunisie pré-révolution
D'après le rapport annuel de la BCT en 2014, la politique monétaire tunisienne a enregistré
trois grandes mutations dans son histoire. La première remonte à 2006 marquée par le recours
très intensif aux taux des réserves obligatoires ; la deuxième est intervenue en février 2009 où
la BCT a utilisé les facilités permanentes se traduisant par des plus larges fluctuations du taux
d'intérêt ; enfin, la dernière mutation a eu lieu en juin 201231, période marquée, pour la BCT,
par une réorientation vers plus de flexibilité de sa politique de change.
Pour mettre en pratique ces politiques monétaires, la BCT a eu recours à divers instruments.
Nous avons d’abord le taux d’intérêt, qui était en mesure, à travers une baisse, de réduire la
29 Rapport final de la BCT (2014) : « Les mécanismes de transmission de la politique monétaire en Tunisie ».
30 Rapport final de la BCT (2014) : « Les mécanismes de transmission de la politique monétaire en Tunisie ».
31 « Depuis l’annulation de l'obligation imposée aux banques de transférer à la BCT leurs soldes journaliers de
devises (nivèlement) de manière discrétionnaire en juin 2012, […]. Quoique cette mesure permette une
autonomie au marché interbancaire de devises et offre un meilleur cadre de prévision bancaire, elle expliquerait
en revanche la plus grande volatilité du taux de change observée durant le troisième trimestre de 2012
. » (Ali
Chebbi, 2013).

19


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
part des créances douteuses dans le total des prêts bancaires. Par la suite, afin de freiner la
hausse rapide des crédits, le taux des réserves obligatoires a été privilégié. Ce dernier
instrument a été ainsi un substitut à des hausses du taux d’intérêt. Enfin, le taux de change a
été l’instrument favorisé afin de protéger la compétitivité du secteur réel.
Certes, la dernière crise financière n’a pas touché directement la Tunisie. Cependant, la forte
récession des pays européens en 2009, a impacté considérablement ses exportations et son
secteur manufacturier
32. Toutefois, une reprise économique a été amorcée en 2010, avec une
croissance du PIB de 3,7% environ. Cette reprise a été maintenue par la dépréciation du dinar,
qui a stimulé les exportations industrielles du pays vers la zone euro.
Toutefois, il faut relever d’une part, que le déficit courant a augmenté en 2010 pour atteindre
4,8 % contre 2,9 % en 2009, et ce en raison de la non reprise du secteur commercial. D’autre
part, la croissance des importations (+17,5 %) a excédé celle des exportations (+12,6 %),
contre une stagnation des recettes touristiques et des apports des investissements directs
étrangers (en dépit de la reprise de l’économie mondiale). Nonobstant, les réserves en devises
ont continué à se maintenir à un niveau confortable, soit environ cinq mois d’importations. La
BCT, pour sa part, a maintenu une politique d’assouplissement et une orientation financière
de soutien pour assurer la relance économique avec des investissements privés et publics d’un
niveau élevé
33.
1.2.3.2. La politique monétaire en Tunisie post-révolution
Durant la période post-révolution, la conduite de la politique monétaire a connu des
bouleversements importants. Deux gouverneurs se sont succédé à la tête de la BCT, avec des
philosophies, des visions et des priorités différentes. Dans leur conduite de la politique
monétaire, ils avaient à composer avec des gouvernements affaiblis par la pression des
syndicats. Le contexte auquel ils faisaient face était le même : les principaux indicateurs
macroéconomiques étaient en rouge : un déficit budgétaire alarmant, un déficit courant
structurellement irréversible, une dette extérieure à peine soutenable, des avoirs en devises à
leur plus faible niveau, un dinar en chute libre face aux principales devises, une inflation
difficilement maitrisable, un niveau d’activité décéléré, une productivité faible et un chômage
persistant.
32 Le secteur manufacturier présente près de 80 % du marché des exportations tunisiennes.
33 La réforme du secteur bancaire a conduit aussi, à une réduction du ratio des prêts improductifs, lequel est
passé de 25 % en 2003 à 13 % en 2009. Le niveau de la dette publique est resté stable (soit 20,9 milliards de
dollars ou à peu près 43 % du PIB en 2010).
20


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Au cours de cette période transitoire ardue, les autorités monétaires devaient non seulement
définir des priorités et des objectifs clairs en termes de politique monétaire, mais aussi elles
devaient coordonner leurs décisions avec celles du Gouvernement central au prix de mettre en
péril l’objectif de stabilité des prix et du taux de change. D’une manière générale, nous
pouvons considérer que la conduite de la politique monétaire en Tunisie post-révolution a
évolué en trois phases successives.
Première Phase : les politiques monétaires expansionnistes face à la récession
i.
La première phase intervient après la récession de 2011. Durant cette période, la Tunisie a pu
entamer une reprise économique modérée grâce à des politiques monétaires et budgétaires
expansionnistes. La BCT a décidé d’une part, de diminuer son taux directeur à deux reprises
34
(Figure 1.3) ; d’autre part, pour consolider l’effort des banques dans le financement des
entreprises et pour stimuler l’activité économique, la BCT, a injecté une enveloppe de 3.616
MDT environ, pour fournir la liquidité nécessaire aux banques.
Figure 1-3 Évolution des Taux d’intérêt
Source : BCT (2016)
Pour Charfi (2016a), ces mesures représentent une politique de mise en œuvre pour éviter un
« Credit Crunch ». Dans ce contexte, les billets et monnaies en circulation ont enregistré un
accroissement record de 22.5% en 2011 (BCT, 2011). En outre, ce laxisme a provoqué une
grande pression sur la balance des paiements, la balance commerciale, et la parité du dinar.
34 En Juin 2011, la BCT a diminué son taux d’intérêt directeur de 50 points de base pour le ramener à 4% au lieu
de 4,5%, et en Septembre 2011, d’un demi-point de pourcentage pour le ramener à 3.5%.
21



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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Durant la même période, le glissement du dinar a participé davantage au creusement du déficit
commercial. Ceci s’explique principalement par les exportations qui n’ont pas augmenté
malgré la perte de valeur du dinar
35, en contrepartie des importations qui coûtent désormais de
plus en plus chères
36. À cet effet, les statistiques de l'INS en disent davantage. Ses données
officielles montrent que le déficit de la balance courante a atteint 3,9 milliards de dollars en
2012, soit 8,5% du PIB, contre un déficit de 2,1 milliards de dollars en 2010, l’équivalent de
4,8% du PIB. Pour sa part, le déficit budgétaire s’est établi à 7% du PIB contre 1,1% en 2010.
Quant à la dette publique, sa valeur est évoluée de 26 milliards de dinars à plus de 35
milliards en 2013.
ii.
Deuxième Phase : Les politiques monétaires restrictives face à l’inflation
La seconde phase de la conduite de la politique monétaire en Tunisie post-révolution, débute
dans la deuxième moitié de 2012. La BCT, en modérant l’approche expansionniste adoptée
depuis la révolution, privilégie un resserrement graduel de sa politique monétaire. Cette
nouvelle politique s’est confirmée en augmentant à trois reprises son taux directeur pour le
porter de 3,5% en août 2012 à 4% au terme du premier trimestre 2013 puis à 4,5% en
décembre 2013, soit trois relèvements en moins de 18 mois. Cette politique vise à contenir la
pression inflationniste additionnelle qui s’est positionnée sur un palier relativement élevé, soit
6,1% (BCT, 2013)
37.
Depuis 2013, la politique monétaire en Tunisie a suivi une politique de change moins
accommodante. En effet, la BCT, à travers cette politique, vise à assurer une gestion plus
efficiente de ses interventions sur le marché de change et à garantir un meilleur suivi de son
taux. Elle a évité de restreindre les conditions de la reprise de la croissance à travers diverses
mesures, tantôt dans les relèvements successifs du taux directeur, tantôt par l’abandon de
l’appel d’offre à un mois, tantôt par le déplafonnement des taux sur les dépôts bancaires à
terme et la mise en place d’un système de «
Trade-reporting »38 (BCT, 2013).
35 La faible conjoncture internationale, conséquence de la crise financière mondiale et de la crise de la dette
souveraine, s’est traduite par une dégradation de la demande étrangère pour les produits tunisiens.
36 Cela est principalement dû au fait que la Tunisie est un pays rigide à l’importation.
37 De manière générale, et malgré l’augmentation du taux d’intérêt directeur, le taux d’inflation ne cesse
d’augmenter durant la période pour atteindre 5,6% en 2012 contre 3,5% enregistré en 2011, en relation
principalement avec la hausse des prix de tous les groupes de produits, et en particulier les produits alimentaires
dont les prix ont augmenté de 8,4% à la fin de l’année précédente. C’est dire que le premier ajustement du taux
directeur était encore insuffisant au vu des retards et délais d’ajustement connus de l’inflation (Mouley, 2013).
38 Un « Trade-reporting » est un système qui permet à la BCT de collecter les transactions de change effectuées
en temps réel sur le marché interbancaire (BCT, 2013).

22


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Toutefois, la croissance économique est restée faible durant l’année 2013 avec un taux limité
à 2.3% (BCT, 2013). Cette situation s’explique par le double effet d’une conjoncture
économique internationale défavorable et un environnement national marqué surtout par le
recul de l’activité économique (touristique et de transport, et de la décélération de la
production du secteur industriel des produits orientés vers l’exportation). Ainsi, des
déséquilibres macroéconomiques et un niveau du chômage élevé ont été constatés.
Malgré l’adoption d’une politique budgétaire expansionniste, l’activité économique en
Tunisie reste toujours ralentie. Par exemple, en 2013, le déficit budgétaire (hors privatisation
et dons) passant de 5,2% en 2012 à 6,2% du PIB. Force est de constater par ailleurs une nette
aggravation des déséquilibres financiers aussi bien internes qu’externes et une hémorragie du
déficit commercial s’élevant à 3.7% (INS, 2013).
Dans ce contexte de déséquilibres macroéconomiques, certaines conséquences directes sur
l’activité économique sont incontournables. Nous pouvons citer entre autres le creusement
important du déficit courant
39, des flux d’investissements directs étrangers en net recul, une
tension inflationniste et une hausse considérable de la masse salariale en l’absence de gains de
productivité (BCT, 2013). Pour illustrer, au-delà de la récession économique, la situation en
Tunisie a été marquée encore par un recours excessif à l’endettement et une apparition des
maintes déficits (commerciale, budgétaire, caisses sociales…etc.) durant ladite période.
Consciente de l’importance des enjeux et défis à relever et de son rôle crucial pour l’économie
nationale, la BCT, dès 2014, a engagé des réformes multidimensionnelles importantes. Celles-
ci portent sur la modernisation de ses instruments et sur la diversification des moyens de
gestion d’une part, de sa politique monétaire, d’autre part, de sa politique de change et de son
management des risques. Par ailleurs, la BCT a adopté les outils nécessaires pour superviser
plus efficacement les institutions de crédit, et renforcer ses structures de gouvernance. Ces
outils visent principalement à stabiliser la forte volatilité du taux de change de la monnaie
nationale et de garantir l’équilibre des comptes extérieurs. Il en est de même de l’équilibre du
secteur bancaire, du renforcement de ses assises financières et de la modernisation de sa
gouvernance. Toute cette démarche permet la mise en place d’un mécanisme efficace
d’allocations des ressources financières afin de booster le taux de croissance et le
développement économique.
39 Ce déficit courant est due à l’accélération des importations de l’énergie et des biens alimentaires à un rythme
nettement plus accentué que les exportations avec un taux d’accroissement annuel moyen de 22% et 9%
respectivement (BCT, 2013).
23


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Les réserves en devises ont aussi baissé pour clôturer l’année 2013 au niveau de 106 jours
d’importation contre 119 jours à la fin de l’année 2012
40. Ceci est le résultat de
l’accroissement des besoins en financements extérieurs. En conséquence, la Tunisie a signé,
en juin 2013, un accord « Stand-By » avec le Fonds Monétaire International (FMI). Cet accord
s’étale sur deux ans (2013-2015) avec un montant de 1,74 milliards de dollars américains
ayant pour objectif de financer le programme des réformes économiques du pays. À la suite
de cet accord, l’État a cherché à renforcer les marges de manœuvre budgétaire pour favoriser
une croissance plus forte et plus inclusive (BCT, 2014).
iii.
Troisième Phase : la modernisation du cadre opérationnel de la politique
monétaire, vers une stratégie de politique monétaire axée sur le ciblage de
l'inflation
Le ciblage d’inflation est une stratégie qui consiste pour la Banque centrale à s’attaquer
directement à l’inflation tout en abandonnant tout autre objectif intermédiaire explicite.
Autrement dit, cette politique monétaire s’oriente directement vers l’objectif final de la
stabilité des prix (Lucotte, 2015). Une telle stratégie peut être qualifiée comme une mesure
pour la Banque centrale d’avoir une marge discrétionnaire dans la conduite de sa politique
monétaire (Svensson, 2002). De ce fait, la Banque centrale conserve son caractère coercitif de
la règle monétaire et doit rendre des comptes publiquement sur l’atteinte de son objectif de
stabilisation des prix. Pour formaliser le ciblage d’inflation, Bernanke et Mishkin (1997) ont
utilisé l’expression de « discrétion contrainte ». Pour ces auteurs, cette politique permet à la
Banque centrale d’adopter une position intermédiaire entre une discrétion absolue et
l’application rigide d’une règle monétaire.
Le dispositif de ciblage d’inflation comporte un certain nombre d’éléments nécessaires. Il
s’agit d’abord, pour la Banque centrale, de se doter d’une certaine autonomie opérationnelle
afin d’atteindre son objectif premier de stabilité des prix. Ensuite, elle doit fixer un objectif
quantitatif d’inflation. En outre, la Banque centrale doit respecter les obligations de
transparence dans la mise en œuvre de sa stratégie et rend compte de la bonne exécution de
cet objectif. Enfin, en s’appuyant sur une série d’informations, celle-ci réalise une évaluation
anticipative de l’inflation [Mishkin (2004), Heenan et al. (2006)
41].
40 Rapport annuel de la Banque Centrale de Tunisie (2013), page 25.
41 Cité par Roger (2010), dans « Ciblage de l’inflation : 20 ans déjà. Finances et Développement ».
24


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Dans le but d’endiguer les pressions inflationnistes persistantes depuis la « révolution », la
BCT a adopté une nouvelle politique monétaire basée sur le ciblage d’inflation. Il s’agit pour
cette dernière de l’expérimenter, en 2015, à travers un projet de jumelage avec la Banque de
France
42. Ce projet vise à moderniser le cadre opérationnel de la conduite de la politique
monétaire de la BCT. En effet, il cherche à doter la Banque centrale d’un cadre d’analyse et
de prévision, pour qu’en temps voulu, une stratégie efficace basée sur le ciblage de l’inflation
sera mise en place
43. En tout état de cause, la Banque centrale dispose aujourd’hui, grâce aux
acquis de ce jumelage, d’une boite à outils qui lui permet de mener des analyses fines de la
situation économique, monétaire et financière du pays. Elle peut désormais développer elle-
même des modèles pouvant évaluer la croissance et l’inflation, et confectionner des tableaux
de bord pour une meilleure prise de décision. Ce jumelage lui permet enfin, de mener une
politique monétaire proactive, de prévoir les anticipations inflationnistes, pour pouvoir, à
moyen terme, porter l’inflation vers sa cible implicite. Durant les deux années de jumelage
(2015-2017), les actions de modernisation et de perfectionnement se sont focalisées en outre
sur l’amélioration de la qualité de la communication de la BCT. Celle-ci constitue un vecteur
qualitatif de transmission des impulsions de la politique monétaire (BCT, 2015).
Ainsi, la politique monétaire post-révolution en Tunisie s’est repartie en trois phases
continuelles. Il s’agit tout d’abord d’agir à travers des politiques monétaires expansionnistes
face à la récession économique. Ensuite, la BCT n’ayant pas obtenu le résultat attendu passe à
des politiques monétaires restrictives face à des tensions inflationnistes, en agissant sur le taux
directeur en l’augmentant à trois reprises en moins de 18 mois. Enfin, malgré toutes ces
initiatives de la part de la BCT, l’inflation persiste. Elle est donc s’orientée vers la mise en
place d’une politique de ciblage d’inflation. Cette politique monétaire s’est concrétisée à
l’aide du projet de jumelage avec la Banque de France.
Suite à toutes ces démarches, la BCT n’ayant pas atteint un niveau satisfaisant de la
stabilisation des prix, notre apport consiste à une analyse des effets de la politique monétaire
en Tunisie dans un contexte d’inflation soutenue et non maitrisable. Pour se faire, nous allons
nous baser sur un modèle macroéconomique de forme réduite.
42 Ce projet consiste en un accord conclu entre la Banque Centrale de Tunisie et la Banque de France, pour une
durée de deux ans, s’étalant entre mai 2015 et mai 2017.

43 Chedly Ayari Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (2017), « Séminaire de clôture du projet de
jumelage entre la Banque Centrale de Tunisie et la Banque de France ».

25


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Les modèles macroéconomiques issus de la macroéconomie dynamique sont des instruments
d’analyse de la politique économique. Contrairement aux modèles traditionnels, leurs
fondements microéconomiques lui permettent d'échapper à la critique de Lucas (Sergi, 2018).
Le recours à un modèle sous forme réduite nous permet d’abord d’identifier les faits stylisés
de l’économie tunisienne. Ensuite, de réaliser un certain nombre d’analyses économiques, en
mettant en avant, l’impact des chocs de la politique monétaire sur l’économie. Enfin, il permet
d’étudier les mécanismes de transmission de cette dernière. Ces modèles rendent possible
l’analyse de la diffusion des chocs de la politique monétaire sur d’autres variables
macroéconomiques comme le PIB (Christiano et al. 1998). Nous évaluons, dans ce cadre, les
effets de la politique monétaire en Tunisie dans un contexte d’inflation soutenue.
1.3
Le Modèle
Dans ce premier chapitre, le cadre d’analyse de la politique monétaire s’inscrit dans la
synthèse néokeynésienne à la Clarida et al. (1999). Ainsi, un modèle macroéconomique de
forme réduite, dit de consensus, sera estimé. Ce modèle est basé sur les travaux de Michael
Woodford (2003), dont la version standard de McCallum et Nelson (1999). Il comporte trois
équations-clé : une courbe IS, une courbe de Phillips et une règle de politique monétaire à la
Taylor
44. Nous faisons appel, comme la plupart de modèles néokeynésiens, à la formulation
« hybride » en incorporant les valeurs retardées des variables dans les équations IS et la
courbe de Phillips néokeynésienne (NKPC) agrégées [Fuhrer (1996), Clarida et al. (1999),
Smets et Wouters (2003), Schmitt-Grohé et Uribe (2008) et Schorfheide (2008)].
Le recours à un modèle hybride dans notre cas se justifie d’une part, par le fait que ces
modèles sont assez robustes à la critique de Lucas (Jondeau et Le bihan, 2002)
45. D’autre part,
ce type de modèle est suffisamment fort pour reproduire une dynamique plausible de
l’économie [Fuhrer (1997) et Mankiw (2000)]. L’utilisation du modèle hybride peut trouver
encore sa légitimité à travers d’autres postulats. Concernant la courbe IS, tantôt, un
ajustement partiel du PIB peut être considéré d’une manière ad hoc [Svensson (2000) et
Weerapana (2000)] ; tantôt prendre en compte les coûts d’ajustement (Tinsley, 1993) ; tantôt
44 Selon Clarida et al. (1999), King (2000) et Galí (2008), les modèles néokeynésiens d’analyse de la politique
monétaire se composent de deux équations agrégées, que sont : la nouvelle courbe IS et la Courbe de Phillips
« Néokeynésienne » (NKPC). Nous devons toutefois y ajouter une fonction du taux d’intérêt qui représente
l’instrument majeur de la politique monétaire de la Banque centrale.

45 Cité par Levieuge (2006) dans son article « Règle de Taylor vs Règle-icm ». Revue économique, 57(1) ,85-
121.
26


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
enfin, permet l’introduction de rigidités dans la consommation comme la formation
d’habitude (Fuhrer, 2000). Pour la courbe de Phillips, l’intégration de la partie retardée de
l’inflation, lui donne une place de référence dans son prolongement de Calvo et une base
importante sur le plan empirique (Lindé, 2002).
Les trois équations caractéristiques de notre modèle se présentent alors comme suit :
[Nouvelle courbe IS] (1)
[Courbe de Phillips Néokeynésienne46] (2)
+
[Règle de politique monétaire] (3)
L’équation (1) est la nouvelle courbe IS qui caractérise la demande agrégée des ménages. Elle
définit l’équilibre sur le marché des biens. Cet équilibre résulte d’un programme de
maximisation de l’utilité du consommateur rationnel (Sergi, 2018). On constate que, l’écart de
production dépend positivement des variations de ses valeurs retardées et anticipées, ainsi que
. Cependant, il dépend négativement des variations du
d’un choc de demande stochastique

taux d’intérêt réel. Sachant que désigne l’output gap47, est le taux d’intérêt nominal,
est l’inflation anticipée, étant le taux d’intérêt réel, indique la rigidité
de consommation dans la formation des habitudes des ménages
48, et est l’inverse de
l’élasticité de substitution intertemporelle de la consommation
49.
L’équation (2) correspond à la courbe de Phillips Néokeynésienne (NKPC). Elle découle de
l’optimisation du profit des firmes, sous l’hypothèse d’un ajustement des prix à la Calvo
(1983)
50. Selon ladite équation, le niveau de l’inflation passée, de l’inflation future anticipée
46 La courbe de Phillips Néokeynésienne (NKPC) est apparue au milieu des années 1990 dans les travaux portant
sur l’analyse de la politique monétaire, et a été popularisée en 1999 par Gali et Gertler. Vu l’incorporation des
termes d’inflation retardée, ladite équation a réussi à échapper à critique de Lucas (Lufutu, 2015).

47 L’output gap (écart de production), représente dans notre modèle la différence entre le PIB réel de
l’économie et son niveau « potentiel », à savoir la production maximale à plein régime. C’est le niveau
« naturel » de PIB en l’absence d’imperfections de marché (Sergi, 2018).

48 Plus la valeur de est élevée, plus la persistance des habitudes de consommation est importante. Ainsi, une
faible valeur de ce paramètre, signifie que les ménages sont moins poussés à lisser leur consommation. L’écart
de production sera ainsi plus sensible aux chocs de la politique monétaire
.
49 C’est aussi l’élasticité de l’écart de production actuelle au taux d’intérêt réel. Une faible valeur du coefficient
indique que les ménages sont moins poussés à lisser leur consommation et par conséquent, l’écart de
production devient plus sensible aux réactions des chocs de la politique monétaire.
50 L’ajustement des prix à la Calvo suppose qu’à chaque période, chaque firme, indépendamment de la dernière
période où elle a modifié son prix, a une probabilité donnée de ne pas réviser son prix. Cette source de rigidité
des prix constitue une source très importante de la non-neutralité de la monnaie et rend la politique monétaire
opérationnelle à court terme.
27




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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
ainsi que de l’écart de production courant, agissent positivement sur le niveau actuel
d’inflation. Comme le soutiennent plusieurs auteurs [Schorfheide (2008), Amano et al. (2007)
et Kurmann (2005)], la spécification de la NKPC est un élément déterminant de la dynamique
de l’inflation dans les modèles néokeynésiens. Elle permet d’une part de capturer la
persistance de l’inflation observée dans les données. D’autre part, elle reproduit le fait stylisé
économique de la réponse tardive et graduelle de l'inflation suite à un choc monétaire
(Mankiw, 2001).
En général, l’équation NKPC se base sur le forward-looking (tournée vers le futur) qui permet
d’exclure toute persistance d’inflation afin d’aboutir à une « prédiction qu’une politique de
désinflation crédible est sans coût pour le produit » (Ball, 1999a). Bien que cette dernière
version de la courbe de Phillips soit autant appliquée, plusieurs auteurs comme Galí et Gertler
(1999), ont introduit la partie backward-looking pour mettre en avant la persistance de
l’inflation retardée. Dans ce sens, Mankiw (2001) montre que celle-ci permet de capturer la
persistance de l'inflation. Mankiw et Reis (2002)
51 quant à eux, ont repris l'hypothèse de
Fischer de prédétermination des prix, en remplaçant l’hypothèse de rigidité des prix par la
rigidité de l’information.
Selon King (2000), les paramètres et sont positifs tels que 0 1 et 0. Le
paramètre mesure la sensibilité de l’inflation aux fluctuations de la production. Une valeur
élevée de indique que la production a un effet faible sur l’inflation nécessitant ainsi un
ajustement moins fréquent des prix. Nous retenons que lorsque les prix sont fortement rigides
(une valeur faible de
), l’inflation est moins sensible aux déviations de la production52. Pour
Clarida et al. (1999), le choc d’offre
, ou choc d’inflation par les coûts ou encore « cost
push shock » est un élément déterminant de cette équation. Il désigne les chocs aléatoires qui
affectent l’offre agrégée et qui peuvent occasionner les variations du taux d’inflation courant.
Ce choc conditionne par ailleurs, l’arbitrage entre l’inflation et la production auquel la
Banque centrale fait face pour conduire sa politique monétaire.
L’équation (3) est une règle de politique monétaire à la Taylor (1993) augmentée du taux
d’intérêt passé. Le degré d’influence des valeurs retardées dans cette équation a un impact non
négligeable dans la transmission des effets de la politique monétaire. Il permet également
d’illustrer la mesure dans laquelle ces valeurs conditionnent la valeur actuelle. Il s’agit donc
51 Cité par Aïssa et Musy (2005).
52 Voir Castelnuovo (2006) pour plus de détails.
28


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
d’un indicateur important de la persistance de l’inflation ou de la production. Dans la même
continuité, Levieuge (2006) révèle que la partie retardée de cette équation se justifie par le fait
que la Banque centrale suit une politique anti-inflationniste face à un choc quelconque
(politique monétaire graduelle).
Cette règle désigne la fonction de réaction de la Banque centrale dont le taux d’intérêt
nominal est défini comme étant l’instrument principal de sa politique monétaire. Cette
équation indique la règle suivie par la Banque centrale pour déterminer son taux d’intérêt
nominal afin de répondre aux déviations courantes de l’inflation et de la production (Bernanke
et Mihov, 1998). Selon Clarida et al. (1999), le choix de cet instrument est plus réaliste que
celui des agrégats monétaires utilisés par certains modèles néokeynésiens [McCallum (2001a,
2001b), King et Woolman (2004)]. Il est aussi important de relever qu’une politique
monétaire peut être influencée par des règles simples ou complexes. Ainsi, il est considéré
que la performance d’une économie dépend des règles monétaires mises en œuvre. En effet,
sous l’hypothèse de contrôle parfait de l’information, il est possible que les règles monétaires
simples offrent une approximation meilleure d’une politique optimale (Cateau et Murchison,
2010). Dans ce sens, Côté et al. (2002) montrent que la performance des règles de la politique
monétaire est influencée par l’usage des règles monétaires simples. Leurs résultats ont été
confirmés aussi sur la performance des règles monétaires simples, comme celle de Taylor, par
rapport à celles complexes. Les paramètres de l’équation (3) portant sur la règle de la
politique monétaire de notre modèle sont constitués de plusieurs arguments influençant d’une
manière ou d’une autre cette règle. La partie ( ) représente la portion systématique
comprend l’ensemble des chocs qui
de la politique monétaire (King, 2000), tandis que
incitent la Banque centrale à agir en dehors de sa politique systématique. Le taux d’intérêt
nominal courant est fonction du taux d’inflation actuel modéré par un paramètre de sensibilité
, de l’écart de production modéré par un paramètre de sensibilité et du degré de
« lissage » du taux d’intérêt par l’autorité monétaire ( ).
Après avoir défini les trois équations de notre modèle, on remarque que l’action de la Banque
centrale sur le taux d’intérêt peut provoquer une variation négative de l’écart de production
(équation (1)). Ceci, induit une variation positive de l’inflation
53 au niveau de l’équation (2).
Il est important ensuite de porter un regard particulier sur certains paramètres de ces
53 La durée de transmission dépend du degré de réaction, de la sensibilité de l’output et de l’inflation.
29


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
équations. Ainsi, à travers ce modèle simplifié54, nous pouvons identifier deux paramètres
d’intérêt. Le premier, est le paramètre représentant le degré d’arbitrage auquel la banque
doit faire face entre les déviations de l’inflation et celles de la production. Il constitue une
mesure déterminante pour la transmission des effets de la politique monétaire et pour la
stabilisation macroéconomique. Ceci indique dans quelle mesure l’inflation et la production
interagissent. En effet, une valeur positive de indique une réduction immédiate de l’inflation
après un choc de politique monétaire. Si cette valeur est faible
55, les effets réels de ce choc
sont augmentés. Le deuxième est le paramètre présentant le canal de transmission de la
politique monétaire vers l’économie. En effet, cette transmission se fait à travers la fixation du
taux d’intérêt réel sur l’output gap. Afin d’étudier les interactions de ces variables pour
l’économie tunisienne, nous estimons ce modèle à partir de données réelles.
L’expérimentation de ces modèles dans les économies se fait souvent par la méthode
d’estimation ou de calibration. Bien que, la calibration ait été la plus utilisée dans les premiers
modèles macroéconomiques, les spécialistes font aujourd’hui davantage recours aux
techniques de l’estimation bayésienne (Sergi, 2014). La section suivante présente les
avantages de cette technique ainsi les détails de notre estimation.
1.3.1. Données et estimation du modèle
1.3.1.1. Les Données
Les données du modèle portent sur trois variables : (i) le taux d’intérêt directeur nominal ; (ii)
l’indice de prix à la consommation ; (iii) le produit intérieur brut à prix constant. Ceux-ci ont
été sélectionnés et analysés trimestriellement. La période d’étude et d’estimation s’étale de
2000 à 2017. Il en résulte ainsi 68 observations.
Le potentiel de production ayant servi au calcul de l’écart de production a été estimé par le
filtre de Hodrick-Prescott (HP). Les données proviennent de la base de données Datastream,
et sont complétées par des données plus récentes de la Banque Centrale de Tunisie (BCT).
Les résultats sont obtenus en utilisant le logiciel Dynare 4.4.3, dans Matlab 2016a.
54 Les paramètres et de notre modèle déterminent le degré d’influence des valeurs anticipées sur le niveau
courant des variables. Dans les cas extrêmes nous avons :
- si
1 et 1, le modèle devient prospectif ou forward-looking.
- si
0 et 0, le modèle devient rétrospectif ou backward-looking (Avec 0 ≤ , ≤1).
55 Une valeur faible de implique une grande rigidité des prix ou une faible fréquence d’ajustement des prix
(voir Castelnuovo, 2006).

30



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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Le modèle étant déjà sous forme linéarisée autour de l’état stationnaire des conditions de
premier ordre et d’équilibre, nous passons directement à son estimation par les techniques
bayésiennes. C’est l’objet de la section suivante.
1.3.1.2. Estimation par l’approche bayésienne
Plusieurs méthodes d’estimation des modèles DSGE sont présentées dans la littérature, telles
que la méthode du maximum de Vraisemblance, des moments généralisés, des moments
simulés ou encore la méthode bayésienne. Dans cette démarche, nous utilisons l’approche
bayésienne qui est non seulement la plus populaire dans la littérature macroéconomique
récente, mais permet aussi de prendre en compte des croyances a priori sur les paramètres.
Cette méthode s’appuie sur les travaux de Smets et Wouters (2003) et Lubik et Schorfheide
(2005).
La littérature fait état de nombreuses méthodes pour déterminer les paramètres des modèles
DSGE. Cela, va de la calibration pure [Kydland et Prescott (1982) et Monacelli (2005)], à
l’estimation par la Méthode des Moments Généralisés (GMM) (Christiano et Eichenbaum,
1992) ou à l’estimation par la méthode du maximum de vraisemblance basée sur l’information
complète [Altug (1989), McGrattan (1994), Leeper et Sims (1994), Kim et Schmidt (2000) et
l'Ireland (1999)].
En tout état de cause, l’approche bayésienne est une approche alternative qui combine
calibration et estimation des paramètres du modèle. Contrairement aux autres approches, elle
consiste à prendre en considération les croyances a priori de l’économètre sur les paramètres
[Smets et Wouters (2003), Gelman (2006), Koopman, et al. (2007), Adjemian et Pelgrin
(2008) et Adjemian et Devulder (2011)].
L’idée d’utiliser la méthode bayésienne pour l’estimation des modèles DSGE a été fondée par
Landon-Lane (1998), DeJong et al (2000), Schorfheide (2000) et Otrok (2001). Elle a été
diffusée par la suite par Lubik et Schorfheide (2005), Smets et Wouters (2003), Onatski et
Williams (2004), Laforte (2007), Adolfson et al. (2008), Ratto et al. (2009), Kolasa (2009),
etc.
L’estimation bayésienne permet d’avoir la distribution a posteriori, des paramètres étant
donné les chroniques observées (.), la structure du modèle (M) et la distribution a priori des
paramètres en cause selon le théorème de Bayes :
31

Page 45
CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
(1.4)
Avec L (1.5)
À l’aide de la méthode du maximum de vraisemblance, nous calculons la valeur de la fonction
de vraisemblance associée à chaque combinaison de paramètres. La vraisemblance marginale
du modèle est ainsi :
(1.6)
La densité a posteriori est déduite à partir de (1.5) et (1.6) est donnée par :
(1.7)
Avec est la distribution a priori des paramètres du modèle et est la fonction
de vraisemblance qui définit la probabilité que le modèle assigne à chaque observation étant
donné les valeurs des paramètres.
Généralement, il n’est possible d’obtenir une expression analytique de cette densité a
posteriori dans un modèle DSGE. Ainsi, et selon Lubik et Schorfheide (2005), Gelman
(2006), Koopman et al. (2007), Adjemian et Pelgrin (2008), nous devons alors recourir à des
méthodes de simulation de type Markov-Chain-Monte-Carlo (MCMC) afin d’estimer la forme
de la densité a posteriori. En ce qui nous concerne, l'algorithme Metropolis-Hastings est
utilisé pour générer des Chaînes de Morkov (MC) pour les paramètres du modèle. Dans la
pratique, et selon Marin et Robert (2009), la loi a priori est généralement considérée comme
une difficulté majeure de l’approche bayésienne. En effet, l’interprétation de l’information a
priori disponible est peu précise et ne conduit pas à la détermination d’une seule et unique loi.
Ainsi, nous constatons aisément, sur des exemples classiques que des choix de lois a priori
conduit à des inférences divergentes.
Dans notre travail, nous commençons par estimer des paramètres structurels à l’aide des
techniques bayésiennes [Smets et Wouters (2003, 2007), An et Schorfheide (2007),
Fernàndez-Villaverde et Rubio-Ramἲrez (2007), Juillard et Ocaktan (2008), Fernàndez-
Villaverde et al. (2009), Fernàndez-Villaverde (2010)] ; pour ensuite procéder à l’analyse des
effets de la politique monétaire. Le modèle construit sera estimé et implémenté par le logiciel
32







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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Dynare 4.4.3 (Adjemian et al. 2011) sur des données trimestrielles tunisiennes pour la période
allant de 2000T1 à 2017T4. Les variables considérées pour l’analyse sont : l'inflation, le PIB
réel et le taux d’intérêt nominal de la BCT.
Le tableau ci-dessous regroupe les paramètres à estimer. Le modèle rassemble des paramètres
de politique monétaire, de rigidité des prix à la Calvo et d’élasticité de substitution entre les
biens domestiques et les biens importés.
Table 1-1 Description des Paramètres à estimer
Paramètre
Description
L’inverse de l’élasticité de substitution inter temporelle
Le degré de sensibilité de l’écart de production courante par rapport à son niveau anticipé
Le degré de sensibilité de l’inflation courante par rapport à son niveau anticipé
L’élasticité de l’inflation par rapport à l’écart de production
Coefficient de réaction du taux d’intérêt nominal par rapport aux déviations de l’inflation
Coefficient de réaction du taux d’intérêt nominal à l’écart de production
Écart – type du choc de demande ;
Écart – type du choc d’offre ;
Écart – type du choc monétaire.
i.
Estimations des paramètres structurels
Table 1-2 Distributions a priori et a posteriori des principaux paramètres
Prior
Posterior
Paramètre Distribution Moyenne intervalle de confiance Moyenne Écart type*
Beta
Beta
Gamma
Gamma
Normal
Normal
Normal
0.300
0.550
0.140
0.080
1.400
0.5431 0.6214
0.5801
0.3485 0.8700
0.6995
0.000 0.0008
0.0002
0.0347 0.0515
0.0422
0.2088 0.5492
0.3867
0.400
-0.0216 0.0441
0.0101
0.1000
0.1000
0.1000
0.0500
0.2000
0.1500
1.400
0.9805 1.0055
0.9810
0.2000
* posterior standard deviation
33



























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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
ii.
Estimations des chocs aléatoires
Table 1-3 Distributions a priori et a posteriori des chocs
Prior
Posterior
Choc
Distribution Moyenne
intervalle de confidence Moyenne Écart type
Gamma-Inverse
0.360
0.2820 0.3822
0.3295 2.0000
Gamma-Inverse
0.990
0.2193 0.2946
0.2583 2.0000
Gamma-Inverse
0.390
0.1012 0.1433
0.1221 2.0000
1.4
Résultats et discussion
Cette section est consacrée à l’analyse et la discussion des principaux résultats des estimations
des paramètres structurels du modèle ( , , , , , , ). Cette partie discute de la
propagation des fluctuations économiques en réponse aux trois types de chocs aléatoires :
choc de politique monétaire
, choc de demande
, et choc d’offre
. Ainsi, cette étude se
base sur les fonctions de réponses impulsionnelles et la décomposition de la variance. Trois
variables macroéconomiques d’intérêt ont été retenues : le taux d’intérêt directeur, la
production et l’inflation.
1.4.1 Analyse des résultats de l’estimation
Les résultats issus de l’estimation bayésienne des paramètres structurels, se présentent comme
suit (voir tableau 1.2 et 1.3) :
+ 0.3295
+ 0.2583
+ 0.1221
En observant l’équation de la nouvelle courbe IS déterminant la demande agrégée, le
coefficient associé à la production anticipée, révèle une particularité sur la dynamique de la
production courante. Sa valeur estimée est fixée à 0,5801. Ce résultat indique que dans un
environnement macroéconomique relativement stable, la production actuelle dépend plus de
son niveau anticipé que de son niveau passé. Cette inégalité entre la production retardée et la
34





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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
production future est due à l’effet de lissage de la consommation par les ménages selon qu’ils
anticipent une expansion ou une récession (Vangu, 2014). En cas d’anticipation d’une
expansion, les ménages maintiennent ou augmentent leur consommation courante, d’où l’effet
sur la production. Par contre, lors d’une anticipation d’une récession, la situation sera inverse,
les ménages diminuent leur consommation courante et par conséquence une baisse de la
production en résulte. En ce qui concerne le paramètre , qui capte la sensibilité de la
production courante aux variations du taux d’intérêt réel, sa valeur faible révèle que l’écart de
production est moins sensible aux variations du taux d’intérêt, ce qui réduit l’impact des effets
réels des chocs de la politique monétaire sur la demande globale. Nous pouvons en déduire
que les ménages deviennent soit plus poussés à lisser leur consommation et accordent une
importance plus grande à leurs habitudes externes de consommation, soit plus averses aux
risques
56.
À propos de l’équation de la courbe de Phillips néokeynésienne, la valeur estimée du
paramètre (0,6995) indique que l’inflation courante est plus sensible à l’inflation anticipée,
qu’à son niveau passé. Nous pouvons retenir alors que les agents économiques, et plus
particulièrement les firmes qui révisent leurs prix en tenant compte des anticipations de
l’inflation, ne seront pas très enclins à réviser leurs prix quelles que soient les prévisions de
l’inflation (Ragan, 2006). Cette condition est due à une rigidité à la baisse des prix adoptés
généralement par les entreprises. A cet égard, cette rigidité représente une source d’inflation
persistante. Quant au coefficient estimé de l’élasticité de l’inflation par rapport à l’écart de
production, est de (0,0422) et significativement positif, ce qui va dans le sens des résultats
de la littérature [voir Galí et Gertler (1999), Schorfheide (2008)]. La très faible valeur de ce
coefficient et sa positivité révèlent que l’inflation actuelle est légèrement sensible aux
fluctuations de la production en Tunisie : d’où la stabilité relative des prix, due
essentiellement au non-ajustement fréquent des prix par les firmes. De la sorte, une forte
déviation au niveau de la production n’aura qu’un très faible impact sur le niveau de
l’inflation. Ceci est de nature à offrir à la Banque centrale un arbitrage favorable entre
inflation et output-gap.
56 Rappelons que selon le modèle DSGE standard de Castelnuovo (2006) et Benati (2008) et Benati et Surico
(2009),
est une fonction des paramètres b (degré de persistance des habitudes de consommation) et (l’inverse
de l’élasticité de substitution) des ménages. Une valeur élevée de
suppose, soit un faible niveau de b, soit une
forte élasticité de substitution.
35


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Pour l’analyse des paramètres relatifs à la politique monétaire, nous nous intéressons d'abord
au « lissage des taux d’intérêt » associé au taux d’intérêt retardé, sa valeur estimée est proche
de 1 (0,981). Ce taux est proche de 0.97 trouvé par Licheron (2009) pour le cas de la Banque
centrale Européenne. Ce niveau de « degré d’inertie » très élevé du taux d’intérêt de la
Banque centrale de Tunisie s’explique par le souci de cette dernière de lisser les variations de
son taux directeur pouvant entamer la confiance des différents agents économiques. Ainsi,
l’intérêt de cette politique monétaire est de préserver la crédibilité de la Banque centrale et
d’augmenter la stabilité de l’économie. En outre, cette valeur élevée de lissage est très
significative pour le cas tunisien, étant donné d’une part, que celle-ci peut refléter « une forte
corrélation sérielle des chocs exogènes » affectant l’économie comme le suggère Rudebusch
(2002, 2006)
57. D’autre part, le lissage et l’ajustement graduel du taux d’intérêt sont fortement
recommandés lorsque l’impact d’une modification du taux d’intérêt sur l’économie est
incertain (Sack et Wieland, 2000).
Concernant les deux paramètres
liés au degré de réaction du taux d’intérêt nominal aux
déviations de l’inflation et à celles de la production, les valeurs estimées de ces paramètres
(0.3867 et 0.0101) attestent que la BCT a suivi une politique monétaire agressive et
stabilisatrice. Cela s’explique par le fait que le taux d’intérêt nominal réagit fortement aux
déviations de l’inflation par rapport à sa cible (0.3867), qu’aux fluctuations de la production
par rapport à son niveau potentiel (0.0101). Ceci corrobore les résultats des travaux de Vangu
(2014). Cette politique stabilisatrice de la BCT est le résultat d’un taux d’intérêt nominal
réagissant davantage aux déviations de l’inflation courante qu’aux déviations de l’écart de
production. Pour Clarida et al. (2000), cette politique monétaire est qualifiée « active » et
« non accommodante » à l’inflation. Ceci autant et si bien que le relâchement de la politique
monétaire et la détérioration de l’environnement macroéconomique peuvent, à eux seuls,
expliquer la baisse d’agressivité de la politique monétaire.
Il nous revient désormais d’analyser les fonctions de réponses impulsionnelles des variables
macroéconomiques. Ceci vise à comparer la manière dont les trois principales variables
macroéconomiques que sont l’inflation, l’écart de production et le taux d’intérêt nominal,
,
réagissent en présence des chocs exogènes. On s’intéresse d’abord au choc de demande
ensuite au choc d’offre
et enfin, au choc de la politique monétaire
. Ces indicateurs
permettent à la Banque centrale d’observer le sens de la variation des variables de contrôle. Il
57 Cité par Licheron (2009).
36


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
s’agit de la détermination de l’horizon nécessaire pour la transmission des effets des chocs
structurels sur l’économie et de la maitrise de la durée nécessaire pour stabiliser ces variables
à leurs niveaux d’équilibre.
1.4.2 Fonctions de réponses impulsionnelles
Cette section discute des réactions de l’économie suite à différents chocs aléatoires. Trois
grandeurs macroéconomiques d’intérêt ont été retenues permettant d’expliquer simultanément
les effets du choc monétaire, de demande et d’offre sur l’économie en Tunisie : le taux
d’intérêt directeur, l’inflation et l’output gap.
Les graphiques (Figure 1.4, 1.5 et 1.6) montrent les fonctions de réponses impulsionnelles
(voir Annexe A). Chaque graphique reproduit les réponses de variables clés du modèle suite
aux chocs économiques. L’axe des abscisses représente l'horizon temporel en trimestre, tandis
que l’axe des ordonnées précise les déviations en pourcentage par rapport à la valeur de la
variable à l'état stationnaire. En d’autres termes, il montre l'amplitude de la réponse
(augmentation ou contraction) de chaque variable en termes de pourcentage.
Nous nous attendions à ce qu'une augmentation du taux d’intérêt entraîne une vraie baisse des
tensions inflationnistes, par l'intermédiaire de la réduction du pouvoir d’achat des ménages et
en conséquence, la diminution des prix des biens et services. En revanche, l'effet sur le taux
d’inflation étant faible voire négligeable (0.005%). En outre, on remarque qu’à partir du
cinquième trimestre, le taux d’inflation commence à augmenter de nouveau. Du côté de la
production, l’impact du durcissement de la politique monétaire était plus fort avec une chute
de celle-ci durant treize trimestres.
Il ressort de cette interprétation que malgré un choc de politique monétaire restrictive sous
forme d’une hausse du taux de la Banque centrale, l’inflation en Tunisie n’a pas baissé. Ainsi,
le resserrement monétaire n’a pas eu un impact significatif sur l’inflation. Plusieurs raisons
peuvent être apportées pour expliquer cette situation. La raison fondamentale est que
l’inflation en Tunisie n’est pas uniquement d’origine monétaire ; une bonne partie de celle-ci
provient d’autres facteurs. Il y a essentiellement l’inflation importée due à la forte
dépréciation du dinar observée depuis 2011 qui a dépassé dans certains cas les 16.7% par
rapport à l’euro et 4.1% par rapport au dollar américain (BCT, 2017). En outre, le manque du
contrôle des circuits de distribution a généré un effet inflationniste dû aux banditismes
existants dans ces circuits de distribution et/ou les intermédiaires et fixent les prix. En effet,
37

Page 51
CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
ces prix ne reflètent pas l’offre et la demande sur le marché, ils reflètent en quelque sorte ce
comportement monopolistique et/ou de spéculation. De plus, au lendemain de la révolution,
les syndicats de travail se sont devenus très puissants et ont imposé des majorations salariales
successives. Ces majorations salariales sont étouffantes pour le budget de l’État et impactent
l’inflation. On se retrouve alors dans un phénomène d’inflation de second tour « second round
inflation effect ». En effet, les salaires augmentent parce qu’il y a de l’inflation, or les
entreprises répercutent la hausse des salaires sur les prix et on se retrouve avec une inflation
nouvelle. De plus, la hausse des prix du pétrole observée depuis les années 2000 a amené le
gouvernement tunisien à faire des ajustements du prix du baril. Ces ajustements, qui étaient
aussi recommandés par le FMI, ont généré une poussée inflationniste pour le pays
58. In fine,
ces facteurs ont pesé sur la maitrise de l’inflation du pays malgré la hausse du taux d‘intérêt
suivie par la BCT. On note aussi que, de façon traditionnelle, les Banques Centrales agissent
sur l’inflation sous-jacente au détriment du taux d’inflation général dans l’économie étudiée.
Plus particulièrement, parlant du cas tunisien, l’inflation sous-jacente reste sur un trend
haussier annonçant des jours inquiétants pour la situation de l’économie du pays.
1.4.3 Analyse de la décomposition de la variance d’erreur
Cette partie est consacrée à l’analyse de la décomposition de la variance. Celle-ci permet,
contrairement aux réponses impulsionnelles, d’identifier les origines de fluctuations des
différentes variables macroéconomiques et de mesurer le degré des impacts des chocs sur ces
variables. En effet, la décomposition est un outil utile pour la détermination de la contribution
de tout choc économique dans l’explication de la variation de chaque variable.
Les résultats du tableau 1 montrent les sensibilités des variables du modèle aux différents
chocs économiques : (i) le choc de demande, (ii) le choc d’offre, (iii) et le choc de la politique
monétaire. Autrement dit, celles-ci montrent la contribution de chacun des trois chocs dans la
fluctuation prévue de chaque variable. Globalement, les analyses révèlent qu’un choc de
demande affecte fortement et de manière proportionnelle la production et le taux d’intérêt.
Cependant, le choc d’offre affecte modérément l’inflation et faiblement la demande et le taux
d’intérêt. In fine, le choc du taux d’intérêt n’exerce qu’un effet faible sur l’inflation ainsi que
sur l’offre et la demande.
58 À titre d’exemple, lorsque le prix de l’essence augmente, toutes les entreprises qui utilisent le transport vont
majorer le prix suite à la hausse de l’essence.

38


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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Ainsi, la décomposition de la variance des erreurs montre que la fluctuation de la production
est due en quasi-totalité à un choc affectant la demande (93.28%) et faiblement au choc
d’offre (6.70%) (Voir tableau 1.4). Le taux d’intérêt n’exerce que peu d’effet sur la
production. Par conséquent, on peut conclure qu’en Tunisie, la croissance est plus sensible à
la demande et moins à des chocs affectant l’offre et le taux d’intérêt.
Pour ce qui est de l’inflation, la part la plus importante de sa volatilité (77.86%) est expliquée
par un choc affectant l’offre, puis à un choc affectant la demande (21.79%) et faiblement au
taux d’intérêt (0.35%). Ainsi, il serait préférable dans ce cas d’agir sur productivité afin
d’augmenter le niveau de production en Tunisie.
Quant à la politique monétaire, les chocs de demande et ceux d’offre contribuent de manière
comparable aux fluctuations du taux d’intérêt directeur (42.64% et 44.76% respectivement),
alors qu’un choc du taux d’intérêt n’a qu’un faible effet (12.60%).
Table 1-4. Décomposition de la variance (en pourcentage)
Variable
Choc de demande Choc d’offre Choc de politique monétaire
Production
Inflation
Intérêt
93.28
21.79
42.64
6.70
77.86
44.76
0.02
0.35
12.60
Suite à cette investigation, il est important de noter que l’inflation en Tunisie n’est pas
d’origine monétaire. A cet effet, il convient aux autorités de mener des politiques adéquates et
non inflationnistes, autre qu’une politique de taux d’intérêt, capables de relancer l’activité
réelle et assurer la stabilité des prix. Ceci peut se faire en mettre en œuvre un climat et des
reformes pertinentes pour favoriser
l’investissement,
les exportations et attirer
les
Investissements Directs Étrangers (IDE).
39












Page 53
CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
1.5
Conclusion
Le présent chapitre a pour objectif d’analyser comment la Banque centrale de Tunisie, dont la
mission principale consiste à préserver la stabilité des prix, a réagi aux pressions
inflationnistes durant
les deux dernières décennies. Pour se
faire, un modèle
macroéconomique simple a été estimé. Le choix de ce cadre de modélisation a pour un
objectif de découvrir les effets possibles de la politique monétaire tunisienne sur la stabilité
des prix.
La contribution majeure de ce chapitre se veut intéressante sur deux niveaux. Premièrement,
un aspect méthodologique, vu que nous avons adopté un cadre macroéconomique
néokeynésien pour notre étude. En effet, un tel modèle est original par rapport à ceux
habituellement utilisés pour le cas tunisien et qui font plus appel aux modèles VAR.
Deuxièmement, cette étude se distingue sur le niveau des résultats empiriques. Ainsi, nous
montrons que les effets de la politique monétaire de la BCT sont limités par des facteurs
autres que monétaires. En effet, nos résultats montrent qu’une hausse du taux d’intérêt de
0.1% n’a fait diminuer l’inflation que d’un très faible pourcentage (0.005%). Ceci corrobore
les faits stylisés de l’économie tunisienne notamment durant les périodes post révolution. En
effet, la forte dépréciation du dinar observée depuis 2011 a fait accroitre l’inflation importée.
Ceci s’explique principalement par le décalage entre l’offre et la demande de devises, l’écart
entre les importations et les exportations, et à l’aggravation du déficit de la balance des
paiements. En outre, le manque de contrôle des circuits de distribution a généré un effet
inflationniste dû au banditisme présent dans ces circuits de distribution et/ou aux
intermédiaires qui fixent les prix hors le principe de l’offre et la demande sur le marché. En
outre, la forte puissance des syndicats de travail, au lendemain de la révolution, a imposé des
majorations salariales successives étouffantes pour le budget de l’État et ont généré un
phénomène d’inflation de second tour « second round inflation effect ».
Notre analyse empirique montre aussi une forte inertie dans les modifications du taux
directeur de la BCT. Ce résultat peut s’expliquer par la tendance de la BCT à lisser la
volatilité de son taux d’intérêt durant une longue partie des trimestres étudiés, notamment
durant les périodes caractérisés par une conjoncture économique faible (voir rapport de la
BCT (2014))59.
59 https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/documents/Etude_BCT_20150113.pdf
40


Page 54
CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Globalement, suite à l’estimation de ce modèle, il ressort les implications suivantes sur
l’économie tunisienne. Tout d’abord, il est fort de constater que les ménages tunisiens perdent
l’espoir d’une relance économique. Ceci s’explique par le fait que ces derniers diminuent leur
consommation courante, avec pour conséquence directe la baisse du niveau de production.
Les évènements successifs, qui ont marqué l’instabilité socioéconomique et politique de la
Tunisie, donnent une légitimité à ce désespoir des ménages tunisiens quant à un lendemain
meilleur.
Ensuite, nous pouvons affirmer que les effets de la politique monétaire sur la demande globale
sont faibles suite à une variation du taux d’intérêt par la BCT. À cet égard, on peut rappeler
que la BCT a procédé à une diminution de son taux directeur à deux reprises en 2011 pour
inciter les investissements et ainsi relancer l’économie. Malgré ces multiples interventions de
cette institution durant la période post-révolution, force est de constater que nos résultats
confirment que la demande globale est restée toujours faible. En outre, nous relevons d’un
côté la faible sensibilité du taux d’inflation courant aux anticipations de celle-ci. Ceci
s’explique par la forte rigidité des prix sur le marché tunisien. Cette situation de rigidité des
prix masque souvent une inflation réduite mais par contre les prévisions des agents
économiques dans notre contexte ne tenant pas en compte des valeurs futures de l’inflation
mais plutôt des valeurs passées. De l’autre côté, une très faible valeur de l’élasticité de
l’inflation par rapport à l’écart de production révèle que l’inflation actuelle est légèrement
sensible aux fluctuations de la production en Tunisie. En conséquence, une forte déviation du
niveau de la production, n’aura qu’un très faible impact sur le niveau de l’inflation et la
Banque centrale intervient par un arbitrage favorable entre inflation et output-gap. Cet
arbitrage permet d’augmenter les effets réels des chocs de politique monétaire par un
ajustement plus rapide de la production, en prévision d’une reprise économique rapide.
Par ailleurs, nos résultats montrent que la Banque centrale réagit plus aux fluctuations de
l’inflation par rapport à sa cible, que celles de la production envers son niveau potentiel. Cette
politique monétaire est dite « active » et « non accommodante » à l’inflation. La Banque
centrale de Tunisie a alors suivi une politique monétaire agressive et stabilisatrice durant ces
deux dernières décennies. Finalement, l’analyse des fonctions des réponses impulsionnelles
montre qu’un choc de demande affecte principalement le taux d’inflation, et ce davantage que
le taux d’intérêt. Cependant le choc dû à l’offre affecte fortement la demande et faiblement le
41

Page 55
CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
taux d’intérêt. Le choc dû au taux d’intérêt n’exerce qu’un effet faible sur l’offre et la
demande.
Nous avons présenté tout au long de ce chapitre un aperçu général des causes de l’inflation en
Tunisie dans un contexte d’économie fermée. En effet, la BCT a adopté des mesures de
désinflation mais elles n’ont pas abouti aux résultats attendus pour la stabilité des prix. Ceci
nous a conduit à conclure que l’inflation en Tunisie n’est pas sous le contrôle de la BCT,
l’origine est ainsi non monétaire.
Ainsi, lorsqu’une économie réalise des opérations avec le reste du monde, cette dernière doit
s’arrimer avec le système international par le biais du taux de change. Cette situation peut
nous amener, lorsqu’il y a déficit, à une inflation d’origine externe à l’économie. En effet,
selon les statistiques récentes, le taux d’inflation en Tunisie est de l’ordre de 7.5% (FMI,
2018)
60. Parmi les explications fournies par les experts en la matière, c’est de l’inflation
importée. Il nous revient de se poser la question suivante : comment les variations du taux de
change ont-elles impacté les effets de la politique monétaire en Tunisie ? C’est à cette
question que tente de répondre le chapitre 2.
60 https://www.imf.org/fr/News/Articles/2018/10/17/NA102218-tunisias-economic-outlook-in-four-charts
42




Page 56
CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Annexes A.
Figure 1-4. Réponse relative de la production, de l’inflation et du taux d’intérêt nominal à un
choc d’offre
Figure 1-5. Réponse relative de la production, de l’inflation et du taux d’intérêt nominal à un
choc de demande
43




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CHAPITRE I- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DINFLATION
Figure 1-6. Réponse relative de la production, de l’inflation et du taux d’intérêt nominal à un
choc de politique monétaire
44



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Chapter 2 . LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ
DU TAUX DE CHANGE
45




































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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
2.1 Introduction
Depuis des décennies, le taux de change est au cœur des débats de politique économique dans
les pays en développement. Le taux de change est l’un des principaux canaux de transmission
de la politique monétaire. En outre, il joue un rôle important dans la détermination de la
dynamique de l’inflation pour les petites économies ouvertes. En effet, les variations du taux
de change ont des effets sur la croissance des prix et sur la demande globale, par le biais du
prix des biens importés. De plus, les politiques de taux de change, si elles sont inappropriées,
peuvent entraîner de l’instabilité financière (Edwards, 1989). La prise en compte du taux de
change dans la conduite de la politique monétaire peut donc s’avérer importante (Taylor,
2000), en particulier dans les petites économies en développement (Caputo, 2004, 2005).
L’économie tunisienne, en tant qu’une petite économie ouverte, est particulièrement
vulnérable aux fluctuations du taux de change. Suivant le rapport final de la BCT en 2014, les
produits importés représentent 40% des biens de consommation totale en Tunisie. L’indice
des prix à l'importation a augmenté de 20.7% en 2018, ce qui exerce actuellement une forte
pression sur l'inflation mesurée par l'IPC dans l'économie tunisienne (BCT, 2018)
61.
Au cours de la période récente, la Tunisie a connu une forte dépréciation de sa monnaie
nationale par rapport à l’euro et au dollar (voir Figure 2.1). Le rapport annuel de la Banque
africaine de développement (BAD) publié en 2018, indique que le dinar tunisien a été
déprécié de 104% par rapport au dollar américain durant la période (2010-2017)62. Cette
dépréciation du dinar est une conséquence de la nouvelle politique de la BCT de limiter ses
interventions sur le marché de changes (Labidi, 2016), en cohérence avec l’adoption du
ciblage de l’inflation. Néanmoins, cela n’a pas permis de renforcer la compétitivité de
l’économie tunisienne, ni d’attirer plus des investissements directs étrangers. Mais, surtout, la
dépréciation de la valeur de la monnaie nationale a alimenté l’inflation.
61 https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/documents/Commerce_Exterieur_20180331_fr.pdf
62 BAD (2018) : Perspectives économiques en Afrique 2018. Groupe de la banque africaine de développement
2018. Technical report, Banque Africaine de Développement.

46


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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Figure 2-1. Evolution du cours du dinar vis-à-vis du dollar et de l'euro
Source : BCT (2018)
Face à cette situation, la Banque centrale de Tunisie s’est vue obligée de durcir sa politique,
en augmentant le Taux du Marché Monétaire (TMM) à maintes reprises pour passer de 3.9%
en 2012 à 5.2% en 2017 (BAD, 2018). Hélas, ce durcissement n’a pas eu d’impact significatif
sur l’inflation et la stabilité économique.
Cela conduit à s’interroger sur la transmission de l’inflation importée (pass-through), et sur
l’impact et le rôle de la politique monétaire dans un contexte de dépréciation de la monnaie
domestique et d’inflation élevée. En particulier, à l’aide de simulations basées sur un modèle
DSGE en économie ouverte, nous allons évaluer
la stabilité macroéconomique
conditionnellement au degré (fort / faible) de pass-through du taux de change.
Le reste du chapitre est structuré comme suit. La deuxième section propose une revue de
littérature sur les déterminants du pass-through et résume les principaux résultats qui
émergent de la littérature concernant en particulier les pays en développement. La section 3
analyse l’interaction entre politique de change et politique monétaire. La section 4 sera
consacrée à la présentation du modèle et des données. La calibration et l’estimation des
paramètres du modèle sera développé à la section 5. La section 6 portera sur la présentation
des réponses impulsionnelles et la discussion des résultats. Enfin, la section 7 est consacrée
aux conclusions qu’il est possible de tirer de cette analyse.
47


Page 61
CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
2.2. Revue de littérature
Les dernières décennies ont connu d’importantes mutations portant sur le domaine monétaire
et financier. Taylor (2001) a soutenu qu’une politique monétaire réussie devrait s’articuler
autour d’un taux de change flexible, d’une cible d'inflation et d’une règle de politique
monétaire. La question de la réaction des banques centrales aux mouvements du taux de
change a suivi deux orientations. La première a porté sur les avantages apportés par une
politique monétaire qui répond au taux de change et la seconde sur la manière dont les
banques centrales réagissent en pratique aux fluctuations de ce dernier. Pour répondre à ce
propos, plusieurs démarches ont été suivies dans la littérature. Parmi ces travaux, il y a Taylor
(2000), Goldfajn et Werlang (2000), Calvo et Mishkin (2003), Campa et Goldberg (2005,
2006a et 2006b), Edwards (2006), Ito et Sato (2006), Duma (2008). Également, plusieurs
économistes comme Choudhri et Hakura (2001), Choudhri et al. (2002), Kandil et Mirzaie
(2003), Boughrara (2007), Al-Mashat (2007), Neaime (2007), ont mis l’accent sur les effets
des fluctuations du taux de change en confirmant la transmission de ses effets vers les prix
dans la région de Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), et le sud et l’Est de la
Méditerranée (PSEM). En outre, Clarida et al. (1998), analysant des pays industrialisés,
trouvent que la politique monétaire a pu répondre aux fluctuations du taux de change. Ceci va
dans le sens des résultats obtenus par Calvo et Reinhart (2002) et Eschenhof (2009), ceux-ci
ont travaillé respectivement sur les économies émergentes et la zone euro. Plus récemment, de
nombreuses études ont traité de ce même sujet en se basant sur une approche dynamique
d'équilibre général stochastique. Ces dernières ont abordé la réaction des banques centrales
face aux fluctuations du taux de change d'un point de vue structurel. Lubik et Schorfheide
(2007) montrent des résultats similaires pour un ensemble de petites économies ouvertes, à
savoir, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. Les conclusions de
leurs estimations bayésiennes relèvent que la politique monétaire du Canada a réagi aux
fluctuations du taux de change.
Pour Galí et Monacelli (2005) et Monacelli (2005), les modèles dynamiques d'équilibre
général stochastique (DSGE) apparaissent les mieux adaptés à l’analyse des fluctuations du
taux de change. Ils mettent l’accent sur le fait que ces modèles permettent, pour les petites
économies ouvertes, l’évaluation des politiques monétaires dans un contexte de fluctuation du
taux de change. Cette idée corrobore celles de Lubik et Schorfheide (2007), Adolfson et al.
(2007), Adolfson et al. (2008), Kam et al. (2009), Justiniano et Preston (2010a), Justiniano et
Preston (2010b) et Matheson (2010).
48

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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Aussi, est-il crucial d’évaluer la réaction des prix domestiques au taux de change nominal
(pass-through), vu le rôle important que jouent ses implications pour la conduite de la
politique monétaire. Goldberg et Knetter (1996) définissent le pass-through, comme étant la
variation en pourcentage du prix des produits importés suite à une variation de 1% du taux de
change. Le pass-through mesure le degré de transmission des fluctuations du taux de change à
l'indice des prix à l'importation, sachant que le taux de change se transmet à son tour aux prix
à la consommation.
Divers travaux empiriques traitent, pour une économie ouverte, du rapport entre la variation
du taux de change et l’inflation. Goldfajn et Werlang (2000) trouvent que le pass-through est
plus élevé dans les pays en développement. En outre, la dévaluation du taux de change réel est
la variable déterminante du pass-through pour ces pays, comme le démontrent [Choudhri et
Hakura (2001), Gagnon et Ihrig (2004), Faruqee (2004), Ito et Sato (2008)]. Rana et Dowling
(1985), analysant neuf pays asiatiques en développement au cours de la période 1973-1979,
ont abouti aux résultats que les variations du niveau des prix s’expliquent par l'inflation
étrangère et donc par le taux de change. Ces résultats rejoignent ceux de Cooper (1971), et
Krugman et Taylor (1978) qui étudient également cette relation.
2.3. Taux de change et politique monétaire
La littérature fait état de plusieurs arguments justifiant l’attachement théorique de la Banque
centrale aux évolutions du taux de change. Nul doute que le taux de change affecte aussi bien
l’activité économique, par un « effet-compétitivité », que l’inflation, par le mécanisme de
« l’inflation importée ». En outre, des effets secondaires, notamment des requêtes de hausses
de salaires et des augmentations des taux d’intérêt à long terme, sont susceptibles à se
déclencher suite à une dépréciation de la monnaie. Les autorités monétaires ne doivent donc
pas négliger les effets des fluctuations du taux de change (Laskar, 2003, Smets, 1997).
Levieuge (2006), soutien qu’en variant les taux directeurs, la politique monétaire influe sur le
taux de change, qui est de ce fait, un instrument indirect pour les autorités monétaires. Ainsi,
le relèvement des taux pour contrer un choc inflationniste s’accompagne en théorie, d’une
appréciation de la monnaie nationale permettant la réduction de l’effort initialement
nécessaire en termes de taux directeurs. Dans ce sens, Ball (1999b), ajoute que seul le taux
d’intérêt de court terme ne constitue pas un instrument suffisant de politique monétaire en
49

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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
économie ouverte. Le taux de change importe pour juger de l’orientation globale de la
politique monétaire.
2.3.1 La politique monétaire et de change : cas de la Tunisie
La transmission du taux de change nominal aux prix est justifiée par la vision de la politique
monétaire en application dans l’économie en question. De ce fait, cette transmission devrait
être faible dans les économies marquées par une maitrise rigoureuse de l’inflation à des
niveaux bas et par une fluctuation réduite du taux de change. Dans le cas contraire, cette
transmission devrait être plutôt élevée (Taylor, 2000)63. Ces deux cas renvoient
respectivement à une politique monétaire restrictive et celle expansionniste.
En Tunisie, la gestion de la politique du taux de change, menée depuis la fin des années
quatre-vingt, vise à assurer la stabilité de la valeur réelle du dinar sur un fonds de réalisme et
de flexibilité, afin de contribuer efficacement aux performances réalisées par l’économie
tunisienne (Tarchi, 2004). Depuis 1986, le régime de change adopté par la Tunisie est un
«
flottement géré64 » (Marrakchi Charfi, 2009). La BCT peut toujours intervenir quand elle le
juge nécessaire et d’une manière discrétionnaire, sur le marché des changes interbancaires en
vue d’orienter le cours du dinar.
Entre 1994 et 2000, les autorités tunisiennes ont adopté « une politique de change visant la
stabilité du taux de change effectif réel à travers l’ajustement du taux de change effectif
nominal » (Lajmi et Khadhraoui, 2013). Ainsi, pour assurer la compétitivité des exportations
tunisiennes, la BCT a préféré laisser se déprécier le taux de change réel. Cette stratégie vise
d’abord à soutenir les entreprises tunisiennes, et à faire face à l’aggravation du déficit courant.
En 2012, face au creusement du déficit courant suite aux périodes révolutionnaires de 2011, la
BCT a adopté une politique de change plus flexible
65 via un nouveau mode d’intervention sur
63 Taylor (2000) souligne que le degré de pass-through s’accroit avec le niveau d'inflation. Il montre, en
s’appuyant sur le comportement de la firme, que celle-ci, dans un contexte marqué par l’inflation, a d'autant plus
tendance à prendre en considération les variations du taux de change afin de les répercuter dans leurs prix. En
outre, Taylor (2000) justifie ce comportement des firmes par le fait que celles-ci considèrent que l’augmentation
des coûts est persistante, lorsque l'inflation est persistante.

64 Le FMI définit le régime de flottement géré comme un régime de flottement dirigé sans annonce préalable de
la trajectoire du taux de change, avec le cadre général de la politique monétaire est le ciblage d’agrégat
monétaire (Source : IMF
, De facto).
65 Pour le Fonds Monétaire International (FMI), cette flexibilité du taux de change permettra de reconstituer les
réserves, d’accroitre la compétitivité et de soutenir la politique monétaire. Dans un second temps, une politique
de change plus flexibilité est recommandé par le FMI peut permettre à améliorer le solde courant.

50



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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
le marché de change. En effet, celle-ci à remplacé le taux de référence calculé par rapport à un
panier de devises, par « le fixing » calculé par rapport aux taux interbancaires. Cette flexibilité
dans la conduite de la politique de change était censée accélérer l’ajustement extérieur et
contenir la dégradation des avoirs en devises (Lajmi et Khadhraoui, 2013).
Notons par ailleurs, que depuis les évènements de janvier 2011, et malgré l’importance des
interventions de la Banque centrale pour répondre aux besoins des opérateurs économiques en
matière de liquidités en devises, le taux de change du dinar a continué à se déprécier vis-à-vis
des principales devises (figure 3.3). Ceci, à cause de la persistance du déséquilibre entre
l’offre et la demande sur ce marché.
En 2016, la pression sur la liquidité bancaire a été relativement importante, et le déficit
courant s’est davantage accentué. L’économie tunisienne a traversé ainsi une période de
déséquilibre entre l’offre et la demande de devises sur le marché des changes (BCT, 2017).
Une intervention accrue de la BCT sur ce marché s’est avérée nécessaire pour amortir le
déséquilibre. Toutefois, l’érosion des réserves en devises a continué à s’aggraver exacerbant
ainsi les pressions sur le taux de change du dinar et rendant sa gestion de plus en plus
difficile. Rappelons qu’en termes de moyennes annuelles, le dinar a perdu tout au long de
l’année 2016, 8,6% par rapport au dollar américain et 8,3% par rapport à l’euro.
Le taux d’inflation en Tunisie reste important par rapport à ses pays partenaires. C’est dans ce
sens, que l’orientation actuelle de la politique de change en Tunisie, sous la recommandation
de l’FMI, tend vers plus de flexibilité du taux de change, malgré la dépréciation continue du
dinar
66.
2.3.2
La politique monétaire et pass-through du taux de change
Le pass-trough mesure l’effet de la variation du taux de change nominal par rapport aux prix
à travers les fluctuations des prix des produits importés. Le taux de change influence
l’inflation en affectant les prix des biens importés, constituant une composante essentielle de
l’indice des prix à la consommation et par là sur le reste des biens domestiques. Comme le
souligne Edwards (1989), ce taux affecte indirectement l’inflation domestique par le biais du
prix relatif entre les biens domestiques et ceux étrangers modifiant ainsi la demande globale
de l’économie. Campa et Goldberg (2006) ont analysé l’effet de la variation du taux de
66 En 2018, le dinar tunisien poursuit son dépréciation, il a perdu 16.7% de sa valeur par rapport à l’euro et 41%
par rapport au dollar américain (BCT, 2018).

51


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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
change sur les prix de façon générale et, sur ceux des biens importés en particulier. Ces
auteurs notent que lorsqu’une économie est ouverte au commerce extérieur, toute variation
importante des prix des biens importés entraine de manière proportionnelle celle du niveau de
l’inflation
67.
2.4 Le Modèle
Dans ce chapitre on va se baser sur un DSGE d’une petite économie ouverte. Le modèle est
inspiré des travaux de Monacelli (2005), Gali et Monacelli (2005), Woodford (2003), Cho et
Moreno (2006) et Lubik et Shorfheide (2007a). Il sera estimé sur des données tunisiennes afin
d’évaluer les effets de la politique monétaire en Tunisie face à la transmission des variations
des prix à l'importation (pass-through).
Le modèle introduit l’hypothèse du pass-through incomplet sur les prix à l'importation,
comme dans Monacelli (2005). En outre, nous supposons que la taille de la petite économie
ouverte (la Tunisie) est négligeable par rapport à celle du reste du monde (zone euro). Cette
hypothèse nous permet de traiter cette dernière (zone euro) comme une économie fermée qui
n’est pas soumise aux variations des chocs de la petite économie ouverte. En plus, cette
hypothèse signifie qu’on a affaire à deux pays asymétriques (Gali et Monacelli, 2002).
Quatre agents économiques sont présents dans le modèle : les ménages, les entreprises
domestiques, les entreprises importatrices et une autorité monétaire. Les entreprises
domestiques et les entreprises importatrices sont en concurrence monopolistique sur le marché
de biens. Ainsi, celles-ci fixent leurs prix à la Calvo (1983). L'introduction d'une rigidité
nominale sur les prix des biens importés permet d’analyser l’impact d’une transmission
incomplète des variations du taux de change sur les effets de la politique monétaire.
2.4.1 Économie domestique
2.4.1.1 Ménages
Il existe dans cette économie, un continuum de ménages à durée de vie infinie. Chaque
ménage cherche à maximiser son utilité intertemporelle :
,
(1)
67 L’ampleur du pass-through peut être affectée par différents facteurs : le niveau d’inflation (Taylor, 2000), le
rapport entre les firmes étrangères et nationales présentes sur le marché domestique (Dornbusch, 1987), le taux
de change réel (Goldfajn et Valdes, 1999), le degré d’ouverture d’une économie [McKinnon (1963), Goldgajn et
Werlang (2000), Frankel, Parsley et Wei (2005)], et la nature du régime du taux de change adopté (Devereux,
2001).

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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Avec [0,1] est le facteur d'actualisation subjectif ; désigne le nombre des heures de
travail et est la consommation composite des produits domestiques et étrangers :
,
,
(2)
Avec , est la consommation de biens domestiques. , est la consommation de biens
étrangers. Le paramètre > 0 mesure l'élasticité de substitution intertemporelle de
consommation entre les produits nationaux et étrangers. Le paramètre [0,1] est le part des
biens importés dans la consommation agrégée des ménages. Ainsi, représente un indice
naturel d'ouverture de l’économie (Monacelli, 2005).
Les indices de consommation des biens domestiques et importés sont définies comme
suit: , ,
; (3)
, ,
, (4)
Avec > 1 désigne l'élasticité de substitution entre les deux types de biens (i) domestiques et
importés. Les indices de prix pour ces biens sont déduits par les équations suivantes :
, ,
; (5)
, ,
avec i [0,1]
En suivant Gali et Monacelli (2005), on suppose que la contrainte budgétaire du ménage est :
, , , , ,
(6)
, et , , désignent respectivement les prix des biens domestiques et étrangers.
, est un facteur d'actualisation stochastique qui représente un taux d’intérêt variable pour
les gains nominaux sur la détention d’une obligation durant une durée définie. est le
profit nominal versé au ménage en période + 1 suite à la détention du portefeuille d’actifs
détenu à la période t. En d'autres termes, est un actif financier unique qui génère un taux
de profit sans risque (obligation à un an).
Dans le modèle, les ménages sont supposés être les propriétaires des entreprises, ainsi, les
bénéfices des entreprises seront des ressources pour les ménages. est le salaire nominal et
53


































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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
est un taxe forfaitaire versé à l’État. Toutes les variables sont exprimées en unités de
monnaie nationale.
L’indice global des prix , est représenté par l’indice des prix des biens domestiques et
importés exprimés en monnaie nationale.
,
,
(6)
Afin de définir les demandes de biens nationaux et étrangers dans chaque catégorie de biens,
les ménages doivent résoudre le problème de la minimisation des dépenses sous la contrainte
de l’indice de consommation globale. Ce problème d’optimisation est résolu en minimisant
les dépenses de chaque catégorie de biens soumis à la fonction de production de forme CES
(Constant Elasticity of Substitution) en utilisant la définition des indices de prix pour les biens
nationaux et importés respectivement comme suit :
, , , ,
(7)
, , , ,
(8)
À la suite de l'optimisation, l'allocation optimale de la minimisation des coûts génère les
fonctions de demande pour les biens nationaux , et étrangers , :
,
,
, ,
,
,
, (9)
En combinant les conditions d'optimalité (7) et (8) à l'équation (9) avec les définitions des
indices des prix pour les produits nationaux, , , et étrangers, , , on obtient :
, , , , , , , ,
(10)
En minimisant le coût de consommation totale sous la contrainte de l'indice de consommation
composite, la répartition optimale des dépenses entre les produits nationaux et étrangers on
obtient les fonctions de demande pour les produits nationaux et étrangers comme suit :
,
,
,
,
(11)
On peut déduire de l’équation (10) que les dépenses de la consommation totale sont
, , , , , et en les combinant avec les conditions optimales ci-dessus, la
contrainte budgétaire intertemporelle s’écrit dés lors comme suit :
54




































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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
, (12)
Comme dans Gali et Monacelli (2005), on suppose dans ce qui suit, que la fonction d’utilité
du ménage est de la forme : ,
(13)
avec est l'inverse de l'élasticité intertemporelle de la consommation et est l'inverse de
l'élasticité d’offre de travail.
Pour définir les conditions optimales de consommation et d’offre de travail, les ménages
doivent résoudre le problème de la maximisation de l’utilité. Le problème est résolu en
maximisant l'utilité (équation (1)) sous la contrainte budgétaire intertemporelle (l’équation
(2)). Ensuite, nous pouvons réécrire les conditions de premier ordre de l’optimisation du
ménage comme suit :
(14)
L’équation (14) représente l’offre optimale de travail, et est le salaire nominal.
(15)
L'équation (15) est la condition optimale intertemporelle qui représente l'équation d'Euler.
est le rendement brut d'une obligation à escompte à une période sans risque
,
remboursant une unité de monnaie nationale en +1, et , étant son prix.
Les équations (14) et (15) peuvent être récrites sous la forme log linéarisée comme suit :
(16)
(17)
Avec est le salaire réel, sont les heures de travail, est le log du taux d’intérêt nominal
et
est l’indice des prix à la consommation (IPC)68, tel que :
( )
Les deux équations (14) et (15) conduisent à la forme simple de la Parité des Taux d’Intérêts
Non Couverte (Sangaré, 2016) :
,
68 Dans le reste du monde, un ménage représentatif doit résoudre le même problème que le ménage domestique.
Ainsi, la décision optimale est la même que celle déterminée pour ce dernier.

55


























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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
4.1.2. Relation entre pass-through et Indice des Prix à la Consommation
Afin de définir les relations entre le pass-through du taux de change, La Parité de Pouvoir
d’Achat (PPA), et les écarts par rapport à la Loi du Prix Unique (LPU), les expressions de
l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) et des Termes De l’Échange (TDE) doivent être
bien définies :
Rôle des Termes De l’Échange (TDE) :
Soit l’indice des Termes De l’Échange entre les deux économies, domestique et
étrangère
69, donné par le rapport entre le prix d’un bien exporté et son prix d’importation. Elle
s’écrit ainsi comme suit :
,
,
(18)
On suppose comme dans Monacelli (2005) que ( est valable indépendamment du degré du
pass-through. On aura ainsi la forme log-léniarisé de la TDE qui représente le prix relatif des
importations en monnaie nationale est comme suit :
, , (19)
D’après l’équation (6), la forme en log-linarisé l’indice des Prix à la Consommation (IPC) est
donné par la relation suivante :
, , (20)
Rapport entre TDE, inflation et Indice des Prix à la Consommation (IPC) :
En combinant les équations (6) et (20) sous leurs formes log-linéarisés, on trouve la relation
entre l’inflation et les termes de l’échange :
(21)
, ,
, ,
,
Avec, est l'écart entre l’IPC et l'inflation domestique. Cela implique que l’écart entre les
deux inflations dépend de l’indice d’ouverture , et du pourcentage de variation du TDE
( .
69 « Les termes de l’échange sont définis, comme dans Monacelli (2005), par le rapport entre les prix des biens
importés sur le marché domestique et les prix des biens domestiques sur le même marché
», cité par Sangaré
(2016).

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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Pour le cas de l’économie étrangère, son inflation intérieure est égale à l’inflation mesurée par
son IPC. Ceci est d’après l’hypothèse fixée au début de chapitre, qui considère que le reste du
monde se caractérise par une économie fermée dans le modèle. Cela signifie que
,
et
,
, pour tout le reste du modèle70.
Écart par rapport à la Loi du Prix Unique (LPU) :
La log-linéarisation de l’équation (6), représentant l’indice des prix à la consommation, donne
la relation entre le taux d’inflation globale , l’inflation domestique , et l’inflation
importée , . On aura ainsi :
, , (22)
On suppose que le pass-through est incomplet dans notre modèle. Ainsi, la LPU est non
vérifié (Monacelli, 2005). Ceci signifie que le prix de tout produit importé sur le marché de la
petite économie ouverte n’est pas égal au prix du bien identique sur le marché mondial en
termes de monnaie nationale. En d'autres termes, l'économie est identifiée par l'écart entre le
prix mondial et le prix des importations en monnaie nationale, comme suit :
,
est le taux de change nominal,
est le prix du pays étranger dans les termes de sa
propre monnaie. A partir de l'expression ci-dessus, la LPU n’est pas vérifié. Dans ce cas, les
écarts des prix s’appellent les déviations par rapport à LPU et sont notés comme suit :
,
,
(23)
La LPU gap sous la forme logarithmique est ainsi :
,
, (24)
, mesure l’écart de la loi du prix unique (LPU) (law-of-one-price gap (l.o.p gap)). Afin
de montrer l’incidence de l’écart de la LPU, il est nécessaire de définir la relation entre les
TDE, le taux de change réel et l’écart de la LPU. Cette relation sera déduite par la
combinaison des équations (16), (17), (18) et (19) sous leurs formes log-linéarisés.
Le taux de change réel est donné par :
avec sa forme logliniarisé est :
. (25)
70 Les variables représentant le reste du monde sont désignées par un astérisque.
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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Avec est le taux de change nominal (Nominal Effectif Exchange Rate, NEER)
En combinant les expressions de TDE et de LPU gap, le taux de change réel sous la version
log-linéarisé s’écrit comme suit :
, , (26)
, ,
L'équation (20) inclut deux sources de déviation par rapport à la Parité de Pouvoir d’Achat
(PPA) agrégée dans ce cadre. La première est , lié à l'hétérogénéité des paniers de
consommation entre la petite économie et le reste du monde tant que . La deuxième
source d’écart par rapport au PPA est due à l’écart de la LPU. Ainsi, lorsque le pass-through
est incomplet, l’écart de LPU contribue à la variabilité du taux de change réel. En outre, le
rôle du terme , provient de la détermination de la dynamique de l'inflation des
importations (Gali et Monacelli, 2005).
2.4.1.2 Firmes
Il existe sur le marché domestique un continuum des entreprises indexées par i [0,1].
Chaque entreprise produit un bien différencié. Ainsi, les entreprises sont en concurrence
monopolistiques. Celles-ci, utilisent une technologie à rendement d'échelle constant
(technologie linéaire) représentée par la fonction de production suivante :
(27)
= - (log productivité du travail). La productivité domestique est supposée suivre
un simple processus autorégressif stochastique :
, (28)
est le paramètre de persistance et, , est un choc aléatoire indépendant et
identiquement distribué (i.i.d). La fonction de production (27) sous la forme logarithmique
peut s’écrire comme suit : (29)
Dans le reste du monde, les entreprises sont supposées disposer d'une technologie identique
avec une productivité suivant un processus exogène
,
, avec ,
est un
processus AR (1) éventuellement corrélé avec , . Ainsi, la fonction de production agrégée
est identique à celle de l’équation (28).
58







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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Les entreprises cherchent à minimiser leur coût total de production (le salaire et le cout
marginal réel). La minimisation des coûts sous la forme logarithmique :
, (30)

désigne le coût marginal réel (sous la forme logarithmique).
Dans le modèle, les firmes domestiques sont supposées réinitialiser leurs prix à la Calvo. En
effet, chaque firme établit des nouveaux prix avec une probabilité de (1 −
) pour une
période donnée, et le prix reste fixé du moment t jusqu’au moment + . Par conséquent, une
partie des producteurs (1- modifie leurs prix, tandis que la partie restante ( , maintient
leurs prix inchangés. Une firme qui ré-optimise de nouveau son prix au cours de la période, t,
doit définir le nouveau prix optimal, ,
. La production des firmes est contrainte par la
somme de la demande intérieure et étrangère. Le prix à l'exportation du produit national,
( ), est supposé être flexible et déterminé par la durée de vie du produit. Le problème de
fixation optimale des prix est défini comme suit :
,
s.c : , ,
, ,
(31)
Après avoir pris la condition de premier ordre et la linéarisation logarithmique, l'équation log-
linéaire des prix intérieurs optimaux nouvellement fixés est donnée par :
,
,
(32)
,
est le (Logarithme) des prix nouvellement établis. Les entreprises du reste du monde
sont confrontées au même problème de fixation des prix. Par conséquent, la technologie de
fixation des prix est identique à celle des entreprises nationales. L'indice de prix global
intérieur est de la forme suivante :
, ,
,
(33)
En utilisant l'équation logarithmique (24) et en la combinant avec l'équation (23), une courbe
de Phillips prospective typique est déterminée par :
, ,
(34)
59


















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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE

, et
désigne les écarts de coût marginal réel (log) par
rapport à son état stationnaire (− ). Dans notre modèle, est supposé être égal à zéro et donc
. Le taux d’inflation interne attendu, , , affecte l’inflation intérieure
actuelle. Cela implique que les prévisions concernant l’inflation future contribuent davantage
à l’inflation d’aujourd’hui qu’à l’inflation passée (Clarida et al. 1999). Dans le cas de la
Tunisie, on a montré dans le premier chapitre que la BCT prenait une décision plutôt
prospective, en raison du contexte inflationniste élevé.
2.4.1.3 Relation entre Pass-through et prix à l'importation
Cette section discute de la dynamique de la politique des prix à l'importation à la Monacelli
(2005). Nous supposons qu’il existe sur le marché intérieur, les importateurs domestiques qui
importent des biens différenciés acheté en monnaie étrangère pour lesquels la LPU est
vérifiée. Cependant, les importateurs fixent les prix des produits importés en monnaie
nationale. Cela crée l’écart de la LPU à court terme, tandis que le pass-through n’est complet
qu’à long terme. Cela implique que la LPU est valable aussi à long terme (Monacelli, 2005).
Le détaillant domestique importe un bien ( )71 à un coût ,
le marché mondial avec est le niveau du taux de change nominal. Si les détaillants sont
. Ce coût est le prix payé sur
confrontés à une demande en baisse de biens importés, ils peuvent modifier leurs prix vers un
nouveau prix ( ,
selon une probabilité de (1 −
) pour une période donnée (t) et qui
reste valable jusqu’à la période (t + ). Cependant, la partie restante des détaillants
exprimé en monnaie nationale
maintient leurs prix inchangés. Le nouveau prix , ,
et permet d’optimiser le profit actuel des importateurs. Le problème de fixation optimale des
nouveaux prix est défini comme suit :
,
,
,
,
, (35)
s.c : ,
,
,
,

désigne le prix du bien importé en monnaie étrangère,
est la probabilité que le
fixé au moment (t) pour le bien ( ) reste valable jusqu’à la période (t+k).
nouveau prix, ,
, est un facteur d'actualisation stochastique. le degré de rigidité des prix
71 Les importations seront limitées par la demande de ces produits importés sur le marché domestique.
60















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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
domestiques et degré de rigidité des prix à l'importation (avec ). Ainsi, la
le prix d'importation nouvellement défini est donné par :
,
,
,
,
,
,
(36)
Après avoir appliquer les logarithmes de l’équation (36) et utilisé une approximation de
Taylor du premier ordre autour de l’état stationnaire, la forme log-linéarisé de l’équation (36)
donne :
, ,
,
(37)
On définit l’indice des prix des biens importés , afin d’obtenir la dynamique des prix à
l’importation :
, ,
,
(38)
En utilisant l'équation de log-linéarisation (33) et en combinant avec l'équation (32), une
courbe globale de l'offre pour les biens importés est définie comme suit :
, , , Tel que
(39)
Avec , est l’inflation importé exprimée en monnaie nationale et qui représente la Courbe
de Phillips Néokeynésienne forword-looking. Le pourcentage de variation du prix à
l’importation dépend des prévisions relatives à l’évolution future du prix à l’importation et à
l’écart par rapport à la LPU
72. En d’autres termes, lorsque le prix mondial des importations
dépasse le prix en monnaie locale du même bien, l’inflation importée augmente. Par
conséquent, une dépréciation nominale de la monnaie nationale, augmente la différence entre
le prix payé par les importateurs sur le marché mondial et le prix en monnaie locale appliqué
sur le marché intérieur. Par conséquent, cette différence entraîne une augmentation du coût
marginal de l’importateur et, ainsi, une augmentation de l’inflation importée. Cependant, le
degré de transmission de l’inflation importée dépend du paramètre ( . Ce paramètre
représente le degré de rigidité nominale des prix à l’importation et exprime ainsi un paramètre
de contrôle du degré de pass-through.
72 C’est l’écart entre le prix d’équilibre du producteur étranger et le prix à l’importation pratiqué sur le marché
intérieur en monnaie nationale.
61























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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
L'augmentation de impliquant une plus grande rigidité nominale aux prix de l’importation
conduit à une diminution du
pass-through du taux de change73. Ainsi, lorsque la valeur de
est élevée, l'impact d’une dépréciation nominale du taux de change impacte faiblement
l'inflation importée. Dans le cas où = 0, le pass-through est complet et l'équation (36) se
réduit à une simple équation de LPU, ,
.
L'équation (39) peut être réécrite comme suit :
,
,
(40)
Ce qui montre que l’inflation des prix à l’importation est fonction des écarts actuels et prévus
par rapport au LPU. En d’autres termes, la dynamique actuelle de l’inflation importée dépend
de l’écart actuel et anticipé de la LPU.
2.4.1.4 Coût marginal et inflation
Le coût marginal réel intérieur peut être défini comme suit :
, (41)
,
Initialement, l'augmentation de la production entraîne une augmentation de la demande de
travail (emploi) via la fonction de production, ce qui entraîne l'augmentation du salaire réel.
Par conséquent, le coût marginal réel augmente. La technologie nationale a un effet négatif
sur le coût marginal réel national par son effet direct sur la productivité du travail. De plus,
l'équation montre que les facteurs d'économie ouverte affectent également le coût marginal
réel (Monacelli, 2005). Le TDE ( a un effet positif sur le coût marginal réel. Cela signifie
qu'une amélioration de TDE (augmentation du prix relatif des importations en monnaie
nationale) fait augmenter le coût marginal réel par son effet sur les exportations et, ainsi sur la
demande globale.
73 Par conséquent, la rigidité des prix peut être l’une des raisons pour lesquelles la répercussion des fluctuations
du taux de change sur les prix domestiques est incomplète (
incomplete pass-through), et par conséquent la LPU
n’est pas respectée [Dornbusch (1987) et Hellerstein (2004)].
62








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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
2.4.1.5 Détermination de l’Équilibre entre demande agrégée et offre agrégée sur le
marché
On suppose qu’à l’équilibre, l’offre globale est égale à la demande globale :
, ,
(42)
et, , indiquent respectivement l'offre et la demande intérieure pour le bien
est la demande mondiale pour le bien domestique produit dans le
produit dans le pays. ,
pays d'origine. En d'autres termes, la production de biens domestiques est déterminée par la
somme de la demande nationale et étrangère pour les biens produits sur le marché intérieur.
Par conséquent, il faut d'abord remplacer les équations (9) et (11) dans l'équation (31), puis
effectuer
une
agrégation
à
l'aide
de
la
définition
de
la
production
agrégée,
, et enfin après avoir réorganisé l'équation de l'offre en
utilisant les définitions de TDE,
,
,
,
, et le taux de change réel,
,
L'équation globale de l'offre est réécrite comme suit:
(43)
La forme log-linéarisé de l’équation (39) s’écrit comme suit :
, (44)
L'équation (44) montre une relation proportionnelle entre la production intérieure et la
production étrangère.
Avec, est l'élasticité de la production relative par rapport à
TDE et est l'élasticité de la production relative par rapport au LPU
écart, avec .
Afin d’introduire une rigidité nominale sur les produits importés, on suppose, comme dans
Monacelli (2005), que sur le marché international, les détaillants facturent leurs achats des
biens finaux étrangers en monnaie nationale. Cette opération provoque la déviation par
rapport à la LPU. On suppose en plus que tous les importateurs ont le pouvoir de fixer leurs
prix à la calvo (1983). Comme l’avance Sangaré (2016), la rigidité des prix « donne un rôle à
la politique monétaire ».
63

























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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
En substituant les équations (39) et (45) de la dynamique de l'inflation des prix intérieurs et à
l'importation à l'équation (21) de l'inflation IPC, on peut obtenir l'expression d'une courbe
d'offre globale :
, (45)
Avec
. L'inflation IPC caractérise la représentation
prospective de la courbe de Phillips, ainsi que l'inflation domestique. L’équation (45) montre
que pour un écart de production donné, une augmentation de l’écart de LPU entraîne une
hausse de l’IPC l'inflation. Par conséquent, pour stabiliser complètement l’inflation, il faut
que l’écart de production se réduise. De plus, une différence avec l’inflation intérieure est que
dans le cas de . Cela signifie que
le coefficient est toujours positif,
l’écart est encore négatif pour l’IPC, même dans le cas particulier de = = 1(Pour l'inflation
> 0 → Les écarts par rapport au niveau
mesurée par l’IPC : en cas de
de vie continuent d'affecter l'inflation par rapport à l'IPC (contrairement à l'inflation par les
). Cette caractéristique sera
producteurs) ; Pour l'inflation intérieure : si = = 1 →
importante ci-dessous pour constituer en outre un compromis entre la stabilisation de l'écart
de production et l'inflation mesurée par l'indice des prix à la consommation (IPC).
En utilisant l’équation (33), la condition de compensation du marché peut être réécrite comme
suit :
, (46)
Ensuite, en substituant l'équation (46) à l'équation d'Euler (15) et en utilisant la définition de
l'écart de production et l'équation (17) de l'inflation IPC, nous pouvons obtenir l'équation de la
demande globale suivante :
,
, (47)
Avec
est le taux d'intérêt
réel naturel. C'est ce qu'on appelle l'équation IS Néokeynésienne. L'équation (47) montre que
dans le cas où > 1, impliquant Γ > 0, les modifications futures attendues de l'écart LPU ont
une influence négative sur les modifications attendues de l'écart de production. Dans le cas de
la Tunisie, nous définissons la valeur de ces paramètres sur = 6 et = 2. Par conséquent, les
modifications espérées de l'écart de LPU peuvent avoir un effet positif sur les variations
64




























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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
prévues de l'écart de production. Cela signifie que si l'on s'attend à ce que le taux de change se
déprécie à l'avenir, l’effet de sa dépréciation sur l'écart LPU pourrait entraîner une réduction
de l'écart de production.
2.4.1.6 Politique monétaire
Dans cette section nous supposons que la BCT suit une politique du ciblage d’inflation. Le
régime de change est supposé dans notre cas, flexible. Toutefois la BCT peut intervenir de
temps à autre, sur le marché des changes pour stabiliser le taux de change et ce, en raison de
la forte pression sur l'inflation. Aussi, nous supposons que la BCT applique une règle de
politique monétaire simple à la Taylor augmenté du taux de change.
Comme déjà mentionné à l’introduction générale de la thèse, la Tunisie tendait depuis 2011,
vers une politique de ciblage d’inflation ainsi qu’une flexibilité complète de son taux de
change. Dans ce contexte, Leitemo (1999) insiste sur le fait qu'il était avantageux pour une
Banque centrale de suivre une règle de taux d'intérêt spécifique au lieu de laisser l'autorité
monétaire décider en toute discrétion de la politique d’inflation. Dans ce cas, une règle de
Taylor est adoptée avec l'extension du taux de change nominal. La règle monétaire dans notre
modèle, illustre les réponses de la Banque centrale qui définit son taux directeur de manière à
tenir compte des variations de l'inflation attendue de l'IPC, du taux de change et des variations
de la production par rapport à son niveau cible. Ce choix contribue d’une part aux travaux de
Jouini et Rebei (2014), qui ont adopté une simple règle de Taylor pour le cas tunisien. D’autre
part fait appelle aux faits stylisés de l’économie réelle de la Tunisie. Ce choix se justifie aussi
par le fait que l'anticipation de l'inflation est cruciale pour la Banque centrale en raison du
retard de la transmission de la politique monétaire sur cette variable (comme déjà montré dans
le premier chapitre). De leurs parts, Rudebush et Svensson (1998) constatent que les
prévisions d'inflation sont essentielles pour de bonnes règles de politique sous le régime de
ciblage d’inflation. Dans ce contexte, la règle de la politique monétaire dans ce modèle s’écrit
comme suit :
+ , (48)
est le taux d'intérêt nominal. Les paramètres , , sont les coefficients de réaction
de la politique monétaire. est l’inflation mesurée par l’IPC, est l'écart de production,
est le taux de change réel. Cette règle implique que la BCT ajuste le taux d'intérêt nominal en
fonction des variations de l'inflation, de l'écart de production et du taux de change réel. En
65

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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
incluant le taux de change réel dans la règle de la politique monétaire, la Banque centrale peut
y réagir rapidement à sa variation.
Nous comparons les effets de la politique monétaire face aux différents degrés du pass-
through dans la section 2.6.
2.4.2 Économie Étrangère
Dans le modèle actuel, la petite économie ouverte est supposée être négligeable par rapport à
l'économie mondiale. Ainsi, le reste du monde est considéré comme une économie fermée.
Ceci, implique que
,
et
,
pour tout période t. Le coût marginal réel
d’équilibre est défini comme en économie fermée :
(49)
Cette dernière équation est la version d'économie fermée de l'équation (41). Par conséquent,
en imposant
= 0 (ce qui implique que
= 0), le niveau naturel (prix flexible) de la
production dans l'économie mondiale est donné par :
(50)
Avec une flexibilité totale des prix, l’écart de production sera totalement stabilisé, c’est à
dire :
(51)
2.5 Calibration et estimation
Les paramètres du modèle DSGE de ce chapitre (voir le tableau 2-3, annexe B) seront estimés
par l’approche bayésienne
74. Cette approche est « la plus répandue dans la littérature
macroéconomique récente » (Sangaré, 2016). Les résultats de l’estimation sont issus des
logiciels Dynare 4.5.6 et Matlab 2019a. Le modèle est identifié avec des séries trimestrielles
pour la Tunisie extraites de Datastream, et des bases de données du FMI (toutes les variables
du modèle sont décrites dans le tableau 2-2, annexe B). La Zone Euro est considérée comme
l’économie étrangère dans notre modélisation. Les données de cette dernière sont issues de
l’Eurostat. La période d’observation est étalée sur des fréquences trimestrielles allant du
premier trimestre 2000 au quatrième trimestre 2017. Sur cette période, il se dégage les
variables suivantes pour la Tunisie : l’inflation, le taux de change effectif nominal (NEER), le
74 Voir Smets et Wouters (2003) et Lubik et Schorfheide (2006).
66













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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
PIB réel, la consommation, l’importation réelle, l’exportation réelle et le taux d’intérêt
nominal. Les séries temporelles sont dessaisonalisées et filtrées à l’aide du filtre One Sided.
2.5.1 Calibration
Nous calibrons quelques paramètres (voir le tableau 2-1) en se référant à la littérature traitant
le cas tunisien. Ainsi, nous sommes référés à Jouini et Rebei (2014) et Abdelli et
Belhadj (2014, 2015).
Table 2-1. Liste des paramètres calibrés
Paramètres
Définition
Tunisie
Source
Facteur d’actualisation
Degré d’ouverture
inverse de l’élasticité de substitution intertemporelle de
l’offre de travail75
Élasticité de substitution intertemporelle entre les biens
de consommation domestiques et importés
Paramètres de rigidité des prix des biens domestiques
The standard deviation of labor productivity shock in
home country
Coefficient associé à l’inflation dans la règle de
politique monétaire
Coefficient associé à la production dans la règle de
politique monétaire
0.985
Jouini et Rebei (2014)
0,68
4
Abdelli et Belhadj (2014)
Jouini et Rebei (2014)
1.963
Jouini et Rebei (2014)
0.75
0.01
Abdelli et Belhadj (2015)
Abdelli et Belhadj (2015)
1.5
Jouini et Rebei (2014)
0.25
Jouini et Rebei (2014)
Le paramètre d'intérêt de ce chapitre est , qui détermine le degré de transmission du taux de
change dans le modèle actuel avec un pass-through incomplet. Ce paramètre est choisi sous
trois valeurs différentes (0.01, 0.5 et 0.99) afin d’évaluer les différents impacts de
transmission des fluctuations du taux de change sur l’économie tunisienne. Le paramètre
est la probabilité que le prix fixé au moment t reste valable au moment (t + ) pour les
entreprises importatrices. Lorsque ce paramètre prend une valeur plus élevée, cela signifie que
le prix devient plus rigide. Pour l’économie étrangère nous suivons Adolfson et al. (2007b)
qui ont estimé à 0,89 pour l'Europe. Dans ce cas, les producteurs tunisiens auront des prix
plus flexibles que les producteurs étrangers et peuvent ainsi les modifier dans un contexte
inflationniste relativement élevé (Gali et Monacelli, 2005). Comme dans Abdelli et
Belhadj (2014), on calibre la valeur du coefficient d'ouverture, , à 0,68. Ce paramètre mesure
la part des biens importés dans le panier de consommation. En suivant Jouini et Rebei (2014),
75 Ce paramètre est l’inverse de celui du paramètre de préférence d’offre de travail soit égale à 0,25 dans Jouini
and Rebei (2014).

67












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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
le facteur d’escompte, β, est fixé à 0,985. Ce paramètre indique d’une part, que les ménages
font preuve d'une plus grande patience face à leur consommation future et d’autre part, il
implique un taux d'intérêt réel de 4% à l'état stationnaire
76 ce qui correspond à l’économie
tunisienne. L'élasticité de l'offre de travail dans la fonction d'utilité CES, , est choisie égale à
4, ce qui signifie qu'une augmentation de 1% du salaire réel entraîne une augmentation de 4%
de l'offre de travail. Il est supérieur à 1 choisi par Jouini et Rebei (2014). L'élasticité de
substitution entre les produits nationaux et les produits étrangers, , est fixée à 1.963. Cette
valeur indique dans quelle mesure les ménages nationaux substituent des produits nationaux à
des produits importés. Par conséquent, la valeur de paramètre choisie signifie que la demande
de bien de consommation importée augmente d’environ 2% lorsque le prix du bien
domestique augmente de 1%.
Finalement, nous suivons Jouini et Rebei (2014) pour calibrer les paramètres et y de la
fonction de réaction de la Banque centrale. Ces coefficients indiquent la réaction de la
politique monétaire à l’inflation, la déviation de la production et la variation du taux de
change. Les valeurs sont respectivement, 1.5, 0.25 et 0.85, corroborent celles estimés par
Bertrand (2017) pour le cas de la RD Congo.
En outre, ces valeurs calibrées indiquent que la BCT réagie plus sévèrement aux pressions
inflationnistes et une dépréciation du taux de change qu’à une déviation de la production de
son niveau potentiel. Ce qui concorde avec la réalité des faits remarqués en Tunisie, au cours
de la période d’étude, notamment après 2011, marquée par un resserrement monétaire,
recommandé par le FMI, afin de limiter les pressions inflationnistes.
2.5.2 Estimation
Le choix des densités a priori pour les paramètres est considérée comme la première étape de
la procédure d’estimation. Le praticien, se réfère à la littérature pour choisir les distributions a
priori, les moyenne et les écarts types des paramètres.
Les distributions a priori sont en lien avec leurs intervalles de définition et leurs signes
positif. Ainsi, pour les paramètres qui doivent avoir une valeur comprise entre [0,1], la
distribution bêta est adoptée. Pour les paramètres qui doivent être > 0, c’est la distribution
gamma ou normale qui est choisie. Gamma-inverse est la distribution optée pour les chocs.
76 À l’état stationnaire, le taux d’intérêt réel est définie comme suit : r= -log (β)= -log(0.985) = 0.04= 4%.
68


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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Ensuite, le filtre de Kalman sera utilisé pour l’estimation de la fonction de vraisemblance.
Enfin, les méthodes de simulation stochastique de Monte Carlo par Chaines de Markov
(Markov Chain Monte Carlo, MCMC), comme l’algorithme de Metropolis-Hastings (MH),
génèrent la distribution a posteriori des paramètres. Les paramètres estimés par l’approche
bayesienne pour la Tunisie se présentent dans le tableau 2.1. (Voir annexe B).
Globalement, les valeurs des posteriors sont proches de celles des priors. Ceci indique que les
résultats sont satisfaisants et que le modèle reflète bien les données observés (Lajmi et el
Khadhraoui, 2013).
La valeur estimée du paramètre de lissage du taux d’intérêt est égale à 0.6884. Cette valeur
élevée de l’ajustement graduel du taux d’intérêt indique une rigidité sur le taux d’intérêt due à
la réticence de la Banque centrale, durant les périodes passées (t-1), de modifier son taux
d’intérêt. Cette politique d’ajustement graduel du taux d’intérêt est recommandée lorsque
l’impact d’une modification du taux d’intérêt sur l’économie est incertain (Sack et Wieland,
2000). En outre, on constate que les chocs de la demande étrangère a un aspect plus persistent
(2.9479) que les chocs monétaire et technologique (0.4681et 0.3712). Ceci indique que la
demande étrangère est déterminante pour la stabilité des prix pour une petite économie
ouverte telle que la Tunisie. En effet, une forte baisse de la demande étrangère se traduit par la
chute des exportations et la chute des stocks des réserves en devises. Ces pressions baissières
sur les réserves de change provoquent la dépréciation de la monnaie nationale et la montée de
l’inflation importée
77.
Il nous revient désormais d’analyser la dynamique du modèle via les réponses impulsionnelles
des principaux variables macroéconomiques. Ceci vise à analyser la réponse de l’inflation
domestique, l’inflation importée, l’IPC, le taux de change, l’écart de production et le taux
d’intérêt nominal, face aux chocs exogènes estimés.
On s’intéresse à deux types de chocs : le choc de politique monétaire et le choc de
productivité. En plus, on considère trois degrés différents de pass-through du taux de change
afin d’analyser les conséquences d’un pass-through incomplet par rapport à celui complet
pour la politique monétaire dans une petite économie ouverte telle que la Tunisie. C’est
l’objet de la section suivante.
77 Rappelons que d’après la BCT (2017), un glissement du dinar de 10% sur l’année, génère un supplément
d’inflation de 1.5%.

69


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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
2.6 Analyse de réponses impulsionnelles
Dans cette section, nous nous basons sur les fonctions des réponses impulsionnelles afin
d’analyser l’effet du pass-through du taux du change sur l’efficacité de la politique monétaire.
Pour ce faire, nous analysons la sensibilité des variables d’intérêt face à des différents degrés
de pass-through sur l’économie. Ainsi, nous comparons trois modèles de différents types de
pass-through estimés : le premier impose un pass-through incomplet « incomplete pass-
through » (Benchmark) ; le second n’inclut aucun degré de pass-through (null value of pass-
through), et le troisième est un modèle avec un pass-through complet (complete passthrough).
On suppose que la Banque centrale a augmenté son taux d’intérêt de 0,5 point de pourcentage.
Les réponses impulsionnelles illustrent la réaction de l’économie avec différents degrés de
pass-through face à une telle politique (voir figure 3.4). Globalement nous constatons, que le
degré du pass-through impacte fortement les réponses des différentes variables de
l’économie.
2.6.1 Choc de politique monétaire
Nous analysons dans cette section dans quelle mesure le degré du pass-through impacte les
effets de la politique monétaire en Tunisie.
Figure 2-2. Réponses impulsionnelles à un choc de politique monétaire
70

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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Notes : Les lignes en trait plein (couleur bleue) représentent le modèle de référence avec un pass-through
incomplet «
incomplete pass-through » ( ). Les lignes pointillées de couleur rouge ( ), font référence au
modèle avec
pass-through complet « complete pass-through » et les lignes pointillées de couleur verte ( ),
font référence au modèle sans
pass-through (null pass-through). Les réponses impulsionnelles sont exprimées en
pourcentage de déviation par rapport à l'état stationnaire. Chaque ligne du graphique reproduit la réponse de
chaque variable au choc monétaire. L’axe des abscisses représente l'horizon temporel en trimestre, tandis que
l’axe des ordonnées indique les déviations en pourcentage par rapport à l'état stationnaire (augmentation ou
contraction).
Comme on peut le constater à partir de la figure 2.2, l’augmentation du taux d’intérêt nominal
par la Banque centrale entraine une baisse de l’inflation domestique et une contraction du
niveau d’activité. De plus, le choc de politique monétaire provoque à court terme une
appréciation du taux de change. Ceci corrobore les travaux de Lajmi et Khadhraoui (2013),
qui ont conclu qu’une appréciation du taux de change combiné à une baisse de la demande,
suite à une contraction monétaire, permet à la BCT de contenir l’inflation sur le court terme.
De manière inattendue l’appréciation du dinar n’a pas pu améliorer les termes de l’échange
via une diminution des prix des importations. On aurait dû s’attendre à ce que l’appréciation
de la monnaie nationale à la suite de la contraction monétaire améliore les TDE via une baisse
des prix à l’importation, mais dans le cas tunisien, une politique monétaire restrictive, à
travers une hausse du taux d’intérêt, provoque in fine une détérioration des termes de
l’échange. Cette dégradation du TDE provoque une déviation de la loi du prix unique et
augmente l’inflation importée, ce qui diminue l’efficacité de la politique monétaire sur la
maitrise de l’inflation.
Si l’on considère que l’économie tunisienne présente l’exemple type d’une économie rigide à
l’importation,
la détérioration des
termes de
l’échange provoque
inéluctablement
l’augmentation du coût des produits intermédiaires importés par les firmes locales, ce qui se
répercutera sur leurs coûts de production. Par conséquent, l’investissement diminue ce qui
réduit le niveau de production. On voit clairement qu’il est impossible pour les autorités
monétaires de stabiliser simultanément l’écart de production et l’inflation. En outre, la
préférence pour la stabilité des prix pourrait s’avérer relativement coûteuse, d’autant plus que
la baisse de l’inflation qui résulte du choc monétaire est faible dans le contexte d’un pass-
through incomplet
De plus, la détérioration de l’évolution des termes de l’échange suite à une hausse du taux
d’intérêt peut s’expliquer par les rigidités des prix à l’importation et le poids des importations
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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
incompressibles dans le total des importations tunisiennes. Ce détournement des termes de
l’échange s’avère ainsi un canal supplémentaire de transmission de l’inflation importé vers les
prix.
On constate également que le taux de change amplifie les effets négatifs d’un choc monétaire.
Cet effet amplificateur augmente avec le degré de pass-through du taux de change. Plus ce
degré est élevé plus la baisse de l’inflation domestique est faible et plus l’inflation importée
est importante.
2.6.2 Choc Technologique
On suppose que la productivité du travail augmente en Tunisie suite à un choc technologique
positif. La figure 2.5
illustre
la réponse
impulsionnelle des principales variables
macroéconomiques face à ce choc dans un contexte des différents degrés du pass-through.
Tout d’abord, on constate qu’une amélioration des conditions de production, fait accroître le
niveau de production. Cela conduit à accroitre l'écart de production et implicitement à
augmenter le coût marginal réel. Le taux d’inflation intérieure tend en conséquence vers la
hausse. Par conséquent, les produits nationaux seront moins compétitifs que les produits
étrangers.
Figure 2-3. Réponses impulsionnelles à un choc de productivité
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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
Notes : Les lignes en trait plein (couleur bleue) représentent le modèle de référence avec un pass-through
incomplet «
incomplete pass-through » ( ). Les lignes pointillées de couleur rouge ( ), font référence au
modèle avec
pass-through complet « complete pass-through » et les lignes pointillées de couleur verte ( ),
font référence au modèle sans
pass-through (null pass-through). Les réponses impulsionnelles sont exprimées en
pourcentage de déviation par rapport à l'état stationnaire. Chaque ligne du graphique reproduit la réponse de
chaque variable à un choc de productivité. L’axe des abscisses représente l'horizon temporel en trimestre, tandis
que l’axe des ordonnées indique les déviations en pourcentage par rapport à l'état stationnaire (augmentation ou
contraction).
L'amélioration des TDE en Tunisie entraîne donc une augmentation de la demande
d'exportation et une appréciation du taux de change nominal. En outre, même si l’appréciation
du taux de change entraîne directement une baisse du prix à l'importation en cas d’un pass-
through incomplet, l'inflation importée baisse légèrement avec un complete pass-through.
Cette baisse du prix à l'importation s'explique par la rigidité des prix à l’importation et les
fluctuations temporaires du taux de change. La raison en est que la taille du marché est petite
et le revenu des ménages est relativement faible. Ainsi, l’inflation mesurée par l’IPC a
diminué en raison de la réduction de l’inflation intérieure et de l’inflation importée.
D’ailleurs, la BCT a réagi par la réduction de son taux d'intérêt nominal pour stabiliser l'écart
de production. Cependant, cette politique monétaire accommodante a généré une appréciation
du taux de change. Nonobstant, l’effet de ces mesures a été limité par la faible transmission
du canal du taux d’intérêt de la politique monétaire. Ce résultat vient affirmer les conclusions
du premier chapitre en raison de l’inefficacité de la politique monétaire en Tunisie dans un
contexte de crise économique (depuis 2011) et des pressions inflationnistes.
En introduisant une transmission incomplète du taux de change, la LPU gap constitue un
canal indépendant supplémentaire vers l'inflation via la demande globale et l'offre globale. La
baisse du taux d’intérêt nominal laisse prévoir une appréciation persistante du taux de change
nominal dans les conditions de la Parité des Intérêts Non Couverte (PINC) et entraîne à son
tour une réduction de l’écart futur de LPU (à partir du troisième trimestre). Ce dernier effet est
plus faible avec une transmission complète et nul en absence de pass-through du taux du
change vers les prix domestiques.
L'attente d'une appréciation du taux de change nominal (dans notre cas : la dépréciation de la
monnaie nationale contre de la devise) implique que le prix des produits importés sera plus
cher dans le futur, de sorte que les ménages ont tendance à diminuer leur consommation
importée. En conséquence, l’appréciation attendue du taux de change contribue à réduire
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CHAPITRE II- LA POLITIQUE MONÉTAIRE EN TUNISIE FACE À LA VOLATILITÉ DU TAUX DE CHANGE
encore l’inflation par la réduction de la demande globale. De ce fait, la BCT doit prendre en
considération de ce canal d’écart de demande globale afin d’agir sur l’inflation. Dans ce cas,
l’autorité monétaire ne peut procéder qu’en respectant un arbitrage entre la stabilisation de
l’écart de production et l’écart de LPU.
2.7 Conclusion
Pour le cas tunisien, l’inflation importée demeure une composante importante de l’inflation
globale compte tenue du poids des importations incompressibles dans le total des
importations. De plus, étant donné l’importance du « pass-throug