FORMATION PROFESSIONNELLE
CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE
EN TUNISIE – 2018
Culture, pratiques de formation, obligations
professionnelles, conditions de travail, convictions
et professionnalisation
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nécessairement l’opinion de l’ETF ou des institutions de l’UE.
© Fondation européenne pour la formation, 2021
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REMERCIEMENTS
La Fondation européenne pour la formation (ETF) souhaite exprimer sa gratitude au ministère tunisien
de la Formation professionnelle et de l’Emploi (MFPE) pour son soutien et conseil pendant la
réalisation de ce projet, en particulier à Mounir Dakhli, Directeur général au MFPE et Coordinateur
national pour le processus de Turin, Jaouhar Labidi, Directeur général du CENAFFIF, Ferial Bouden,
Directrice de la coopération internationale à l’ATFP, Mongi Beji, Directeur des supports pédagogiques
et du développement des compétences à l’ATFP, Ahlem Ben Amor, Directrice adjointe de l’AVFA,
Imane Azouzi, Inspectrice à l’AFMT ainsi qu’à tous les membres participants du groupe témoin.
Des remerciements particuliers vont aux nombreux enseignants, formateurs et directeurs qui ont
donné de leur temps pour remplir les questionnaires pendant l’enquête.
L’ETF est également reconnaissante au Prof. Lotfi Belkacem, principal chercheur principal et
rédacteur du présent rapport, ainsi qu’à Kaies Ben Ahmed, Ph.D., pour avoir mené des recherches
sur le terrain et avoir contribué au rapport. La mise au point et l’analyse de la méthodologie ont
été effectuées par Eva Jansova. Le document a été édité par Julian Stanley et Denise Loughran.
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SOMMAIRE
RÉSUMÉ
1.
INTRODUCTION
2. MÉTHODOLOGIE
PARTIE 1. LE CONTEXTE : LE PERSONNEL, LA FORMATION ET LA GESTION
DES ÉTABLISSEMENTS DE FORMATION PROFESSIONNELLE
3. LE PERSONNEL
4. GOUVERNANCE DES CENTRES DE FORMATION
5
14
15
18
18
23
5. APPROCHES DE FORMATION ET LIENS AVEC LE MONDE DU TRAVAIL 31
PARTIE 2. DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL DES ENSEIGNANTS ET DU
PERSONNEL PÉDAGOGIQUE DES ÉTABLISSEMENTS PROFESSIONNELS
6. LA POLITIQUE ET SON IMPLÉMENTATION
7. ORGANISATIONS ET INSTITUTIONS SOUTENANT LA FORMATION
PROFESSIONNELLE DANS LE PAYS
8. CONCEPTION, ASSURANCE QUALITÉ ET FINANCEMENT DE LA
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE DES FORMATEURS
40
40
45
51
9. VOLUME, MODALITÉS ET CARACTÉRISTIQUES DES PRESTATIONS DE
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE DES FORMATEURS OFFERTES
PAR LES PRESTATAIRES AUTRES QUE LES ÉTABLISSEMENTS EUX-MÊMES 56
10. DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL DANS LES ÉTABLISSEMENTS OÙ
TRAVAILLENT LES ENSEIGNANTS ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE
64
11. PERTINENCE ET IMPACT DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
CONTINUE
12. RECONNAISSANCE DE LA PARTICIPATION ET INCITATIONS
CONCLUSIONS GÉNÉRALES ET RECOMMANDATIONS
ACRONYMS
68
73
76
83
De plus amples informations relatives à cette étude sont disponibles dans les annexes publiées
séparément, à savoir : le rapport méthodologique, la liste des écoles d’enseignement et de formation
professionnels, une analyse documentaire et les questionnaires.
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RÉSUMÉ1
Introduction
La formation continue des formateurs est largement reconnue comme étant d’une importance majeure
non seulement pour son rôle dans l’amélioration de la qualité des formations dispensées et de
l’apprentissage, mais aussi en tant que condition pour le succès des autres réformes de l’éducation.
Nous citons à titre d’exemple les changements relatifs aux programmes, à la gouvernance des
établissements de formation ou encore les changements technologiques. L’objectif de ce rapport est
de permettre au lecteur de mieux comprendre la situation actuelle et les besoins des formateurs de la
formation professionnelle et des directeurs des centres de formation en Tunisie. Ce rapport couvre la
formation continue qu’ils ont reçue, leurs convictions et leurs pratiques en matière d’enseignement,
leurs devoirs professionnels ainsi que les conditions et le climat de leur travail. Il vise à aider les
décideurs politiques et les prestataires de services de formation professionnelle à mettre en place
des améliorations.
La Tunisie est l’un des neuf pays qui ont participé à cette étude. Les autres pays sont l’Albanie,
l’Algérie, la Biélorussie, le Kosovo, la Moldavie, le Monténégro, la Serbie et la Turquie.
Méthodologie
L’étude comprend trois éléments : une revue de la littérature, des entretiens et des réunions avec les
principales parties prenantes, ainsi que des enquêtes auprès de formateurs et de directeurs de
centres de formation. Les enquêtes étaient adressées aux formateurs et directeurs de 179 centres de
formation. Au total, 386 formateurs ont répondu – soit un taux de 9%, et 117 centres de formation ont
répondu – soit un taux de 65%.
Résultats
La majorité des enseignants et personnel pédagogique en Tunisie sont des diplômés expérimentées
et hautement qualifiées, titulaires de diplômes universitaires. Plus de 50% sont diplômés de
l’université (titulaires d'un diplôme d'ingénieur, une licence ou un master) ; 85% ont plus de 5 ans
d'expérience dans l'enseignement dans leur carrière professionnelle et environ 73% dans leur centre
de formation actuel. Près de 80% disent avoir au minimum 3 ans d'expérience professionnelle dans
son domaine de formation. Leur âge moyen est de 43 ans. 73% sont employés à temps plein. Par
ailleurs, seuls environ 40% des enseignants et personnel pédagogique ont bénéficié d'un diplôme de
formation initiale incluant une formation en pédagogie, alors que 36% ont reçu un autre type de
formation pédagogique. 55% du temps de travail est consacré à l’activité d’enseignement et de
formation.
Dans la majorité des établissements, la prise de décision est participative. Les conseils
d'administration des établissements ont une certaine influence sur les programmes, le recrutement et
la répartition interne du budget. Cependant, les décisions relatives au recrutement, à la suspension ou
1 Note : en Tunisie, les personnes travaillant dans les centres de formation professionnelle sont appelées
« enseignants et personnel pédagogique ». Cela comprend les enseignants, les formateurs, les conseillers, les
conseillers pédagogiques, les coordinateurs de pratique, les instructeurs et les organisateurs d’apprentissage
pratique. Dans ce rapport, ces personnes sont également appelées formateurs ou formateurs professionnels.
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au licenciement des enseignants et du personnel pédagogique ainsi qu’aux montants de leurs
salaires, y compris l'élaboration de grilles de rémunération et les augmentations de salaire, sont
généralement prises au niveau national.
La majorité des conseils d'administration des établissements incluent des représentants de l'équipe de
direction de l'établissement, des enseignants et personnel pédagogique et du personnel administratif.
Cependant, dans 42% des cas seulement la composition du conseil d'administration inclut des
représentants d'entreprises.
Les directeurs d’établissement de formation consacrent environ 40% de leur temps à des tâches
administratives et d’encadrement et environ 20% de leur temps à enseigner ou à former et à élaborer
des programmes. Environ 90% des directeurs d’établissement de formation partagent l'opinion que les
contraintes principales limitant leur efficacité sont l’insuffisance des budgets des établissements de
formation professionnelle, le manque de ressources ainsi que la réglementation et la politique de
l’état. La faiblesse et l’incohérence de l’offre de formation continue pour les enseignants et personnel
pédagogique et la charge de travail trop lourde ont été perçues par 60% des directeurs comme des
obstacles importants limitant l’efficacité de la formation.
Plus de deux tiers des directeurs d’établissements de formation ont identifié les facteurs suivants
comme des obstacles à une formation efficace : le manque ou l’inadéquation des matériels
didactiques, manque de personnel de soutien, manque d’enseignants et personnel pédagogique
qualifiés et/ou efficaces, manque d’enseignants et personnel pédagogique dotés de compétences
nécessaires pour travailler avec les apprenants à besoins spécifiques, ainsi que des stocks de
matériel insuffisants / inadaptés, manque d’enseignants et personnel pédagogique pour les cours
pratiques, manque ou qualité inadaptée des ordinateurs ainsi que des logiciels.
Les directeurs et les cadres supérieurs d’établissements de formation observent le travail de leurs
enseignants et personnel pédagogique et leurs font des commentaires dans 50% des centres de
formation professionnelle environ. Cependant, seulement 40% des directeurs d’établissements de
formation observent leur personnel en train d’enseigner ou former. L’évaluation formelle est absente
dans 25% des établissements, bien qu’exigée par la loi. Une faible performance ne mène pas à des
sanctions strictes, par exemple à des conséquences sur le salaire, les possibilités de promotion ou un
effet sur le contrat de travail. Seulement 42% des centres s’attendent à ce que leurs employés aient
un plan de formation personnalisé.
En revanche, les directeurs d’établissements de formation et les conseils d’administration des
établissements de formation privés ont plus de liberté en matière de recrutement et de salaire, et vont
plus souvent appliquer des mesures correctives en cas de qualité de formation insuffisante.
L'enquête confirme l'idée partagée par les parties prenantes que les enseignants et personnel
pédagogique des établissements de formation professionnelle en Tunisie ont recours à des
pédagogies participatives et d'apprentissage actif. La majorité des enseignants et personnel
pédagogique des établissements de formation professionnelle en Tunisie ont déclaré accorder un
intérêt particulier à l'apprentissage par la pratique, aux liens entre la théorie et la pratique et aux liens
entre l'apprentissage et le monde du travail. 70% des enseignants et personnel pédagogique
interrogés déclarent que leurs apprenants consacrent au moins 10% de leur temps à l'apprentissage
en entreprise. Par ailleurs, ils ont déclaré que les interactions directes avec les employeurs et les
autres employés sont peu fréquentes pour 76% des apprenants.
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La majorité d’enseignants et personnel pédagogique et des directeurs d’établissements de formation
professionnelle sont satisfaits de leur travail et contents de la carrière qu’ils ont choisie. Ils se disent
motivés pour résoudre des problèmes, sont optimistes sur leurs possibilités d’évolution dans leur
carrière et, contrairement à d’autres pays, sont persuadés d’être reconnus par la société. Les
apprenants dans leur majorité, sont attentifs et très motivés. Environ 80% des formateurs ont affirmé
que lors de la préparation de leurs cours ils s’appuient sur les programmes établis par les instances
officielles de l’état, mais également sur leur propre connaissance des besoins des employeurs. Les
enseignants et personnel pédagogique prennent activement part à l’élaboration et la mise en place de
leurs propres outils d’évaluation.
Par ailleurs, environ deux tiers des enseignants et personnel pédagogique, tout comme une majorité
des directeurs, considèrent, que la majorité des classes et des apprenants n’a souvent pas
suffisamment accès à des ressources nécessaires à l’apprentissage, comme des manuels, outils et
équipement récent, consommables, équipement informatique et logiciels, à l’internet et à d’autres
supports de formation et aux sources d’information. Par ailleurs, la différenciation dans la formation
n’est pas pratiquée de manière systématique. 50% d’enseignants et personnel pédagogique
d’établissements de formation professionnelle n’utilisent pas suffisamment ou pas du tout les outils
numériques ou l’internet dans la préparation des supports de cours.
Conformément à la loi n°2008-10 du 11 février 2008, la formation professionnelle continue constitue
une composante majeure du système national de développement des ressources humaines. Il existe
des directives et des lois définissant les responsabilités des acteurs clés. Cependant, ce cadre légal
ne fait de la formation professionnelle continue ni une obligation ni un droit pour les enseignants et
personnel pédagogique, il n'intègre pas non plus la formation professionnelle continue dans une
progression de carrière. Il y a quelques déclarations politiques au sujet de la formation professionnelle
continue pour les enseignants et personnel pédagogique et un projet2 de mise en place d’un dispositif
de formation initiale et continue (pédagogique et technique) au profil du personnel pédagogique,
d’encadrement et d’appui de la formation professionnelle afin de garantir la qualité et l’efficacité tout
au long du processus de formation mais pour le moment il n'existe pas de politique officielle ni un plan
d'action qui guiderait les améliorations ou les réformes nécessaires. Par ailleurs, il existe un certain
nombre de problèmes concernant la mise en place de règlements et le respect des obligations
existantes.
Par exemple, il ressort des entretiens avec les parties prenantes, que l’évaluation de la formation
professionnelle continue se limite à recueillir des commentaires au cours du processus de formation
alors que la loi prévoit une évaluation des formateurs dispensant la formation professionnelle continue
(Titre IV, Art. 51, JORT3). Bien qu’il existe quelques traces de concertations avec les parties prenantes
sur le développement d’une politique pour la formation professionnelle continue, cela ne semble pas
être une pratique systématique ni régulière. La mise en place d’une telle politique se heurte également
à l’obstacle de la lenteur et de la complexité des procédures administratives au niveau central et au
manque d’encadrement strict au niveau régional par les directions régionales de la formation
professionnelle et de l’emploi.
2
www.reformeformation.gov.tn/index.php?id=5&tx_mfpeprojet_pi1%5Bprojet%5D=24&tx_mfpeprojet_pi1%5Baction%
5D=show&tx_mfpeprojet_pi1%5Bcontroller%5D=Projet&cHash=c2f0d112d6f6fed8614f8fdd9bf0174a
3 JORT est le Journal officiel de la République tunisienne, la gazette bihebdomadaire publiée par l'État tunisien,
couvrant tous les événements législatifs, règlements et déclarations officielles.
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Le Centre national de formation de formateurs et d’ingénierie de formation (CENAFFIF) est le
fournisseur principal de formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel
pédagogique employés dans les établissements de formation publics et privés, en particulier ceux,
dépendant de l’Agence tunisienne de formation professionnelle (ATFP), de l’Agence de la
vulgarisation et de la formation agricole (AVFA) et de l’Agence de formation dans les metiers du
tourisme (AFMT) ; cela concerne particulièrement les compétences pédagogiques plutôt que les
compétences techniques. Cependant, l’ATFP et l’AVFA travaillent également de manière
indépendante pour évaluer les besoins, fournir et superviser la formation professionnelle continue de
leurs secteurs économiques respectifs. Certaines associations de commerce et industrie nationales
aident également à élaborer et fournir la formation professionnelle continue en partenariat avec des
établissements de formation précis. Les projets de développement internationaux et organisations
internationales ont contribué de manière importante à la formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique de formation professionnelle en Tunisie.
Bien que le MFPE soit officiellement chargé de la coordination des agences, la validation de leurs
programmes et la définition de leurs budgets en matière de formation professionnelle continue pour
les formateurs, il n'est pas clair qu'il s'acquitte réellement de cette responsabilité. Il n’existe pas de
plan d’action fournissant un cadre stratégique pour le travail de l’ensemble des agences, qui fixerait
des objectifs, des standards de qualité et des priorités en matière de formation professionnelle au
niveau national ou par secteur économique.
Il existe, dans certaine mesure, des concertations entre les agences et les autres parties prenantes.
L’existence d’agences séparées pour l’Agriculture et la Pêche et pour le Tourisme (AVFA et AFMT)
devrait aider à faire participer les représentants des secteurs économiques à tous les aspects de la
formation professionnelle continue. Il n’est cependant pas clair en quelle mesure les secteurs
industriels participent dans l’identification des besoins, l’élaboration, la fourniture et l’évaluation de la
formation professionnelle continue.
Le CENAFFIF est le principal prestataire de la formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique de la formation professionnelle en Tunisie. Il n’est pas clair
cependant s’il est en mesure de répondre aux besoins des enseignants et personnel pédagogique et
des directeurs d’établissements de formation ; par exemple, en ce qui concerne les nouvelles
technologies ou les compétences de gestion. Le CENAFFIF est également sensé répondre aux
besoins de formation des enseignants et personnel pédagogique des organismes de formation publics
et privés. Les problèmes suivants ont une influence négative sur la réactivité.
■ Le CENAFFIF ne dispose pas d’une analyse à jour des besoins en formation provenant des
établissements.
■ Le financement, l’élaboration des programmes, le suivi, l’évaluation et les prestations de
formation sont, dans une grande mesure, contrôlés par le CENAFFIF et les autres agences
nationales, par conséquent les établissements de formation ou les employeurs peuvent
difficilement influencer l’obtention de ces formations.
■ Les résultats de l’apprentissage et la qualité de la formation des prestataires des services de
formation ne sont pas évalués de manière efficace, il n’existe donc pas de moyen de pression
obligeant les formateurs à recourir à la formation professionnelle continue pour améliorer leur
efficacité.
Au-delà de ces insuffisances, le CENAFFIF dispose de système d'assurance qualité relatif à la
formation professionnelle continue en conformité avec les normes internationales.
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ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 8
Il est prévu qu'une évaluation externe des établissements de formation soit mise en place dans le
cadre d’une nouvelle stratégie.
La formation professionnelle continue est fournie essentiellement par des organismes publics. Bien
que nombreux, les organismes de formation privés ne jouent qu’un rôle limité dans la fourniture des
services de formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel pédagogique
en Tunisie.
Selon le CENAFFIF, environ 1 100 enseignants en formation professionnelle ont participé à un des
programmes de formation professionnelle continue au cours des 12 derniers mois. Cependant, il n’y a
pas de statistiques régulières disponibles sur le nombre de participants dans chaque programme,
lieux, durée de la formation et sur le contenu des programmes de formation de formateurs.
Selon l’étude, le niveau de participation des enseignants et personnel pédagogique en formation
professionnelle dans des programmes de formation continue des formateurs en Tunisie était de 43%
au cours des 12 derniers mois, soit environ la moitié de la moyenne OCDE (85%). Seuls 21% des
enseignants et personnel pédagogique ont déclaré avoir participé à des programmes de formation
continue axés sur leur propre spécialité en termes de métier ou secteur d’activité, et le même
pourcentage ont affirmé avoir participé à des actions de formation dans les locaux de leur employeur
ou organisées par des entreprises. D’un autre côté, parmi les 43% qui ont participé à des actions de
formation continue, 80% ont participé à des programmes d’au moins 30 heures. Quelque 36 % des
enseignants et personnel pédagogique ont participé à des programmes de formation continue sous la
forme de cours en ligne ou de vidéos éducatives en ligne, ayant passé en moyenne 77 heures dans
ce type d’activités.
Seulement 40% environ des enseignants et personnel pédagogiques en Tunisie ont participé à des
actions de formation continue s’appuyant sur des méthodes modernes : formation avec des collègues
du même établissement, méthodes d’apprentissage actif (pas seulement écouter des professeurs),
des activités collaboratives d’apprentissage et de recherche avec d’autres participants, utilisation de
nouvelles technologies y compris les technologies de l’informatique et la participation à des
communautés web. Quelque 62% des enseignants et personnel pédagogique tunisiens ayant
participé à l’étude ont affirmé avoir participé à des programmes de formation incluant des activités de
recherche, individuelles ou collectives, mais seulement 16% ont participé à des activités de mentorat
et/ou d’observation entre confrères, et seulement 14% ont participé à un réseau de formateurs.
Il apparaît des données recueillies que les enseignants et personnel pédagogique ayant suivi des
programmes de formation professionnelle continue et vivant dans les régions Sud et Centrale ont
bénéficié de moins d’heures de formation que leurs confrères dans la région Nord ou dans le
Grand Tunis.
Le niveau de participation des directeurs d’établissements de formation aux programmes de formation
continue était plus important. 82% des directeurs d’établissements de formation ont participé à un
réseau professionnel et à des activités de mentorat ou de recherche (130 heures en moyenne) et 78%
ont participé à des cours, conférence ou visites d’observation (133 heures en moyenne).
L’intégration et orientation des nouveaux enseignants et personnel pédagogique semble de manière
générale assez bien développée dans les établissements de formation professionnelle en Tunisie. En
ce qui concerne le mentorat des enseignants et personnel pédagogique, cela semble moins clair. Il
paraît que le mentorat est généralement réservé aux enseignants et personnel pédagogique
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stagiaires. Bien que presque 30% des enseignants et personnel pédagogique sont formés au tutorat
et 10% disent en bénéficier, 60% des directeurs d’établissement de formation ont affirmé que le
mentorat n’est pas disponible dans leurs établissements.
Quoiqu'il semble exister une collaboration planifiée ou informelle entre les formateurs, plus que 50%
d’entre eux indiquent n’avoir jamais discuté de leurs pratiques d’enseignement ou de formation avec
des collègues, que ce soit de manière formelle ou informelle. En outre, 70% indiquent ne pas avoir
discuté de leurs pratiques d’enseignement ou de formation avec un responsable supérieur ou un
expert en pédagogie au cours du mois passé. Cela indique que pour beaucoup d’enseignants et
personnel pédagogique Tunisiens, la préparation des cours et l’analyse de leurs pratiques
représentent une activité personnelle et solitaire.
Selon l’enquête, environ 60% des enseignants et personnel pédagogique ont affirmé qu’ils étaient peu
motivés à participer à des programmes de formation professionnelle continue en raison d’absence
d’offre pertinente et de facteurs incitatifs suffisants. Environ 50% ont affirmé manquer de soutien
sérieux de la part des établissements qui les emploient. Les données de l’étude indiquent, que la
participation à la formation professionnelle continue n’est pas directement liée à l’amélioration des
performances des enseignants et personnel pédagogique ou au développement des établissements
de formation. Les enseignants et personnel pédagogique, individuellement, sont donc peu motivés
pour participer aux actions de formation de l’offre actuelle et n’y sont pas encouragés activement par
les établissements qui les emploient. Il apparaît qu’il n’existe qu’un faible lien entre la participation aux
formations et la promotion de la carrière de l’enseignant ou personnel pédagogique. La formation
continue n’est pas conçue de façon à leurs permettre de prendre d’autres responsabilités, comme le
mentorat, l’élaboration de programmes ou des ressources.
De plus, la participation à des formations ne sont pas systématiquement publiés, il n’y a pas donc de
vision claire des progrès accomplis.
Recommandations
En ce qui concerne la gouvernance des établissements de formation, les autorités compétentes, les
agences, les prestataires de services de formation continue et les établissements de formation
professionnelle devraient coopérer afin de :
■
■ permettre aux directeurs et aux conseils d’administration des établissements de formation de
participer aux décisions clés concernant le recrutement, la rémunération, la gestion des
performances et l’utilisation du budget ;
impliquer les représentants des partenaires sociaux, des apprenants et des familles dans la
gestion et le développement des établissements ;
renforcer le rôle des directeurs et du personnel d’encadrement des établissements de formation
dans l’élaboration des programmes et techniques pédagogiques, par exemple en leur faisant
observer les cours, organiser des actions de formation continue ;
■
■ permettre aux établissements de formation des formateurs d’accompagner et de coordonner les
enseignants et personnel pédagogique dans l’élaboration concertée des supports de formation
actualisés ;
■ améliorer les pratiques d’évaluation des établissements.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 10
En matière d’approches de formation et de liens avec le monde du travail, les autorités compétentes,
les fournisseurs de services de formation continue et les établissements de formation professionnelle
devraient coopérer afin de :
■
former et accompagner les enseignants et personnel pédagogique pour leur permettre de
développer des tâches d’apprentissage différenciées et utiliser des évaluations formatives pour
guider la formation et l’apprentissage ;
■ donner les moyens appropriés aux enseignants et personnel pédagogique et aux experts en
pédagogie, et les accompagner dans l’élaboration et le partage de supports de formation et de
manuels ;
■ allouer aux établissements des budgets leur permettant d’acquérir des outils et consommables
modernes ;
■ équiper les établissements avec du matériel informatique et des logiciels en quantité suffisante et
conformes aux besoins, et former les enseignants et personnel pédagogique à utiliser les TIC
pour la préparation de leurs cours et l’apprentissage en classe ;
réunir les différents acteurs, institutions et parties prenantes afin de convenir des stratégies pour
améliorer et rendre cohérent le système de formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique d’établissements de formation professionnelle en Tunisie.
■
■ définir le droit à la formation et les attentes en matière de formation professionnelle continue de
manière plus claire dans le cadre réglementaire ;
■ définir les objectifs en matière de formation professionnelle continue pour les enseignants et
personnel pédagogique d’établissements de formation professionnelle dans la nouvelle stratégie
nationale pour la formation professionnelle et dans un plan d’action à publier ;
renforcer le rôle des directions régionales et rendre effectif leur rôle dans la prise de décision ;
■
■ garantir une meilleure coordination est nécessaire entre les structures régionales et les
établissements pour mettre en place les ressources humaines et matérielles nécessaires.
En matière d’élaboration des programmes de formation professionnelle continue, d’assurance qualité
et de financement, le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi, les agences
compétentes, les enseignants et le personnel pédagogique de la formation professionnelle et les
directeurs d’établissement de formation devraient coopérer afin de :
■ mieux analyser les besoins, diffuser et utiliser les informations disponibles dans la planification et
la coordination de la formation professionnelle continue ;
■ promouvoir de meilleures pratiques et des exigences plus élevées dans les établissements en
matière d’évaluation des performances des formateurs et d’impact de la formation des
enseignants et personnel pédagogique sur les résultats d’apprentissage.
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En matière de volume, modalités et caractéristiques de la formation professionnelle continue
proposée, les autorités compétentes, les fournisseurs de formation continue, les établissements de
formation professionnelle et les agences devraient coopérer afin de :
■
■
stimuler une plus grande participation en augmentant l’offre et en la rendant plus variée;
revoir la méthodologie des programmes de formation professionnelle continue proposés par le
CENAFFIF et les autres fournisseurs de formation professionnelle continue et inclure, le cas
échéant, des méthodes plus modernes et plus variées;
■ développer des outils pour identifier les besoins et mécanismes de financement de la formation
technique dans le cadre de la formation de formateurs ; le CENAFFIF et les autres fournisseurs
de formation continue, en partenariat avec les représentants du monde des affaires et autres
organismes, devraient proposer des programmes de formation professionnelle continue
spécialisés, destinés à mettre à jour les connaissances professionnelles, les compétences et les
pratiques professionnelles des bénéficiaires.
En matière de développement professionnel au niveau des établissements, le ministère de la
Formation professionnelle et de l’Emploi, les agences, les enseignants et personnel pédagogique et
les directeurs d’établissement de formation devraient coopérer afin de :
■
revoir le statut, la rémunération, la formation et le niveau de reconnaissance dont bénéficient les
mentors ; réfléchir à la manière dont le mentorat pourrait être généralisé comme forme de
développement professionnel pour les enseignants et personnel pédagogique et pour les
directeurs des établissements de formation professionnelle ;
■ assurer que le personnel d’encadrement des établissements encourage et soutienne les
enseignants et personnel pédagogique dans les activités collaboratives, par exemple en
accordant du temps à la collaboration et en célébrant les collaborations.
En matière de pertinence et des effets de la formation professionnelle continue, le ministère de la
Formation professionnelle et de l’Emploi, les agences, les enseignants et personnel pédagogique et
les directeurs d’établissement de formation professionnelle devraient coopérer afin de :
■
fournir aux établissements une assistance et la formation nécessaire pour mener des analyses de
besoins et fournir des plans de formation des personnels, aussi bien individuels que par
établissement ; ces plans devraient servir de source d’information pour la préparation et la mise
en place de ressources nécessaires au niveau national et dans les établissements de formation
des formateurs ;
■ dispenser plus de formations à un plus grand nombre d’enseignants et personnel pédagogique
pour les aider à résoudre les questions liées aux besoins des apprenants, notamment la
motivation et la personnalisation ;
■ améliorer fortement l’analyse des besoins afin d’informer au mieux les enseignants et personnel
pédagogique de l’éventail complet des différentes formations pertinentes.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 12
En matière de reconnaissance et de politiques d’incitation, le ministère de la Formation
professionnelle et de l’Emploi, les agences et les parties prenantes devraient coopérer afin de :
■
faire en sorte que l’offre de formation professionnelle continue soit en corrélation avec des
améliorations de la formation qui sont identifiées grâce au feedback et au développement de
carrière des enseignants et eu personnel pédagogique participant ;
■ dans la mesure du possible garantir que les programmes de formation continue soient conçus de
façon à préparer les directeurs d’établissement de formation à prendre de plus amples
responsabilités afin qu’ils puissent être reconnus dans l’évolution de leur carrière ;
■ promouvoir la publication des données complètes au niveau national sur la participation à la
formation professionnelle continue.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 13
1.
INTRODUCTION
La formation des enseignants et personnel pédagogique (formateurs et conseillers d’apprentissage)
est largement reconnue comme étant d’une importance cruciale, non seulement pour améliorer la
qualité des formations dispensées, mais aussi en tant que condition préalable à d’autres réformes en
matière de formation professionnelle, comme celles relatives aux programmes, à la gouvernance ou à
la technologie. L’objectif de l’étude internationale objet du présent rapport est de permettre une
meilleure compréhension de la situation actuelle et des besoins des formateurs et des directeurs
d’établissement de formation professionnelle. Ce rapport s’intéresse plus spécifiquement au cas de la
Tunisie. Il couvre la formation que ces formateurs ont reçue, leurs convictions et leurs pratiques en
matière de formation, leurs obligations professionnelles ainsi que leurs conditions et climat de travail.
Il a été rédigé dans le but d’aider les décideurs politiques et les fournisseurs de services de formation
professionnelle à mettre en place des améliorations.
Le présent rapport inclut :
■ une vue d’ensemble des objectifs actuels de la politique de formation, visant à améliorer la
formation des enseignants et personnel pédagogique ;
■ une description de la manière de dispenser la formation des enseignants et personnel
pédagogique en Tunisie, d’évaluer leurs besoins et d’attribuer les programmes spécifiques ;
■ une explication de la manière dont les modalités de la formation professionnelle s’articulent avec
les autres éléments du système ;
■ une évaluation du bon fonctionnement des modalités existantes ;
■ des recommandations relatives à la manière de mettre en application les politiques existantes.
L’étude abordée ici a pour objectif de contribuer à un débat politique fondé sur des données
probantes, d’alimenter la réflexion et les actions à différents niveaux décisionnels, de stimuler des
recherches futures et la formulation de certaines propositions. La Tunisie fait partie des neuf pays
participants, avec l’Albanie, l’Algérie, la Biélorussie, le Kosovo, la Moldavie, le Monténégro, la Serbie
et la Turquie. Une analyse comparative sera menée au cours de l’année 2020.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 14
2. MÉTHODOLOGIE
La méthodologie de l’étude objet de ce rapport s’inspire de celle utilisée dans l’étude TALIS de
l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Une version précédente de
cette étude a été pilotée dans l’Europe du Sud-Est et en Turquie en 2015, dont les rapports ont été
publiés par l’ETF en 2016.
De plus amples informations sur la méthodologie sont disponibles en annexe (publiée séparément).
Étude bibliographique
Une revue de la littérature a permis d’étudier les documents politiques, rapports administratifs et
documents de recherche relatifs à la formation professionnelle pour les enseignants et le personnel
pédagogique en Tunisie (annexe publiée séparément).
Entretiens
Un entretien en groupe et des entretiens individuels ont eu lieu avec différents acteurs du dispositif
national de la formation professionnelle, à savoir :
■
■
■
■
■
■
■
■
■
le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi (MFPE), Direction de la formation
professionnelle ;
l’Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP) ;
l’Agence de formation dans les métiers du tourisme (AFMT) ;
le Centre national de formation de formateurs et d’ingénierie de formation (CENAFFIF) ;
l’Agence de la vulgarisation et de la formation agricoles (AVFA) ;
les syndicats et associations professionnelles (UTICA, UTAP, UFTH) ;
l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) ;
la Chambre nationale des syndicats d’établissements privés de formation professionnelle ;
la Fédération tunisienne de tourisme et d’hôtellerie (FTH).
La liste complète est disponible en annexe (publiée séparément). Les entretiens se sont déroulés
entre le 15 juin et le 30 juillet 2018.
Double enquête
Deux enquêtes ont été menées auprès de deux groupes cibles : les enseignants et personnel
pédagogique travaillant dans les centres de formation professionnelle4, et les directeurs de tous ces
établissements de formation. Les enquêtes ont été effectuées en ligne au moyen de la plateforme
SurveyGizmo.
4. On entend par centres de formation professionnelle les établissements publics dispensant un enseignement et
une formation professionnels initiaux. Il s'agit de l'enseignement et de la formation professionnels dispensés
dans le système éducatif initial, généralement avant d'entrer dans la vie active, et limités aux niveaux CITE 3 et
4.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 15
Le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi, en collaboration avec les agences et
organisations du dispositif national de la formation professionnelle et les enseignants et personnel
pédagogique, a apporté son appui aux entretiens et enquêtes.
Les questionnaires élaborés par l’ETF ont été traduits en français et leur pertinence a été vérifiée par
les principales parties prenantes nationales. Ils ont ensuite été testés auprès de six directeurs
d’établissement de formation et 20 enseignants et personnel pédagogique dans des établissements
sélectionnés au préalable, entre le 25 juillet et le 16 août 2018. Une fois validés, les questionnaires
ont été mis en ligne et les réponses ont été recueillies du 10 août au 4 novembre 2018.
Échantillon
Après des discussions avec différentes parties prenantes, il a été conclu que l’échantillon devrait
inclure l’ensemble des établissements de formation professionnelle relevant de l’ATFP (132), de
même que l’ensemble de ceux relevant de l’AVFA (39) et de l’AFMT (8). Un certain nombre
d’établissements de formation professionnelle privés a été inclus dans l’échantillon5. Le nombre total
d’enseignants et personnel pédagogique travaillant dans ces établissements s’élève à 4 205.
Les questionnaires ont été mis en ligne sur la plateforme SurveyGizmo, et les liens permettant d’y
accéder – tant au questionnaire adressé aux directeurs d’établissement de formation qu’à celui
destiné aux enseignants et personnel pédagogique – ont été envoyés à 179 adresses e-mail de
directeurs d’établissement de formation. Il a été demandé à ces derniers de faire parvenir les
questionnaires à tous les enseignants et personnel pédagogique travaillant dans leurs établissements.
La liste des établissements retenus pour l’enquête est disponible en annexe (publiée séparément).
Métadonnées
TABLEAU 1 ÉCHANTILLON D’ENSEIGNANTS ET PERSONNEL PÉDAGOGIQUE ET TAUX
DE RÉPONSE6
Total des établissements de formation professionnelle
Total des enseignants et du personnel pédagogique
Nombre d’établissements dans l’échantillon
Total des enseignants et du personnel pédagogique dans les établissements de l’échantillon
Nombre de questionnaires remplis (taille de l’échantillon)
Taux de réponse après purification
179
4 205
179
4 205
384
9 %
5 Ces établissements privés forment un échantillon intéressant du fait de leur motivation à participer à l’enquête.
6 Avec 384 enseignants et personnel pédagogique, notre échantillon (après purification) est considéré comme
représentatif au risque de 5 %. En effet, si on note SS = taille de l’échantillon (sample size) ; p = la proportion
qui maximisera notre échantillon égale à 0,5 ; et que l’on considère un niveau de confiance de 95 % qui
correspond à une cote Z de 1,96, la taille d’échantillon optimale se calcule de la manière suivante : SS =
(cote Z)²* p*(1-p) / (marge d’erreur)² = 384 – soit, pour une population finie de 4 205 individus, SSadj = (SS) /
1 + [(SS – 1) / population] = 359
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 16
TABLEAU 2 ÉCHANTILLON DE DIRECTEURS D’ÉTABLISSEMENT DE FORMATION ET TAUX
DE RÉPONSE
Total des centres de formation professionnelle
Total des directeurs
Nombre d’établissements dans l’échantillon
Total des directeurs d’établissement de formation dans l’échantillon
Nombre de questionnaires remplis
Taux de réponse
179
179
179
179
117
65 %
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 17
PARTIE 1. LE CONTEXTE : LE PERSONNEL,
LA FORMATION ET LA GESTION DES
ÉTABLISSEMENTS DE FORMATION
PROFESSIONNELLE7
La première partie de ce rapport décrit les caractéristiques des enseignants et personnel pédagogique
des établissements de formation professionnelle en Tunisie, la manière dont ces enseignants et
personnel pédagogique préparent et dispensent leur formation et la manière dont est organisée la
gouvernance des établissements.
3. LE PERSONNEL
Âge des enseignants et personnel pédagogique
Dans leur majorité (73 %), les enseignants et personnel pédagogique des centres de formation
professionnelle ayant participé à l’enquête sont âgés de 30 à 49 ans ; seul 1 % a moins de 29 ans,
et 26 % ont plus de 50 ans8.
Expérience en termes de nombre d’années d’exercice
Il ressort de l’étude que 46 % des enseignants et personnel pédagogique ont de 6 à 15 ans
d’expérience comme formateurs , et que 31 % des enseignants et personnel pédagogique ont de 16
à 25 ans d’ancienneté dans ce domaine. Environ 15 % des participants travaillent comme enseignant
ou personnel pédagogique depuis moins de 5 ans, alors que seuls 7 % ont plus de 25 ans
d’expérience dans la formation.
Expérience dans l’établissement où ils travaillent actuellement
Presque 45 % des enseignants et personnel pédagogique ont entre 6 et 15 ans d’expérience de
formation dans leur établissement actuel, et environ 28 % d’entre eux y ont moins de 6 ans
d’ancienneté. Quelque 23 % forment dans leur établissement actuel depuis 16 à 25 ans, et seuls 5 %
y ont accumulé plus de 25 ans d’ancienneté.
Expérience professionnelle dans les domaines professionnels enseignés
Environ 79 % des enseignants et personnel pédagogique ont répondu avoir plus de 3 ans
d’expérience dans la branche professionnelle enseignée, contre seulement 1 à 3 ans pour 16 %
7 Les données présentées proviennent des résultats de l’enquête en ligne. Elles ne sont pas pondérées et
n’incluent pas les valeurs manquantes (ex. refus de répondre ou réponses « je ne sais pas »).
8 Il n’existe pas de statistiques officielles structurées sur le profil d’âge des enseignants et personnel pédagogique
en Tunisie. Les recrutements de jeunes enseignants et personnel pédagogique auraient cependant été
suspendus depuis 2013, ce qui peut expliquer le profil qui ressort de l’étude.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 18
d’entre eux. Seuls 6 % des enseignants et personnel pédagogique ont dit n’avoir aucune expérience
de travail dans le domaine enseigné (branche commerciale, profession ou secteur industriel).
Genre
Dans les centres de formation professionnelle en Tunisie, les enseignants et personnel pédagogique
de niveau cadre sont très majoritairement des hommes. Conformément aux statistiques officielles, il
y a 65 % d’hommes et 35 % de femmes enseignants et personnel pédagogique dans les centres de
formation professionnelle, répartis de la manière suivante :
TABLEAU 3 RÉPARTITION DES DIRECTEURS D’ÉTABLISSEMENT DE FORMATION ET
ENSEIGNANTS ET PERSONNEL PÉDAGOGIQUE DES CENTRES DE FORMATION
PROFESSIONNELLE, PAR GENRE
Organisme
Hommes
Femmes
Total
Directeurs
Enseignants et personnel
pédagogique
ATFP
AVFA
AFMT
Total
ATFP
AVFA
AFMT
Total
119
37
6
162
2 502
147
75
2 724
13
2
2
17
1 317
88
76
1 481
132
39
8
179
3 819
235
151
4 205
La répartition au sein de notre échantillon est comme suit : 66 % d’hommes et 34 % de femmes. Il est
donc représentatif pour ce qui concerne le genre.
Rôle dans l’établissement
Le tableau 4 montre que 64 % des répondants ont dit être « formateurs et conseillers d’apprentissage9 »
alors que 12 % se sont dits « conseillers en formation professionnelle10 » et 8 % « conseillers
pédagogiques11 ». Seulement 7 % ont dit être « instructeurs ou coordinateurs techniques12 ».
9 Enseignant et formateur
10 Conseiller chargé de la filière de formation
11 Conseiller pédagogique/d’apprentissage
12 Coordonnateur de pratique, instructeur ou organisateur d’éducation pratique
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 19
TABLEAU 4 LEQUEL DES TERMES SUIVANTS DÉCRIT AU MIEUX VOTRE FONCTION AU SEIN
DE VOTRE ÉTABLISSEMENT ?
Fonction
Formateur et conseiller d’apprentissage
Coordinateur de travaux pratiques, moniteur, organisateur de cours
pratiques, coordinateur technique
Conseiller
Professeur principal ou directeur
Conseiller pédagogique
Technicien de laboratoire ou atelier
Assistant de l’enseignant ou enseignant associé
Autre
Total
Fréquence
%
244
25
46
4
29
10
2
23
3
64
7
12
1
8
3
1
6
100
Note : Quelques tableaux ne totalisent pas 100% en raison de l’arrondissement.
Secteur professionnel ou spécialité
La distribution des enseignants et personnel pédagogique par profils professionnels révèle qu’ils sont
essentiellement répartis entre cinq secteurs principaux : ingénierie (électrique, mécanique,
automobile, etc.) ; agriculture, médecine vétérinaire, sylviculture, pêche ; fabrication, production,
transformation ; hôtellerie, tourisme, restauration, voyages ; technologies de l’information ; secteur de
la construction.
Formation initiale
Les enseignants et personnel pédagogique sont 40 % à avoir reçu une formation pédagogique dans le
cadre de leur formation initiale, tandis que 36 % l’ont reçue en dehors de leurs programmes d’études.
Ils sont 25 % à n’avoir reçu aucune formation pédagogique avant de devenir formateurs.
La figure 1 montre que près de la moitié des répondants ont des qualifications formelles d’enseignant
ou personnel pédagogique, et qu’un peu moins d’un tiers sont qualifiés de manière formelle pour
travailler en qualité de moniteur ou coordinateur de travaux pratiques. Quelque 11 % suivent une
préparation pratique qui leur donnera une qualification officielle, et seuls 4 % des interrogés sont des
moniteurs ou coordinateurs de travaux pratiques non qualifiés.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 20
FIGURE 1 QUALIFICATIONS FORMELLES DE TOUS LES RÉPONDANTS (%, N = 381)
Je ne suis pas formellement qualifié pour travailler en tant
que formateur ou coordinateur de la formation pratique
4
Autre
3
Je suis formellement qualifié pour travailler en tant que
formateur ou coordinateur de la formation pratique
32
Je ne suis pas formellement qualifié en tant qu'enseignant
et ne pratique pas d'enseignement
1
Je pratique l'enseignement qui mène à la qualification
formelle en tant qu'enseignant
11
Je suis formellement qualifié en tant qu'enseignant
49
0
10
20
30
40
50
60
FIGURE 2 NIVEAU DE DIPLÔME DES RÉPONDANTS (%, N = 382)
Enseignement secondaire supérieur (Bac)
4
Degré post-secondaire non tertiaire
Enseignement supérieur de cycle court
12
14
Licence ou équivalent
Master ou équivalent
Doctorat ou équivalent
2
Autre
19
19
31
Note : Quelques graphiques ne totalisent pas 100% en raison de l’arrondissement.
La répartition des enseignants et personnel pédagogique par niveaux d’éducation formelle (figure 2)
montre qu’ils sont 31 % à être titulaires d’un diplôme de master ou de niveau équivalent ; 19 % ont
une licence ; environ 14 % ont achevé une formation supérieure de cycle court et 12 % ont suivi une
formation postsecondaire non tertiaire (enseignement professionnel ou technique non universitaire de
type BTS, etc.).
Statut professionnel
La répartition des enseignants et personnel pédagogique selon leur temps de travail révèle que
73 % travaillent à temps plein, 18 % travaillent de 50 % à 90 % d’un équivalent temps plein et 8 %
travaillent moins de la moitié d’un temps plein. Quant à leur statut professionnel, presque tous les
enseignants et personnel pédagogique participants (97 %) ont un emploi à durée indéterminée dans
leur établissement actuel. Ils ne sont que 2 % à être sous contrat à durée déterminée (CDD) pour
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 21
plus d’une année scolaire, et 1 % à être sous CDD d’une durée inférieure ou égale à une
année scolaire.
Membres des syndicats ou associations professionnelles
Les données nous révèlent que 39 % des enseignants et personnel pédagogique ont répondu faire
partie d’un syndicat et que 15 % sont membres d’une association professionnelle d’enseignants et
personnel pédagogique.
Horaires de travail
La figure 3 montre que les enseignants et personnel pédagogique consacrent plus de la moitié (55 %)
de leur temps de travail aux cours et 45 % à d’autres tâches administratives ou pédagogiques, comme
préparer les cours suivants (16 %), prendre part à un travail d’équipe ou un dialogue avec des
collègues de l’établissement (8 %), conseiller les apprenants (6 %) corriger/annoter les devoirs des
apprenants (4 %), exécuter d’autres tâches administratives (4 %).
FIGURE 3 RÉPARTITION (MOYENNE) DU TEMPS DE TRAVAIL SELON LES TÂCHES
(%, N = 236)
4 2 2
3
6
4
8
16
Travail aux cours
Planification ou préparation individuelle des séances
dans l’établissement ou ailleurs
Travail et dialogue avec des collègues de
l’établissement
Correction des copies des élèves
55
Conseil aux élèves (dont supervision, aide en ligne,
orientation scolaire ou professionnelle et prévention
de la délinquance)
Participation à la gestion de l’établissement
Travail administratif d’ordre général (communication
et tâches administratives et de secrétariat à effectuer
en tant qu’enseignant)
Communication et coopération avec les parents
d’élèves ou les tuteurs
Conclusions
Le personnel de formation en Tunisie est relativement jeune et environ 80 % des répondants ont
déclaré avoir au moins trois ans d’expérience professionnelle dans leur domaine de spécialisation.
D’autre part, seulement 40 % ont bénéficié d’une formation initiale incluant un volet pédagogique et
36 % ont reçu une formation pédagogique d’un autre type. Presque tous les enseignants et personnel
pédagogique travaillent à temps plein, et environ 55 % de leur temps de travail est consacré à
l’enseignement.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 22
4. GOUVERNANCE DES CENTRES
DE FORMATION
Qui participe à la gouvernance des établissements ?
La gouvernance des établissements est assurée par les conseils d’administration de ces derniers, qui
comprennent directeurs, coordinateurs pédagogiques, chefs de section et conseillers pédagogiques.
La majorité des directeurs d’établissement de formation publics ont déclaré que le recrutement (85 %)
et le licenciement ou la suspension (87 %) des enseignants et personnel pédagogique étaient des
prérogatives des autorités nationales. Dans quelques cas exceptionnels, ces directeurs sont autorisés
à recruter ou suspendre directement des enseignants et personnels pédagogiques contractuels. En
revanche, 84 % des directeurs de centres de formation privés ont déclaré avoir le droit exclusif de
recruter leurs enseignants et personnel pédagogique et 75% ont déclaré avoir le droit de les
suspendre ; certains le font en concertation avec le conseil d’administration de l’établissement. Pour
ce qui concerne la fixation des salaires des enseignants et personnel pédagogique, y compris
l’élaboration des grilles salariales et les décisions d’augmentation des salaires, presque tous les
directeurs de centres de formation publics ont indiqué que cette responsabilité revenait en principe
aux autorités nationales. Il en va autrement pour les centres de formation professionnelle privés, où
ces décisions font partie des prérogatives du directeur et de l’équipe d’encadrement. Environ 82 %
des directeurs d’établissement de formation publics et 72 % des directeurs d’établissements de
formation privés ont affirmé être principalement responsables de la répartition du budget
de l’établissement.
La politique disciplinaire vis-à-vis des apprenants est une responsabilité partagée entre les directeurs,
les conseils d’administration et les autorités locales, alors que l’évaluation de l’apprenant est entre les
mains de l’équipe de direction et des enseignants et personnel pédagogique de l’établissement.
L’admission à l’établissement public ou privé est généralement décidée par les directeurs
d’établissement de formation et leurs équipes. Quelque 72 % de ces directeurs estiment que le choix
des outils pédagogiques incombe principalement aux formateurs. Le contenu des cours relève en
général de la responsabilité des enseignants et personnel pédagogique et de l’autorité nationale, ainsi
que, dans une moindre mesure, de celle du conseil d’administration.
La décision relative aux cours proposés par le centre est considérée par 62 % des directeurs
d’établissement de formation comme relevant principalement des enseignants et personnel
pédagogique, en concertation avec le conseil d’administration de l’établissement et l’équipe de
direction. Les programmes sont ensuite soumis à l’approbation du ministère. Notons toutefois qu’il
existe des programmes de formation, formalisés par spécialité de formation et par niveau, élaborés
sous la responsabilité du CENAFFIF.
Quel est le rôle du directeur ?
La figure 4 montre que les directeurs d’établissement de formation professionnelle consacrent en
général 40 % de leur temps à des tâches administratives et de direction et à des réunions (gestion
des ressources humaines et du personnel, réglementations, rapports, budget de l’établissement,
préparation des horaires et de la composition des classes, planification stratégique, activités de
gestion et leadership, réponses aux demandes des autorités de formation locales, cantonales,
régionales ou nationales, etc.) et 19 % aux tâches liées aux programmes et à la formation
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 23
(élaboration des cours, formation, assistance aux cours en qualité d’observateur, mentorat pour les
enseignants et personnel pédagogique, développement professionnel des enseignants et personnel
pédagogique, etc.). Le reste de leur temps est consacré aux contacts avec les apprenants (13 % en
moyenne), avec les parents ou les familles d’accueil (8 % en moyenne) et avec le public, les
entreprises et les acteurs communautaires au niveau local ou régional (14 % en moyenne) et à
d’autres tâches.
D’après les résultats de l’enquête, 65 % des directeurs d’établissement de formation professionnelle
travaillent sur un plan de développement professionnel pour leur centre, et un peu plus de la moitié
(53 %) ont exploité les résultats des évaluations des apprenants (y compris des examens nationaux et
internationaux) et les données relatives à leurs performances pour élaborer les objectifs et les
programmes éducatifs.
FIGURE 4 POURCENTAGE MOYEN DE TEMPS CONSACRÉ PAR LES DIRECTEURS
D’ÉTABLISSEMENT DE FORMATION À DIFFÉRENTES TÂCHES DU CENTRE DE
FORMATION (N = 61)
6
14
8
13
Tâches et réunions administratives et de direction
Curriculum et tâches et réunions liées à
l'enseignement
40
Interactions avec les étudiants
Interactions avec les parents ou tuteurs
Interactions avec la communauté locale et
régionale, les entreprises et l'industrie
19
Autre
Environ trois quarts des directeurs d’établissement de formation ont fréquemment ou très
fréquemment collaboré avec les enseignants et personnel pédagogique pour résoudre des
problèmes de discipline en classe ; pris des mesures pour soutenir la collaboration entre
enseignants et personnel pédagogique s’agissant de la mise en place de nouvelles pratiques de
formation ; pris des initiatives pour responsabiliser les enseignants et personnel pédagogique vis-à-
vis des résultats d’apprentissage de leurs apprenants ; et résolu des problèmes relatifs aux horaires
de cours dans l’établissement. En revanche, seulement très peu de directeurs (26 %) ont
fréquemment ou très fréquemment observé le déroulement de séances de cours alors que 74 % ne
l’ont fait qu’occasionnellement ou l’on rarement ou jamais fait. La majorité des directeurs
d’établissement de formation (85 %) affirment avoir contrôlé la présence d’erreurs et de fautes dans
les documents administratifs et rapports de l’établissement. La moitié des directeurs affirme n’avoir
jamais ou n’avoir que rarement/parfois entrepris des actions pour stimuler la coopération entre les
enseignants et personnel pédagogique pour l’élaboration de nouvelles pratiques, tandis que l’autre
moitié le fait souvent ou très souvent. Il en va de même pour l’établissement de contacts avec les
parents : la moitié des directeurs dit ne jamais le faire ou ne le faire que rarement/parfois, tandis
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 24
que l’autre moitié le fait souvent ou très souvent. Enfin, 69 % des répondants ont déclaré avoir
souvent ou très souvent collaboré avec les directeurs d’autres centres de formation professionnelle
au cours des 12 derniers mois.
Comment les autres parties prenantes participent-elles ?
La figure 5 montre que la majorité des directeurs d’établissement de formation privilégient une
gouvernance participative. Effectivement, 70 % d’entre eux ont affirmé ne pas prendre de décisions
importantes seuls et presque tous (95 %) sont plutôt ou fortement d’accord pour dire que leur centre
donne à son personnel l’occasion de participer activement aux prises de décisions de l’établissement.
Ils sont en outre 86 % à estimer qu’il y existe une culture collaborative caractérisée par une entraide
mutuelle. L’affirmation selon laquelle les parents ou familles d’accueil ont la possibilité de participer
activement aux décisions du centre divise les directeurs d’établissement de formation : la moitié est
plutôt ou fortement d’accord, tandis que l’autre moitié est plutôt ou fortement en désaccord. Plus du
tiers (36 %) des directeurs ont estimé que les apprenants ne disposent pas de la possibilité de
participer activement aux prises de décision de leur établissement.
La plupart des directeurs ont affirmé que le conseil d’administration de leur établissement de formation
incluait des représentants des enseignants et personnel pédagogique (88 %), des membres de
l’équipe de direction de l’établissement (93 %) et du personnel administratif (81 %). Ils sont un peu
plus de la moitié à avoir répondu que le conseil d’administration de leur établissement comptait dans
ses rangs des représentants d’entreprises (institutions du marché de l’emploi, associations
d’employeurs) et des syndicats.
FIGURE 5 À QUEL POINT ÊTES-VOUS D’ACCORD OU NON AVEC LES AFFIRMATIONS
SUIVANTES AU SUJET DE VOTRE ÉTABLISSEMENT ?
Il existe une culture d'école collaborative caractérisée par un
soutien mutuel (N = 106)
4
10
63
23
Je prends moi-même les décisions importantes (N = 108)
31
38
18
13
Cette école offre aux étudiants la possibilité de participer
activement aux décisions de l’école (N = 109)
9
27
60
Cette école offre aux parents ou aux tuteurs la possibilité de
participer activement aux décisions de l’école (N = 107)
11
38
43
5
7
Cette école offre au personnel la possibilité de participer
activement aux décisions de l’école (N = 109)
2
4
60
35
Pas du tout d'accord
Pas d'accord
D'accord
Tout à fait d'accord
Quels sont les obstacles à une gestion efficace ?
La figure 6 montre que les principales contraintes limitant l’efficacité des directeurs d’établissement de
formation sont : un budget et des ressources de l’établissement insuffisants (91 % de réponses « dans
une certaine mesure » ou « beaucoup ») ; la réglementation et la politique de l’État (87 % de réponses
« dans une certaine mesure » ou « beaucoup ») ; un manque d’opportunités et de soutien au
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 25
développement professionnel des enseignants et personnel pédagogique (70 % de réponses « dans
une certaine mesure » ou « beaucoup ») ; une charge de travail et un niveau de responsabilité très
élevé de leur propre fonction (61 % de réponses « dans une certaine mesure » ou « beaucoup ») ; et,
dans une mesure un peu moindre, le manque de partage du leadership avec les autres membres du
personnel (57 % de réponses « dans une certaine mesure » ou « beaucoup »).
FIGURE 6 DANS QUELLE MESURE CE QUI SUIT LIMITE-T-IL VOTRE EFFICACITÉ EN TANT
QUE PRINCIPAL DANS CE CENTRE DE FORMATION ? (%)
Manque de partage du leadership avec les autres membres
du personnel (N=105)
22
21
41
16
Charge de travail et niveau de responsabilité très élevé de
votre propre fonction (N=106)
15
24
Manque d’opportunités et de soutien au développement
professionnel des enseignants (N=105)
7
24
40
46
22
24
Manque d’opportunités et de soutien à votre propre
développement professionnel (N=105)
Système de rémunération basé sur la carrière des
enseignants (N=104)
Manque d'implication et de soutien des parents ou tuteurs
(N=106)
Absences des enseignants (N=104)
25
35
38
2
42
18
30
15
14
37
39
37
30
Réglementation et politique de l’État (N=104)
3
11
55
Budget et ressources de l’établissement insuffisants (N=106)
3
7
51
Pas du tout
Peu
Dans une certaine mesure
Beaucoup
10
11
16
32
40
Plus de deux tiers des directeurs d’établissement de formation ont identifié le manque ou
l’inadéquation du matériel pédagogique comme le principal frein à une formation efficace (figure 7).
Les éléments suivants sont considérés comme de sérieuses entraves par une majorité de directeurs
(entre 66 et 69 % de réponses « dans une certaine mesure » ou « beaucoup ») : le manque de
personnel d’encadrement, d’enseignants et personnel pédagogique qualifiés et/ou efficaces ; le
manque d’enseignants et personnel pédagogique dotés des compétences nécessaires pour travailler
avec les apprenants à besoins particuliers ; le manque ou l’inadéquation du matériel de bibliothèque ;
le manque d’enseignants et personnel pédagogique pour les cours pratiques ; le manque ou
l’inadéquation des ordinateurs et logiciels pédagogiques.
La figure 8 montre que l’arrivée en retard des apprenants est un problème répandu dans les
établissements de formation professionnelle en Tunisie. Les directeurs d’établissement de formation
sont 29 % à l’avoir signalé comme une problématique quotidienne. L’absentéisme des apprenants
constitue un autre phénomène répandu puisque 29 % des directeurs ont signalé que leurs apprenants
sont absents au moins une fois par semaine.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 26
FIGURE 7 EST-CE QUE LA CAPACITÉ DE VOTRE CENTRE DE FORMATION À DISPENSER UNE
FORMATION DE QUALITÉ EST FREINÉE PAR UN OU PLUSIEURS DE CES PROBLÈMES ?
(%, N = 102)
Manque d'enseignants qualifiés et / ou performants
15
17
Manque d'enseignants compétents pour enseigner aux…
8
24
Manque de professeurs de matières générales
Manque d’enseignants pour les cours pratiques
Manque ou insuffisance de matériel pédagogique
Manque ou insuffisance d'ordinateurs pour l'instruction
22
16
16
8
12
17
22
Accès Internet insuffisant
21
15
Pénurie ou insuffisance de logiciels d’instruction
Pénurie ou insuffisance de matériel de bibliothèque
Pénurie de personnel de soutien
10
10
11
24
22
19
39
49
25
29
46
41
37
38
33
35
36
29
20
25
25
31
29
26
33
34
34
Pas du tout
Peu
Dans une certaine mesure
Beaucoup
La fraude, le vandalisme et les vols, de même que les intimidations et agressions verbales de la part
des apprenants, sont très rares ou totalement absents, selon les directeurs. Les blessures résultant
de violences entre apprenants et les intimidations ou insultes de la part des enseignants et personnel
pédagogique sont inexistantes selon respectivement 50 % et 42 % des directeurs d’établissement de
formation, et restent rares pour les autres.
FIGURE 8 DANS VOTRE ÉTABLISSEMENT, À QUELLE FRÉQUENCE CES AGISSEMENTS ONT-
ILS LIEU ? (N = 102)
Arrivée en retard à l’école
3
42
7
Absentéisme (absences injustifiées)
6
47
19
19
29
21
8
Tricherie
20
Vandalisme et vols
30
Intimidation ou agression verbale d’élèves
25
68
59
61
Violences entre élèves entraînant des blessures
Intimidation ou agression verbale d’enseignants ou de
membres du personnel
50
42
49
54
Jamais
Rarement
Chaque mois
Chaque semaine
Chaque jour
7
2
4
6
2
3
7
6
2
1
1
2
2
Selon les directeurs, seule une très petite minorité d’enseignants et personnel pédagogique arrive
régulièrement en retard et leur absentéisme est encore plus rare. La discrimination de la part des
enseignants et personnel pédagogique est quasi-inexistante (figure 9).
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 27
FIGURE 9 DANS VOTRE ÉTABLISSEMENT, À QUELLE FRÉQUENCE CES AGISSEMENTS ONT-
ILS LIEU (DE LA PART DES ENSEIGNANTS ET DU PERSONNEL PÉDAGOGIQUE) ? (N = 102)
Arrivée en retard à l’école
14
Absentéisme (absences injustifiées)
36
Discrimination
62
87
8
13
4
50
10
3
1
12
1
Jamais
Rarement
Chaque mois
Chaque semaine
Chaque jour
Évaluation des formateurs
Même si elle est désormais inscrite dans le droit, l’évaluation formelle du travail des enseignants et
personnel pédagogique reste une pratique rare dans le système tunisien. Selon les réponses des
directeurs, l’évaluation des enseignants et personnel pédagogique est principalement assurée par les
directeurs d’établissement de formation eux-mêmes, ou par les membres de l’équipe de direction
dans certains établissements. Environ 50 % des directeurs interrogent les apprenants au sujet de la
formation reçue et tiennent compte des commentaires des parents ou autres membres de la famille
des apprenants, et 43 % observent les cours dispensés en classe et analysent les résultats des
apprenants aux tests.
L’évaluation des connaissances des enseignants et personnel pédagogique quant aux matières qu’ils
dispensent et la discussion au sujet de leur autoévaluation sont en partie effectuées avec l’équipe de
direction et avec des personnes ou services externes. Un quart des directeurs de centres de formation
ont toutefois répondu qu’il n’y avait pas d’évaluation formelle du travail des enseignants et personnel
pédagogique au sein de leur établissement.
Presque un tiers des directeurs d’établissement de formation affirment discuter toujours ou presque
toujours avec les enseignants et personnel pédagogique des mesures pour remédier aux faiblesses
didactiques. Seuls 9 % des directeurs ont déclaré désigner, toujours ou presque toujours, des
formateurs (mentors) pour aider les enseignants et personnel pédagogique à améliorer la qualité de
leur travail en fonction des résultats de leur évaluation et 14 % ont déclaré que les évaluations des
enseignants et personnel pédagogique influencent la probabilité de progresser dans leur carrière. Les
directeurs d’établissement de formation ne sont que 41 % dans le public à préparer un plan de
développement professionnel ou de formation individuelle pour chaque enseignant ou personnel
pédagogique, contre75 % dans le privé. Dans les établissements publics, l’évaluation des enseignants
et personnel pédagogique, en cas de performance insatisfaisante, n’a qu’un impact minime sur la
baisse ou l’augmentation salariale annuelle, les responsabilités exercées (augmentation ou diminution
de la charge de travail de formation ou des responsabilités administratives/de gestion), le paiement de
bonus financier, ou un éventuel licenciement ou non-renouvellement du contrat. En revanche, 42 %
des directeurs d’établissements privés de formation professionnelle affirment toujours ou presque
toujours licencier ou mettre fin (non-renouvellement) au contrat d’enseignant/formateur en cas de
mauvaises prestations.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 28
Culture au sein de l’établissement de formation
Environ 96 % des directeurs d’établissement de formation sont plutôt ou fortement d’accord avec
l’idée qu’il existe un respect mutuel entre les enseignants et personnel pédagogique et que la relation
enseignants et personnel pédagogique/apprenants est bonne. Ils sont 89 % à être plutôt ou fortement
d’accord pour dire que leur personnel discute ouvertement des problèmes. Environ deux tiers des
directeurs estiment que le personnel de leur établissement partage les mêmes convictions en matière
de formation et d’apprentissage et qu’il existe une excellente collaboration avec les entreprises locales
et la communauté locale.
Conclusions
Dans la majorité des établissements, la prise de décision est participative. Les conseils
d’administration ont une certaine influence sur les programmes, le recrutement et la répartition interne
du budget. Cependant, les décisions relatives au recrutement ou au licenciement des enseignants et
personnel pédagogique, ainsi qu’à leurs salaires (élaboration de grilles de rémunération,
augmentations de salaire, etc.), sont généralement prises au niveau central (ministère).
La majorité des conseils d’administration des établissements incluent des représentants de l’équipe
de direction, des enseignants et personnel pédagogique et du personnel administratif. Ils ne sont
toutefois que 42 % à inclure des représentants d’entreprises.
Les directeurs d’établissement de formation consacrent environ 40 % de leur temps à des tâches
administratives et d’encadrement, et environ 20 % à enseigner, à former et à élaborer des
programmes. Près de 90 % des directeurs sont d’avis que les contraintes principales limitant leur
efficacité sont l’insuffisance des budgets des établissements de formation professionnelle, le manque
de ressources ainsi que la réglementation et la politique de l’État. La faiblesse et l’incohérence de
l’offre de formation continue pour les enseignants et personnel pédagogique et la charge de travail
trop lourde ont été perçues par 60 % des directeurs comme des obstacles importants limitant
l’efficacité de la formation.
Plus de deux tiers des directeurs d’établissement de formation ont identifié les facteurs suivants
comme des obstacles à une formation efficace : le manque ou l’inadéquation des matériels
didactiques, le manque de personnel de soutien, le manque d’enseignants et personnel pédagogique
qualifiés et/ou efficaces, le manque d’enseignants et personnel pédagogique dotés des compétences
nécessaires pour travailler avec les apprenants à besoins spécifiques, des stocks de matériel
insuffisants et/ou inadaptés, le manque d’enseignants et personnel pédagogique pour les cours
pratiques, le manque d’ordinateurs et de logiciels ou leur qualité inadaptée.
Les directeurs et la hiérarchie des établissements de formation observent le travail de leurs
enseignants et personnel pédagogique et leur font des commentaires dans 50 % des centres environ.
Cependant, seulement 40 % des directeurs observent leur personnel en train d’enseigner ou de
former. L’évaluation formelle est absente dans 25 % des établissements, bien qu’exigée par la loi.
Dans le public, une faible performance ne mène pas à des sanctions strictes, par exemple à des
conséquences sur le salaire, les possibilités de promotion ou le contrat de travail. Seuls 42 % des
centres s’attendent à ce que leurs employés aient un plan de formation personnalisé.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 29
Notons en revanche que les directeurs et les conseils d’administration des établissements de
formation privés ont plus de liberté en matière de recrutement et de salaire, et qu’ils appliquent le plus
souvent des mesures correctives en cas de qualité de formation insuffisante.
Principaux problèmes et recommandations
Principaux problèmes
Recommandations
Les directeurs et conseils d’administration des
établissements de formation n’ont pas l’autonomie
suffisante pour prendre les décisions clés ou répartir
les ressources afin d’améliorer les résultats de leurs
établissements.
Permettre aux directeurs et aux conseils
d’administration des établissements de formation de
participer aux décisions clés concernant le
recrutement, la rémunération, la gestion des
performances et l’utilisation du budget.
La consultation des représentants des apprenants,
des partenaires sociaux et des parents ou familles
d’accueil dans le cadre des décisions relatives à la vie
et la gestion des établissements reste un phénomène
très occasionnel et aux effets extrêmement limités.
Les directeurs d’établissement de formation ne
consacrent que 20 % de leur temps de travail aux
questions relatives aux programmes et à la formation.
Le manque de matériel pédagogique et sa qualité
inadaptée constituent un obstacle important à une
formation efficace.
L’évaluation formalisée du travail des enseignants et
personnel pédagogique est une pratique
insuffisamment développée dans le système de
formation professionnelle tunisien.
Impliquer les représentants des partenaires sociaux,
des apprenants et des familles dans la gestion et le
développement des établissements.
Renforcer le rôle des directeurs et des équipes de
direction des établissements de formation dans
l’élaboration des programmes de formation et
d’enseignement, par exemple par l’observation,
l’organisation de la formation professionnelle
continue, etc.
Les centres de formation des enseignants et
personnel pédagogique devraient soutenir et
coordonner ces derniers pour développer en
concertation du matériel pédagogique actualisé.
Renforcer davantage les pratiques d’évaluation au
sein des établissements.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 30
5. APPROCHES DE FORMATION ET LIENS AVEC
LE MONDE DU TRAVAIL
Cette partie aborde la manière dont les enseignants et personnel pédagogique de la formation
professionnelle exécutent leurs responsabilités.
Formation
Les enseignants et personnel pédagogique des établissements de formation professionnelle tunisiens
ont déclaré privilégier une pédagogie basée sur la pratique. En effet, le tableau 5 montre que 83 %
des enseignants et personnel pédagogique ayant participé à l’enquête ont déclaré préparer leurs
cours, fréquemment ou toujours, de manière à ce que les apprenants puissent, lorsqu’ils apprennent
de nouvelles théories ou connaissances, également les appliquer à des tâches pratiques similaires ;
77 % ont déclaré faire la démonstration de tâches pratiques aux apprenants, qui les répètent ensuite à
leur tour ; et 70 % ont déclaré permettre aux apprenants d’apprendre la théorie puis d’utiliser ces
connaissances acquises pour résoudre des problèmes pratiques dans le cadre d’un même cours. Par
ailleurs, 70 % des enseignants et personnel pédagogique ayant participé à l’étude ont dit autoriser
leurs apprenants, fréquemment ou toujours, à pratiquer des tâches similaires jusqu’à ce qu’ils
maîtrisent le sujet et 62 % d’entre eux ont déclaré faire référence à des problèmes réels du domaine
professionnel pour démontrer comment les connaissances théoriques ou les compétences pratiques
peuvent y être appliquées. Enfin, 62 % des enseignants et personnel pédagogique affirment que les
apprenants travaillent, fréquemment ou dans tous les cours, par petits groupes afin de trouver une
solution commune à un problème ou une tâche spécifique.
TABLEAU 5 À QUELLE FRÉQUENCE LES ENSEIGNANTS ET PERSONNEL PÉDAGOGIQUE
UTILISENT-ILS DES MÉTHODES DE FORMATION DIFFÉRENTES ? (%)
Jamais ou
presque
jamais
Occasionn
ellement
Fréquemment
Dans tous
les cours
ou presque
N
16
4
24
34
31
42
30
263
20
261
20
43
26
12
261
4
3
31
28
49
16
261
46
24
262
Je présente un résumé des
contenus étudiés récemment
Les apprenants travaillent en
petits groupes pour trouver
une solution commune à un
problème ou une tâche
Je donne des tâches
différenciées aux apprenants
en difficulté et/ou à ceux qui au
contraire avancent plus
rapidement
Je fais référence à un
problème du milieu
professionnel pour démontrer
comment les connaissances
peuvent être appliquées
Je laisse les apprenants
pratiquer des tâches similaires
jusqu’à ce que je sois sûr que
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 31
tous les apprenants maîtrisent
le sujet
Je vérifie les cahiers
d’exercices ou les devoirs de
mes apprenants
Les apprenants utilisent les
TIC (technologies de
l’information et de la
communication) pour leurs
projets ou travaux en classe
Je fais une démonstration des
tâches pratiques aux
apprenants, qui réalisent ces
tâches eux-mêmes ensuite
Les apprenants apprennent la
théorie et utilisent également
ces connaissances pour
résoudre des problèmes
pratiques dans le cadre du
même cours
Je prépare les cours de façon
à ce que les apprenants
puissent, lorsqu’ils apprennent
de nouvelles théories ou
acquièrent de nouvelles
connaissances, appliquer ces
théories et connaissances à
des tâches similaires à celles
du milieu de travail (travaux
pratiques)
J’utilise des technologies
numériques pour préparer ou
rechercher du matériel
pédagogique
J’utilise des vidéos dans mon
activité de formation
Jamais ou
presque
jamais
Occasionn
ellement
Fréquemment
Dans tous
les cours
ou presque
N
9
28
40
23
262
33
36
24
7
257
4
5
20
48
29
258
26
44
26
261
3
14
47
36
260
14
14
36
44
32
31
19
256
11
256
Les entretiens avec les parties prenantes confirment que les pédagogies basées sur la participation ou
l’apprentissage actif sont bien ancrées dans le système de formation professionnelle tunisien. Il faut relever
que les enseignants et personnel pédagogique utilisent également des pédagogies plus traditionnelles : la
présentation d’une synthèse des contenus étudiés récemment (61 % ont répondu « fréquemment » ou
« dans tous les cours ou presque ») et la vérification des cahiers d’exercices ou devoirs faits à domicile par
les apprenants (63 % ont répondu « fréquemment » ou « dans tous les cours ou presque »).
Cependant, presque deux tiers des enseignants et personnel pédagogique interrogés ont déclaré qu’ils
ne donnent pas, ou rarement, de tâches différentes aux apprenants qui ont un rythme d’apprentissage
différent, et que les apprenants n’utilisent que rarement ou pas du tout les TIC (technologies de
l’information et de la communication) pour leurs projets ou leurs travaux en classe. Par ailleurs, 50 %
des enseignants et personnel pédagogique des établissements de formation professionnelle n’utilisent
pas ou peu les outils numériques ou l’internet pour préparer le matériel didactique.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 32
Liens avec le monde du travail
Le dispositif de la formation professionnelle tunisien est censé établir des liens entre la théorie et la
pratique. Presque trois quarts des enseignants et personnel pédagogique déclarent que leurs apprenants
effectuent, fréquemment ou dans tous les cours ou presque, une tâche qui ressemble beaucoup à une
tâche réelle sur le lieu de travail et 57 % affirment que leurs apprenants visitent, fréquemment ou lors de
chaque cours ou presque, des lieux de travail réels pour assister à un travail pratique réel. Un peu moins
de la moitié (48 %) des enseignants et personnel pédagogique d’établissements de formation
professionnelle déclarent visiter fréquemment des lieux de travail proches de l’établissement, par exemple
pour observer des apprenants en stage ou pour en savoir plus sur les besoins des employeurs ou les
nouvelles technologies, et 34 % d’entre eux ne font ces visites qu’occasionnellement. Enfin, 42 % des
enseignants et personnel pédagogique disent recevoir fréquemment ou très fréquemment des demandes
de conseil au sujet de recrutements de la part d’employeurs.
Les enseignants et personnel pédagogique des établissements professionnels déclarent que les
apprenants de leurs classes ont des échanges fréquents ou très fréquents (24 %) avec des
employeurs ou employés réels, par exemple lorsque des employeurs ou des professionnels qualifiés
locaux visitent leurs établissements pour parler avec les apprenants. À l’inverse, ils sont 76 % à
affirmer que leurs apprenants n’ont que peu de contacts directs avec des employeurs ou
professionnels, ou que ces contacts sont très occasionnels. Bien que la culture entrepreneuriale fasse
partie intégrante des enseignements généraux du programme de formation professionnelle en
Tunisie, seulement 31 % des enseignants et personnel pédagogique interrogés déclarent enseigner
aux apprenants, fréquemment ou tout le temps, les compétences propres à l’entrepreneuriat, par
exemple comment créer et gérer une entreprise.
FIGURE 10 DANS QUELLE MESURE LES DÉCLARATIONS SUIVANTES DÉCRIVENT-ELLES
LES LIENS ENTRE L’APPRENTISSAGE DANS L’ÉTABLISSEMENT ET LE MONDE DU TRAVAIL
POUR VOS APPRENANTS (%)
Les employeurs me demandent conseil quand ils veulent
recruter de jeunes travailleurs (N=256)
Je visite des lieux de travail, par exemple, pour observer les
étudiants en stage ou pour connaître les besoins des
employeurs ou les nouvelles technologies(N=255)
Les étudiants apprennent des compétences
entrepreneuriales dans mes cours, portant par exemple, sur
la création et la gestion d'une entreprise (N=251)
Les élèves de mes classes interagissent avec des
employeurs ou employés réels, par exemple employeurs
locaux ou travailleurs qualifiés qui viennent à l'école pour
parler aux apprenants (N=253)
17
18
41
34
30
12
31
17
26
44
22
9
34
42
16
8
Les étudiants de mes classes visitent des lieux de travail
réels pour voir de vrais travaux pratiques (N=255)
11
32
37
20
Les élèves de mes classes exécutent une tâche qui
ressemble fortement à une véritable tâche de travail (N=255)
4
24
47
25
Jamais ou presque jamais
Parfois
Fréquemment
Toujours ou presque toujours
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 33
Formation en alternance avec l’entreprise
La formation professionnelle en Tunisie reconnaît l’importance de la pratique en milieu de travail.
Effectivement, 70 % des enseignants et personnel pédagogique interrogés ont déclaré que la majorité
de leurs apprenants bénéficient de placements en entreprise pendant au moins 10 % de la durée
totale de leur programme, et 9 % ont déclaré que le placement en entreprise concerne la majorité de
leurs apprenants mais couvre moins de 10 % de cette durée. Ils sont en revanche 21 % à avoir
déclaré que seuls certains de leurs apprenants bénéficient d’un placement en entreprise.
Comportement et motivation des apprenants
La figure 11 montre que les enseignants et personnel pédagogique n’ont pas de problèmes
particuliers concernant la motivation des apprenants ou leur comportement. Environ 60 % disent ne
pas avoir à attendre longtemps en début de cours pour que les élèves se calment, 51 % disent ne
jamais perdre de temps pour cause d’interruptions, et 91 % disent prendre plaisir à enseigner à
chaque cours ou presque. Enfin, 79 % des enseignants et personnel pédagogique déclarent que la
majorité ou l’ensemble de leurs apprenants sont réellement motivés.
FIGURE 11 DANS QUELLE MESURE LES PHRASES SUIVANTES CORRESPONDENT-ELLES
A VOTRE EXPÉRIENCE DE FORMATION ? (%)
Je prends plaisir à enseigner à mes élèves (N=263)
2
7
27
64
Je perds beaucoup de temps parce que les étudiants
interrompent la leçon (N=261)
51
41
5
2
La plupart des élèves de la classe sont bien motivés
(N=261)
3
18
55
24
Quand la leçon commence, je dois attendre assez
longtemps pour que les élèves se calment (N=262)
60
31
4
6
Aucun de mes cours
Certains de mes cours
La plupart de mes cours
Tous mes cours ou presque
Programme
La figure 12 montre que 81 % des enseignants et personnel pédagogique ont déclaré que leur
formation et la préparation des cours sont fréquemment ou presque toujours guidées par le
programme national ou les normes de qualification (compétences) publiées pour leur matière, et que
plus de 78 % d’entre eux déclarent se concentrer, fréquemment ou presque toujours, sur les
compétences ou les connaissances demandées par les employeurs.
Environ trois quarts des enseignants et personnel pédagogique d’établissements professionnels
préparent toujours ou presque toujours un plan détaillé de leurs cours, ainsi qu’un plan des
différents sujets à traiter et des résultats d’apprentissage à atteindre pendant l’année scolaire.
Ils sont 69 % à toujours, presque toujours ou fréquemment expérimenter des méthodes de
formation et d’apprentissage différentes pour vérifier ce qui marche le mieux, et 62 % à consacrer
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 34
une attention particulière aux matières qui feront l’objet de tests ou d’épreuves d’examens pour
les apprenants.
FIGURE 12 AVEC QUELLE FRÉQUENCE VOTRE ENSEIGNEMENT S’APPUIE-T-IL SUR LES
DIFFÉRENTES MÉTHODES ENUMÉRÉES ? (%)
Mon enseignement et ma planification sont guidés par le programme
national officiel ou une norme de qualification spécifique à la matière
6
13
30
51
Je prépare un plan décrivant ma façon d’enseigner les différents
thèmes et les résultats à atteindre au cours de l’année scolaire
Je prépare un plan détaillé pour mes leçons
8
7
J’expérimente différentes méthodes d’enseignement et
d’apprentissage pour voir ce qui fonctionne le mieux
4
21
16
28
Je me concentre particulièrement sur les thèmes objet d’évaluation
des étudiants (tests et examens)
11
27
41
36
47
40
31
41
22
22
Je me concentre sur les compétences et les connaissances dont les
employeurs ont besoin
7
15
42
36
Jamais ou presque jamais
Parfois
Fréquemment
Toujours ou presque toujours
Ressources pédagogiques
Les enseignants et personnel pédagogique ont confirmé l’opinion de leurs directeurs d’établissement
de formation selon laquelle beaucoup de classes et d’apprenants n’ont pas suffisamment accès à des
ressources adéquates pour leur apprentissage, comme des manuels, des outils et équipements
modernes, des consommables, du matériel informatique et des logiciels, l’internet ainsi que d’autres
matériels et sources indispensables. La majorité des enseignants et personnel pédagogique ayant
participé à l’étude s’accordent à dire que les ressources pédagogiques disponibles sont insuffisantes
aussi bien pour eux que pour les apprenants. Effectivement, il apparaît au tableau 6 que moins de la
moitié des enseignants et personnel pédagogique estiment que les apprenants ont accès à des
ressources adéquates de manière fréquente ou à tous les cours.
La majorité des enseignants et personnel pédagogique considèrent que les apprenants n’ont pas
accès à des ressources de formation adéquates et de qualité, notamment à des manuels, ni à des
équipements informatiques fiables et adéquats pour leur permettre d’utiliser les technologies
numériques. Ils sont environ 50 % à déclarer que leurs apprenants ont accès, fréquemment ou à
tous les cours, à des outils et équipements adéquats et modernes, ainsi qu’à des consommables
en quantité suffisante, leur permettant d’apprendre et de développer leurs compétences
pratiques.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 35
TABLEAU 6 À QUELLE FRÉQUENCE LES AFFIRMATIONS SUIVANTES CORRESPONDENT
À VOS COURS ? (%)
Jamais ou
presque
jamais
Occasionn
ellement
Fréquemment
Dans tous
les cours
ou presque
N
38
31
21
11
230
16
37
33
14
245
12
40
37
12
246
31
39
22
8
242
35
41
58
27
17
12
7
232
3
232
Les apprenants ont accès à des
ressources pédagogiques
adéquates et de bonne qualité, par
exemple des manuels
Les apprenants ont accès à des
outils et équipements adéquats et
modernes, qui leur permettent
d’apprendre des compétences
pratiques
Les apprenants ont accès à des
consommables adéquats et en
quantité suffisante qui leur
permettent de développer leurs
compétences pratiques
Les apprenants ont accès à des
équipements informatiques et
logiciels fiables et adéquats leur
permettant d’utiliser les technologies
numériques dans la discipline que
j’enseigne
Les apprenants ont un accès
internet adéquat représentant une
aide à l’apprentissage de la
discipline que j’enseigne
Les apprenants utilisent des
plateformes d’apprentissage en
ligne telles que Moodle ou Sakai par
exemple
Évaluation de l’apprentissage
Mesurer les acquis d’un élève par le biais d’évaluations est une composante indispensable de la
formation, car cela permet de faire la synthèse de l’apprentissage et d’estimer le niveau de l’élève en
vue d’améliorer son processus d’apprentissage et d’atteindre les objectifs du cours suivi. Il ressort du
tableau 7 ci-dessous que les enseignants et personnel pédagogique des établissements de formation
professionnelle en Tunisie ont plus tendance à utiliser leurs propres outils d’évaluation que des outils
standardisés.
Les enseignants et personnel pédagogique de formation professionnelle interrogés sont 82 % à
observer leurs apprenants pendant qu’ils exécutent une tâche particulière, fréquemment ou dans tous
les cours, et à leur faire un commentaire dans l’immédiat ; et ils sont 65 % à organiser les apprenants,
fréquemment ou dans tous les cours, de manière à ce qu’ils puissent eux-mêmes commenter
mutuellement leur travail, par deux ou en petits groupes. Ils disent également recourir aux méthodes
suivantes fréquemment ou à tous les cours pour près de la moitié d’entre eux : faire passer des tests
standardisés aux apprenants (44 %), faire des commentaires écrits individuels sur le travail des
apprenants en plus de leur note ou du résultat du test (45 %) et faire répondre les apprenants aux
questions devant la classe (55 %). Enfin, 55 % des enseignants et personnel pédagogique donnent
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 36
à certains apprenants, fréquemment ou à tous les cours, des tâches particulières à exécuter parce
que leur évaluation montre qu’ils ont besoin d’un apprentissage supplémentaire. Cela confirme le
résultat relevé plus haut (tableau 5) selon lequel les travaux différenciés pour les apprenants sont
présents sans toutefois être une pratique généralisée.
TABLEAU 7 AVEC QUELLE FRÉQUENCE UTILISEZ-VOUS LES MÉTHODES CI-DESSOUS POUR
EVALUER CE QUE VOS APPRENANTS ONT APPRIS ? (%)
Jamais ou
presque
jamais
2 %
14 %
10 %
Occasionnellement Fréquemment
Dans tous
les cours
ou
presque
N
15 %
44 %
39 %
247
43 %
30 %
14 %
244
35 %
38 %
17 %
244
13 %
42 %
34 %
11 %
244
2 %
17 %
48 %
34 %
247
4 %
30 %
40 %
25 %
245
9 %
36 %
39 %
16 %
244
Je prépare moi-même et applique
ma propre évaluation au travail
de l’apprenant
Je fais passer des tests
standardisés
Je réponds aux questions des
apprenants individuellement
devant la classe
Je fais des commentaires écrits
sur le travail de l’élève en plus de
la notation ou des résultats des
tests
J’observe les apprenants en train
d’effectuer une tâche précise et
leur fais des observations
immédiates
J’organise les apprenants de
manière à ce qu’ils évaluent
mutuellement leur travail, par
deux ou par petits groupes
Je donne des tâches
personnalisées à certains
apprenants parce que leur
évaluation montre qu’ils ont
besoin de travailler davantage le
sujet
Carrière et satisfaction dans le travail
La figure 13 montre que 91 % des enseignants et personnel pédagogique ayant participé à l’étude
sont plutôt ou entièrement d’accord pour dire qu’ils sont généralement satisfaits dans leur travail. Ils
sont 89 % à penser être motivés pour faire face aux défis qu’ils rencontrent dans leur travail, et 68 %
à être plutôt ou entièrement d’accord avec le fait que les avantages de cette profession surpassent
clairement ses inconvénients. La majorité des enseignants et personnel pédagogique interrogés
estiment avoir fait le bon choix de carrière et de métier : 84 % d’entre eux disent n’avoir jamais
regretté leur décision de devenir enseignant/personnel pédagogique.
Les enseignants et personnel pédagogique sont également très optimistes sur leurs possibilités
d’avancement de carrière. Presque tous estiment continuer d’apprendre et de s’améliorer dans leur
métier, 78% sont plutôt ou entièrement d’accord pour dire qu’ils ont des possibilités de progresser
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 37
dans leur carrière et 75 % pensent que la profession d’enseignant ou personnel pédagogique est
valorisée dans leur pays.
FIGURE 13 NIVEAU DE SATISFACTION DES ENSEIGNANTS ET DU PERSONNEL
PÉDAGOGIQUE VIS-À-VIS DE LEUR TRAVAIL (%)
Les avantages de cette profession emportent largement sur
les inconvénients.
9
22
50
18
Dans l'ensemble, je suis satisfait de mon travail
2
8
58
33
Je regrette d'avoir décidé de devenir professeur
54
30
10
6
Je pense que la profession d'enseignement est appréciée
dans mon pays
6
19
Je continue à apprendre et m'améliorer en tant
qu'enseignant
2
1
32
J'ai des opportunités de progresser dans ma carrière
d'enseignant
8
13
39
Je pense que je suis assez motivé pour affronter avec
succès les défis de mon travail
3
8
40
58
17
64
39
49
Fortement en désaccord
En désaccord
En accord
Fortement en accord
Il ressort de l’étude que 89 % des directeurs d’établissement de formation interrogés sont, tout comme
les enseignants et personnel pédagogique, globalement très satisfaits de leur travail et de leurs
prestations dans leurs établissements. Presque 93 % d’entre eux ont déclaré apprécier de travailler
dans leur établissement, et 85 % qu’ils recommanderaient leur établissement à d’autres collègues
comme un bon endroit pour travailler. En Tunisie, contrairement à beaucoup d’autres pays, la majorité
des directeurs d’établissement de formation (80 %) sont d’avis que le métier d’enseignant ou
personnel pédagogique est reconnu dans la société. Un peu plus de trois quarts des directeurs disent
ne pas regretter d’avoir accepté leur poste, et affirment qu’ils referaient le même choix aujourd’hui.
Conclusions
L’enquête confirme l’idée partagée par les parties prenantes selon laquelle les enseignants et
personnel pédagogique d’établissements de formation professionnelle en Tunisie ont recours aux
pédagogies participatives et d’apprentissage actif. La majorité d’entre eux déclarent accorder un
intérêt particulier à l’apprentissage par la pratique, aux liens entre la théorie et la pratique et aux liens
entre l’apprentissage et le monde du travail. Les enseignants et personnel pédagogique interrogés
sont 70 % à déclarer que leurs apprenants consacrent au moins 10 % de leur temps de formation à
l’apprentissage en entreprise. Par ailleurs, ils affirment que les interactions directes avec les
employeurs et les employés sont peu fréquentes pour 76 % des apprenants.
La majorité des enseignants et personnel pédagogique et des directeurs d’établissement de formation
professionnelle sont satisfaits de leur travail et contents de la carrière qu’ils ont choisie. Ils se disent
motivés pour résoudre des problèmes, sont optimistes quant aux possibilités d’évolution de leur
carrière et, contrairement à ce qui est observé dans d’autres pays, ils sont persuadés d’être reconnus
par la société. Les apprenants sont majoritairement attentifs et très motivés. Environ 80 % des
formateurs déclarent s’appuyer sur les programmes établis par les instances officielles de l’État pour
la préparation de leurs cours, mais également sur leur propre connaissance des besoins des
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 38
employeurs. Les enseignants et personnel pédagogique prennent activement part à l’élaboration et à
la mise en place de leurs propres outils d’évaluation.
Il est également à noter qu’environ deux tiers des enseignants et personnel pédagogique, tout comme
une majorité de directeurs, considèrent que la plupart des classes et des apprenants n’ont souvent
pas suffisamment accès aux ressources nécessaires à l’apprentissage (manuels, outils et équipement
récents, consommables, équipement informatique et logiciels, internet et autres supports de formation
et sources d’information). Par ailleurs, la différenciation dans la formation n’est pas pratiquée de
manière systématique. Environ 50 % des enseignants et personnel pédagogique d’établissements de
formation professionnelle n’utilisent pas suffisamment ou pas du tout les outils numériques ou
l’internet dans la préparation des supports de cours.
Principaux problèmes et recommandations
Principaux problèmes
Recommandations
Les enseignants et personnel pédagogique ne
donnent pas de manière régulière des tâches
différenciées aux apprenants en fonction de leurs
besoins d’apprentissage et en s’appuyant sur les
résultats des évaluations.
La majorité des apprenants ont rarement ou n’ont
jamais utilisé les TIC (technologies de l’information et
de la communication) pour leurs projets ou pour le
travail en classe. La majorité des enseignants et
personnel pédagogique n’utilisent pas les outils
numériques ou l’internet pour préparer les matériaux
pédagogiques.
Les enseignants et personnel pédagogique n’ont
souvent pas accès aux ressources nécessaires pour
l’apprentissage telles que les manuels, matériels
pédagogiques, outils et équipements actuels et les
consommables.
Les enseignants et personnel pédagogique devraient
être formés et recevoir de l’aide pour élaborer plus de
tâches personnalisées et utiliser l’évaluation
formative.
Équiper les établissements avec des équipements
informatiques, des logiciels et une connexion internet
adéquats, ainsi que former les enseignants et
personnel pédagogique à utiliser les TIC dans la
préparation de leurs cours et dans la formation
dispensée en classe.
Donner aux enseignants et personnel pédagogique et
aux experts en pédagogie l’autonomie et l’appui
nécessaires à l’élaboration et au partage de matériels
pédagogiques et manuels.
Financer les établissements pour leur permettre
d’acquérir des outils actuels et les consommables.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 39
PARTIE 2. DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL DES
ENSEIGNANTS ET DU PERSONNEL PÉDAGOGIQUE
DES ÉTABLISSEMENTS PROFESSIONNELS
Cette partie du rapport se concentre sur le développement professionnel tant au niveau national
qu’institutionnel.
6. LA POLITIQUE ET SON IMPLÉMENTATION
Cadre législatif pour la formation professionnelle des enseignants et du
personnel pédagogique des établissements professionnels
Conformément à la loi no 2008-10 du 11 février 2008, la formation professionnelle en Tunisie est une
composante majeure du dispositif national de développement des ressources humaines. La formation
professionnelle est placée sous la tutelle du ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi,
ou bien sous sa supervision conjointe avec le ministère responsable d’une industrie ou d’un secteur
économique particulier.
Le titre IV, article 32 de la loi no 2008-10 du 11 février 2008 relative à la formation professionnelle
définit les structures nationales chargées de la formation professionnelle (structures de conception, de
gestion et d’appui), qui sont des établissements publics de nature administrative ou non, dotés de
personnalité juridique et d’autonomie financière. Par ailleurs le titre IV, article 48 dispose que le
personnel des établissements de formation professionnel inclut des enseignants et personnel
pédagogique de catégories différentes, des conseillers en apprentissage, des conseillers éducatifs, et
des inspecteurs de la formation professionnelle.
Les obligations professionnelles et la formation des enseignants et personnel pédagogique sont
régies par la loi no 93-23 du 17 février 1993. Conformément à cette loi, les enseignants et personnel
pédagogique examinent les situations professionnelles, identifient les besoins en matière de
compétences et les caractéristiques des programmes, planifient les actions de formation puis
surveillent leur réalisation, préparent et effectuent les actions de formation et évaluent les
compétences professionnelles. Ils peuvent également contribuer au processus de recrutement de
leurs homologues et à l’élaboration des outils pédagogiques et des pratiques professionnelles en
fournissant un suivi pédagogique et technique, ainsi que des activités de soutien et de recherche. Les
programmes de formation et d’éducation sont mis en place afin de préparer les enseignants et
personnel pédagogique à l’exercice de leurs fonctions et les aider à s’adapter aux évolutions
technologiques et didactiques.
Le statut juridique des enseignants et personnel pédagogique est régi par la loi no 93-10 du
17 février 1993 et est expliqué en détail dans le rapport « Pratiques et instruments pour la formation
de formateurs » (2001). Pour les employés à temps plein, le nombre d’heures de formation dépend du
niveau de qualification : il est de 18 heures par semaine pour les diplômés du supérieur, de 22 heures
pour les titulaires d’un BTS et de 32 heures pour les enseignants et personnel pédagogique ayant un
diplôme de niveau inférieur à celui de technicien supérieur.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 40
Le cadre législatif de la formation professionnelle continue définit les responsabilités afférentes, mais
ne formule pas d’exigences formelles ni ne confère le droit aux enseignants et personnel pédagogique
de développer leurs compétences, d’améliorer l’efficacité de la formation qu’ils dispensent et d’étendre
leurs responsabilités professionnelles. En particulier, le cadre législatif n’établit pas de connexion
entre la formation professionnelle continue des formateurs et le développement de leur carrière. En
effet, il n’y a pas de lien direct entre le développement professionnel et l’avancement de carrière ou
l’acquisition de nouvelles responsabilités professionnelles en particulier.
Les lois suivantes font partie du cadre législatif de la formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique de la formation professionnelle :
■
■
titre II, articles 26-28 de la loi no 2008-10 du 11 février 2008 relative à la formation
professionnelle ;
loi no 14 du 15 février 2008 relative à la formation des enseignants et personnel pédagogique,
leurs tâches et approches pédagogiques ;
■ décret no 57 du 8 juillet 2009 sur la classification nationale des qualifications ;
■ ordonnance no 79 du 1er octobre 2010 sur les équivalences des qualifications professionnelles
étrangères ;
■ décret no 52 du 5 juillet 1994 sur les certificats d’homologation ;
■ décret no 97 du 12 avril 2007 sur le statut des inspecteurs pédagogiques ;
■ décret no 8 du 26 janvier 2010 sur la nomination des directeurs d’établissement de formation et
des centres de formation professionnelle continue ;
■ décret no 54 du 23 juillet 1993 sur l’organisation administrative et financière des institutions de
■
formation professionnelle continue ;
décret no 94 du novembre 2013 fixant la liste des instituts organisant des cycles de formation
professionnelle continue pour l’adaptation des formations aux besoins du marché de travail.
Déclarations politiques relatives à la formation professionnelle des
enseignants et personnel pédagogique
Lors de nos entretiens, toutes les parties prenantes, à l’exception de celles travaillant au Centre
national de formation de formateurs et d’ingénierie de formation (CENAFFIF) ont déclaré qu’il n’existe
pas de stratégie ou de plan d’action relatifs à la formation professionnelle continue. Bien que toutes
les organisations impliquées dans la formation professionnelle continue soient sous la tutelle du
ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi (MFPE), l’information en la matière n’est pas
intégralement partagée entre toutes les parties prenantes. D’après les entretiens avec le CENAFFIF
et le MFPE, il est prévu de mettre à jour et d’améliorer certaines réglementations relatives à la
formation professionnelle continue et au développement de carrière. Ces politiques en sont à une
étape précoce de leur élaboration, mais elles devraient être mises en place dans le cadre de la
nouvelle stratégie nationale pour la formation professionnelle.
La nouvelle stratégie du système national de formation professionnelle porte principalement sur les
conditions de travail des enseignants et personnel pédagogique, la certification et l’accréditation des
diplômes, les programmes de formation et les tâches professionnelles des enseignants et personnel
pédagogique de formation professionnelle. Les salaires font actuellement l’objet d’un contentieux avec
les syndicats des enseignants et personnel pédagogique qui évoquent des préoccupations au sujet de
l’augmentation du coût de la vie, alors que cette question ne devait pas être abordée par la nouvelle
stratégie d’après le CENAFFIF.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 41
D’un autre côté, les représentants du MFPE ont déclaré qu’une réunion récente avec les parties
prenantes du secteur public et du secteur privé avait été dédiée à rendre la formation professionnelle
continue plus réactive aux besoins exprimés par le secteur privé. Par ailleurs, la stratégie du ministère
souligne certains aspects clés du développement, y compris les évaluations et révisions des
programmes et l’identification des besoins en matière de formation professionnelle continue.
Les centres de formation professionnelle continue élaborent leur propre programme de formation
chaque année et le soumettent ensuite au MFPE pour validation. L’Agence tunisienne de la formation
professionnelle (ATFP) ne dispose pas de stratégie nationale en la matière. Elle se limite à préparer
un plan annuel de formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel pédagogique
et les mentors, qui se fonde sur les besoins en formation précis de différents établissements de
formation. Ce plan est ensuite envoyé au MFPE pour approbation. De son côté, l’Agence de la
vulgarisation et de la formation agricoles (AVFA) élabore son programme de formation professionnelle
continue pour les formateurs sur la base des questionnaires diffusés auprès de ces derniers. Les
réponses sont ensuite utilisées pour identifier les besoins en formation et établir une liste des sujets
de formation par ordre de priorité (économie d’eau, pêche, production animale, etc.). L’Agence de
formation dans les métiers du tourisme (AFMT), un nouveau fournisseur de programmes de formation
professionnelle dans le secteur du tourisme, élabore à ce moment une stratégie relative à la formation
professionnelle continue qu’elle va assurer.
Les parties prenantes interrogées ont déclaré ne pas toujours disposer d’une réelle autonomie
financière et budgétaire pour élaborer une stratégie et disent rester dépendantes de l’administration
centrale. Elles ont également souligné que pour bénéficier de plus d’autonomie financière et
budgétaire, le cadre législatif du système de formation professionnelle, qui définit les conditions de
l’offre et de la demande en matière de formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel
pédagogique, devra être révisé. Certains établissements de formation apprécieraient d’avoir la possibilité
d’anticiper les besoins futurs du marché du travail et d’élaborer de nouveaux programmes, par
exemple pour proposer des formations en entrepreneuriat et en développement personnel.
Cependant, de telles initiatives signifient un besoin de formation additionnelle pour les enseignants et
personnel pédagogique.
Le MFPE a publié un document pour la planification de la formation professionnelle (2014‒18)13, qui
fournit un aperçu général de la mise en place de la formation professionnelle au niveau national, ainsi
que des orientations, y compris les mesures principales suivantes relatives à la planification de la
formation professionnelle continue pour les établissements de formation :
■ examiner la situation actuelle des établissements de formation en matière de formation ainsi
qu’en termes d’équipement ;
■ établir un plan opérationnel détaillé pour rénover et équiper entièrement les centres de formation ;
■
■ améliorer le processus et la méthodologie de l’élaboration, la mise à jour et la mise en place des
inciter les établissements de formation à adopter la formation à distance ;
■
programmes de formation professionnelle continue dans les établissements ;
revoir et opérationnaliser l’accréditation dans les établissements, et établir le cadre législatif et
réglementaire ;
13 Réforme du dispositif national de la formation professionnelle, document d’orientation et plan
d’opérations 2014‒2018, 2013, www.emploi.nat.tn/ckeditor/ckfinder/userfiles/files/Reforme_FP_Tunisie-
Fr_fin.pdf
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 42
■ mettre en place des mesures d’évaluation et d’inspection pédagogique au niveau des
établissements, et mettre en place un cadre législatif et réglementaire ;
■ élaborer un guide incluant des procédures et méthodes appropriées pour assurer le suivi et
l’évaluation des actions de formation au niveau des établissements afin d’améliorer la qualité des
formations ;
■ adopter de nouvelles approches pédagogiques et technologiques de la formation professionnelle
■
continue au niveau des établissements de formation ;
créer une base de données des formateurs et mentors pour suivre leur parcours professionnel et
de formation ;
■ définir de manière précise les fonctions des enseignants et personnel pédagogique et mentors et
établir un cadre législatif et réglementaire les concernant.
Conclusions
Conformément à la loi no 2008-10 du 11 février 2008, la formation professionnelle continue constitue
une composante majeure du système national de développement des ressources humaines. Il existe
des directives et des lois définissant les responsabilités des acteurs clés. Cependant, ce cadre légal
ne fait de la formation professionnelle continue ni une obligation ni un droit pour les enseignants et
personnel pédagogique, pas plus qu’il ne l’intègre dans la progression de carrière. Une nouvelle
stratégie est en cours d’élaboration pour la formation professionnelle, et il est prévu dans le cadre
d’un projet de développement14 de mettre en place un dispositif de formation initiale et continue
(pédagogique et technique) au profit du personnel pédagogique, d’encadrement et d’appui de la
formation professionnelle afin de garantir la qualité et l’efficacité tout au long du processus de
formation. Pour le moment, il n’existe toutefois pas de politique officielle ni de plan d’action qui
guiderait les améliorations ou les réformes nécessaires. Par ailleurs, un certain nombre de
problèmes sont à déplorer concernant la mise en place de règlements et le respect des obligations
existantes. Par exemple, il ressort des entretiens avec les parties prenantes que l’évaluation de la
formation professionnelle continue se limite à recueillir des commentaires au cours du processus de
formation alors que la loi prévoit une évaluation des formateurs (titre IV, art. 51 JORT). Bien qu’il
existe quelques indices de concertations avec les parties prenantes sur le développement d’une
politique pour la formation professionnelle continue, cela ne semble pas être une pratique
systématique ni régulière. La mise en place d’une telle politique se heurte également à l’obstacle de
la lenteur et de la complexité des procédures administratives au niveau central et au manque
d’encadrement strict au niveau régional par les directions régionales de la formation professionnelle
et de l’emploi.
14 www.reformeformation.gov.tn/index.php?id=5&tx_mfpeprojet_pi1%5Bprojet%5D=24&tx_mfpeprojet_
pi1%5Baction%5D=show&tx_mfpeprojet_pi1%5Bcontroller%5D=Projet&cHash=c2f0d112d6f6fed8614f8fdd9bf0
174a
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 43
Principaux problèmes et recommandations
Principaux problèmes
Recommandations
Le système de formation professionnelle continue
pour les enseignants et personnel pédagogique
d’établissements de formation professionnelle est
réparti entre un grand nombre d’institutions et
différents acteurs. Cependant, un manque de
coordination entre ces différents acteurs empêche
d’élaborer ou de mettre en place une stratégie
cohérente pour l’amélioration du système.
Le cadre normatif et réglementaire n’établit ni
obligation de ni droit à la formation professionnelle
continue pour les formateurs et ne constitue pas une
motivation pour y participer.
Les différents acteurs, institutions et parties prenantes
devraient être réunis pour s’accorder sur les
stratégies à utiliser afin d’améliorer et de rendre plus
cohérent le système de formation professionnelle
continue pour les enseignants et personnel
pédagogique de formation professionnelle en Tunisie.
Un droit et des attentes relatifs à la formation
professionnelle continue devraient être définis de
manière plus claire dans le cadre normatif.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 44
7. ORGANISATIONS ET INSTITUTIONS QUI
SOUTIENNENT LA FORMATION
PROFESSIONNELLE DANS LE PAYS
Ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi15
Selon la loi, le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi (MFPE) est responsable de
nombreux aspects de la formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel
pédagogique de la formation professionnelle16. Pour l’essentiel, il est responsable de l’élaboration du
cadre législatif qui régit la formation professionnelle des enseignants et personnel pédagogique de la
formation professionnelle et doit assurer l’application des textes de loi et de la réglementation relatifs à
cette question. Il élabore les politiques et les actions nécessaires pour consolider la formation
professionnelle et assure leurs financement, mise en place et évaluation. Le MFPE coordonne
également le travail de formulation et d’élaboration de la formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique entre les institutions nationales et les autres organismes. Le
MFPE se charge également de rédiger les normes législatives et réglementaires relatives à la
formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel pédagogique et d’assurer
leur application.
Au niveau régional, le MFPE est impliqué dans le suivi externe des centres de formation
professionnelle, formule des propositions de formation professionnelle continue et surveille la mise en
place des prestations. En outre, il fournit des ressources financières pour les établissements de
formation professionnelle et assure leur gestion.
Au niveau international, le MFPE participe, avec les organismes concernés, à la préparation et au
suivi de l’exécution des programmes de coopération internationale et des accords ayant pour but la
promotion et le développement de la formation professionnelle continue pour les enseignants et
personnel pédagogique de la formation professionnelle.
Sous la tutelle du ministère, quatre agences sont chargées d’exercer leurs fonctions dans le cadre de
contrats d’objectifs.
Le Centre national de formation de formateurs et d’ingénierie de
formation (CENAFFIF)
Le CENAFFIF est un organisme public non administratif créé en 1993 sous la tutelle du MFPE. Il
dispose d’une expertise importante en matière d’élaboration de programmes de formation sur la base
d’une approche axée sur les compétences, et propose ses services à des organismes publics et
privés nationaux et internationaux. Au niveau national, la fonction principale du CENAFFIF est
d’élaborer et de mettre en place des programmes de formation, et de développer les compétences
des acteurs de la formation.
15 Depuis l’achèvement de cette recherche, le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi a été
intégré au sein d’un nouveau ministère : le ministère de la Jeunesse, du Sport et de l’Intégration
professionnelle.
16 Loi no 2008-10 du 11 février 2008
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 45
Entre autres, le CENAFFIF est chargé des tâches suivantes :
■ élaborer les méthodologies pour les différents domaines de formation et fournir les supports de
formation ;
■ élaborer les critères, les normes et les programmes de formation qui correspondent aux besoins
■
de l’économie du pays en compétences ;
définir les méthodologies d’évaluation pour le système de formation et assurer la production des
outils éducatifs et didactiques nécessaires pour appuyer la mise en place effective des
programmes de formation.
Concrètement, le CENAFFIF élabore des programmes de formation professionnelle continue pour la
formation de formateurs avec l’accord du MFPE17. Toutes ces tâches sont réalisées en concertation
avec les acteurs clés du CENAFFIF.
Le CENAFFIF est financé par les fonds publics et reconnu au niveau national comme fournisseur de
la formation continue et du développement professionnel des formateurs. Bien qu’il soit autorisé à
proposer des programmes de formation élaborés sur la base de ses propres analyses, il est supposé
répondre aux besoins en formation exprimés par les organismes de formation publics et privés.
Le CENAFFIF emploie 155 personnes, dont 93 sont executifs ou formateurs et forme environ
1 100 formateurs par an. Il dispose d’un centre de formation avec des laboratoires et des logements
pour les participants.
Le CENAFFIF a créé un centre multimédia, appelé « centre de ressources », qui est ouvert aux
formateurs en formation et aux personnels de divers ministères. Son objectif est de diffuser les
produits du CENAFFIF dans les domaines de l’ingénierie des programmes de formation et de la
formation, ainsi que d’assurer une diffusion large de l’information technique et pédagogique.
Au niveau international, le CENAFFIF jouit d’une bonne réputation dans le domaine de la formation et
du développement des compétences pédagogiques et techniques des formateurs. Il développe des
relations de partenariat, d’échange et d’expertise commune avec des organismes nationaux et
internationaux.
Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP)
L’ATFP est un organisme public non administratif créé en 1993 en vertu de la loi no 93-11 du
17 février 1993. Son organisation administrative et financière ainsi que les modalités de
fonctionnement sont inscrites dans la législation18. Elle gère 136 centres de formation professionnelle
répartis par catégories : 48 centres sectoriels, 61 centres de formation et d’apprentissage, 13 centres
de formation et d’apprentissage dans les métiers d’artisanat ainsi que 14 centres pour les jeunes filles
des régions rurales. Chaque année, l’ATFP dispense trois types de formation professionnelle continue
pour ses formateurs, à savoir : des programmes pédagogiques, techniques et transversaux.
17 Catalogue de formation 2017, Unité de développement des compétences des formateurs (UDCF),
https://docplayer.fr/153986284-Republique-tunisienne-ministere-de-la-formation-professionnelle-et-de-l-
emploi.html
18 Décret no 97-1937 du 29 septembre 1997
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 46
Ses objectifs principaux sont les suivants :
■
■
fournir une formation initiale destinée aux jeunes et aux adultes conformément aux besoins
économiques et sociaux ;
satisfaire aux demandes de formation de personnel qualifié conformément aux recommandations
du MFPE ;
■ mettre en place des programmes de formation approuvés par le MFPE ;
■
assurer un suivi et évaluer les activités des établissements de formation sous sa tutelle.
L’ATFP prépare un plan annuel de formation professionnelle continue pour les enseignants et
personnel pédagogique et les mentors sur la base des besoins en formation particuliers des
établissements de formation professionnelle qui les emploient.
L’ATFP s’est engagée dans un nouveau mode de gouvernance qui s’est traduit par un nouvel
organigramme et son propre projet de développement stratégique (conduite de changement).
Il n’existe pas de stratégie nationale en matière de formation professionnelle continue à l’heure
actuelle. Toutefois, une stratégie est en train d’être préparé dans le cadre de la nouvelle stratégie
nationale de formation professionnelle
Dans son plan d’orientation stratégique, l’ATFP s’est dotée d’une vision : « L’ATFP principal acteur de
la formation professionnelle, levier de développement des ressources humaines, assurant des
prestations de qualité répondant aux besoins économiques et sociaux des individus, des entreprises
et des régions à l’échelle nationale et internationale » ; d’une mission : « Assurer l’acquisition des
connaissances théoriques et des capacités et savoir-faire pratiques que nécessite l’exercice d’un
métier ou d’une profession qualifiée et assurer l’adaptation de ces connaissances et savoir-faire aux
mutations technologiques et à l’évolution des caractéristiques de l’emploi » ; et de valeurs :
« excellence, innovation, appartenance et redevabilité »19.
En partant d’un diagnostic de sa situation actuelle20 et des axes de développement du dispositif
national de la formation professionnelle inscrits dans la stratégie de réforme conduite par le ministère
de la Formation professionnelle et de l’Emploi, l’Agence tunisienne de la formation professionnelle
s’est engagée à réaliser un plan d’action pour la mise à niveau de ses structures centrales et de ses
établissements auxiliaires. Ce projet intitulé « Qualification du personnel pédagogique d’appui et
d’encadrement (PPAE) » (2019-2023) consiste en un ensemble d’actions ayant comme objectifs : (i)
le rehaussement du niveau des qualifications, des compétences et des performances des formateurs
et conseillers d’apprentissage et du personnel d’appui et d’encadrement conformément aux exigences
de compétitivité, aux réglementations et aux normes internationales pédagogiques ; (ii) l’identification
et le rehaussement du niveau des qualifications, des compétences et des performances des
formateurs démultiplicateurs ; (iii) la certification des formateurs démultiplicateurs pédagogiques, et
(iv) la formation des tuteurs en ingénierie de formation.
19 www.facebook.com/atfp.tn/about/?tab=page_info
20 Enquête sur la formation des formateurs et conseillers d’apprentissage menée auprès des acteurs de la
formation : directeurs des centres de formation professionnelle, coordinateurs techniques, chargés de la filière
de formation, formateurs et conseillers d’apprentissage.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 47
Pour concrétiser ce projet, un ensemble d’actions visant la formation technique, pédagogique et
transversale des cadres pédagogiques et des tuteurs a été établi comme suit :
■
■
■
■
■
■
■
■
la qualification technique de 2 870 formateurs et conseillers d’apprentissage dans les différents
secteurs et domaines ;
la formation et qualification technique de 277 formateurs démultiplicateurs dans les différents
secteurs et domaines ;
la qualification pédagogique de 3 760 cadres pédagogiques dans les domaines du coaching, du
professionnalisme, des pratiques réflexives et de l’approche problème, ainsi que la constitution
d’un noyau de 60 formateurs démultiplicateurs à raison de 15 personnes par domaine de
formation ;
la formation linguistique (langues française et anglaise) de 3 760 cadres pédagogiques ;
la formation et qualification en soft skills de 3 760 cadres pédagogiques, et la constitution d’un
noyau de 60 formateurs démultiplicateurs ;
la formation en technologies de l’information et de la communication (TIC) de 3 760 cadres
pédagogiques ;
la formation en tutorat de 500 tuteurs en ingénierie de formation ;
la certification de 397 cadres pédagogiques pour assurer une qualité durable de la formation et
une reconnaissance professionnelle pour le développement des compétences des formateurs.
Agence de la vulgarisation et de la formation agricoles (AVFA)
La loi no 90-73 du 30 juillet 1990 portant création de l’Agence de la vulgarisation et de la formation
agricoles (AVFA) dispose qu’il s’agit d’un établissement administratif public fonctionnant sous l’autorité
du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche. L’AVFA assure la mise en
place de programmes relatifs au capital économique, social et humain dans les secteurs de
l’agriculture et de la pêche. Sa mission est d’élaborer les programmes et toutes les activités relatives à
la formation initiale et continue de son personnel en fonction des besoins des secteurs agricoles et de
la pêche21, et d’en assurer le suivi.
Dans les domaines de l’information et de la communication, l’AVFA soutient des programmes
élaborés par les Commissariats Régionaux au Développement Agricole qui sont destinés à améliorer
le niveau de compétences et le savoir-faire des employés de soutien dans l’agriculture (par exemple
en organisant des ateliers sur les systèmes de programmation, le suivi, l’évaluation et l’organisation
de journées d’information au niveau national).
Les principaux champs d’activité de l’AVFA sont les suivants :
soutien et conseil aux personnes travaillant dans les domaines de l’agriculture et de la pêche ;
formation professionnelle dans les domaines de l’agriculture et de la pêche ;
■
■
■ élaboration de programmes de vulgarisation pour offrir de meilleures opportunités d’emploi aux
femmes en milieu rural ;
coopération renforcée et conclusion de partenariats avec d’autres acteurs dans les domaines de
l’agriculture et de la pêche, aux niveaux national et international ;
élaboration de supports d’information, sur différents médias, imprimés ou visuels22.
■
■
21 Loi n° 90/73 du 30 juillet 1990 établissant l’AVFA.
22 Loi no 99-31 du 5 avril 1999 et décret no 99-2826 du 21 décembre 1999
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 48
L’AVFA élabore des programmes de formation professionnelle continue pour les formateurs sur la
base de questionnaires qu’elle fait circuler auprès de ces derniers. Les réponses obtenues sont
utilisées pour identifier les besoins en formation et définir les priorités en matière de formation
professionnelle continue à fournir (par exemple économie d’eau, pêche, élevage d’animaux, etc.).
À ce jour, l’AVFA s’occupe de la formation dans 30 spécialités différentes des métiers de l’agriculture
et de la pêche, répartis entre 39 établissements de formation professionnelle. Trente et un de ces
centres proposent des programmes de formation initiale et continue de formateurs dans un certain
nombre de spécialités agricoles ; les huit autres sont spécialisés dans la pêche et répartis le long des
1 300 km du littoral tunisien.
L’AVFA élabore et dispense des programmes de formation pour ses propres formateurs en
collaboration avec le MFPE et plusieurs agences de coopération internationale. Quelque
113 formateurs de l’AVFA ont pu bénéficier de programmes de formation professionnelle continue en
Tunisie durant la période 2016-2017, soit 50 % de tous les formateurs.
Agence de formation dans les métiers du tourisme (AFMT)
Par suite d’un décret adopté par le gouvernement en 2017, une agence de formation dans les métiers
du tourisme a été créée en Tunisie23. C’est une agence publique non administrative, financièrement
indépendante, gérée conjointement par les ministères du Tourisme et de l’Artisanat et par celui de la
Formation professionnelle et de l’Emploi. Elle propose aujourd’hui 12 spécialités fonctionnelles dans le
domaine du tourisme, réparties entre huit centres de formation professionnelle. L’objectif principal de
cette agence non administrative est d’élaborer et de dispenser des formations pour les ressources
humaines concernées dans les différents métiers du tourisme. Dans le futur, l’AFMT mettra en place
un système pour assurer le suivi des nouveaux produits et des tendances émergentes dans ce
secteur aux niveaux national et international. L’AFMT prépare actuellement une stratégie pour orienter
son activité de formation professionnelle continue, dont ses formateurs ne bénéficient pas encore.
Autres prestataires de formation professionnelle pour les formateurs
Les services de formation professionnelle sont généralement proposés par des organismes publics
(à but non lucratif). Cependant, de plus en plus de fournisseurs privés (à but lucratif) s’impliquent dans
l’amélioration qualitative et quantitative de la formation professionnelle proposée aux formateurs. Les
formations offertes s’inscrivent dans le cadre de la coopération nationale et internationale suite à un
accord entre les parties prenantes.
Conclusions
Le Centre national de formation de formateurs et d’ingénierie de formation (CENAFFIF) est le
fournisseur principal de formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel
pédagogique employés dans les établissements de formation publics et privés, en particulier ceux
relevant de l’Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP), de l’Agence de la
vulgarisation et de la formation agricoles (AVFA) et de l’Agence de formation dans les métiers de
tourisme (AFMT) ; cela concerne davantage les compétences pédagogiques que les compétences
techniques. Cependant, l’ATFP et l’AVFA travaillent également de manière indépendante pour évaluer
les besoins, de même que pour fournir et superviser la formation professionnelle continue de leurs
23 Décret no 2017-671 du 28 avril 2017
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 49
secteurs économiques respectifs. Certaines chambres de commerce et d’industrie nationales aident
également à élaborer et fournir la formation professionnelle continue en partenariat avec des
établissements de formation précis. Les projets de développement internationaux et les organisations
internationales ont contribué de manière importante à la formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique de la formation professionnelle en Tunisie.
Le MFPE est officiellement chargé de la coordination des agences, de la validation de leurs
programmes et de la définition de leurs budgets en matière de formation professionnelle continue pour
les formateurs. L’ATFP a élaboré un plan d’action aligné sur la stratégie globale de la réforme du
MFPE qui prévoit des changements dans sa propre structure et un soutien aux changements au
niveau des centres de formation. Le plan d’action comprend des engagements à grande échelle pour
intensifier la formation des formateurs, améliorer la certification et créer des équipes de formateurs
chevronnés pour multiplier davantage les actions de formation continue.
Il existe, dans une certaine mesure, des concertations entre les différentes agences et les autres
parties prenantes. L’existence d’agences séparées pour l’agriculture et la pêche et pour le tourisme
(AVFA et AFMT) devrait favoriser la participation des représentants de ces secteurs économiques à
tous les aspects de la formation professionnelle continue. Il n’est pas clair, cependant, dans quelle
mesure les secteurs industriels participent à l’identification des besoins, l’élaboration, la fourniture et
l’évaluation de la formation professionnelle continue.
Le CENAFFIF est un fournisseur important de la formation professionnelle continue pour les
formateurs. Sa capacité à répondre aux besoins des enseignants et personnel pédagogique et des
directeurs d’établissement de formation reste toutefois à déterminer, notamment en ce qui concerne
les nouvelles technologies ou les compétences de gestion.
Principaux problèmes et recommandations
Principaux problèmes
Recommandations
Les activités des agences de formation
professionnelle continue devraient être coordonnées
dans le cadre d’une stratégie nationale de formation
professionnelle continue pour les formateurs
définissant les objectifs et répartissant les
responsabilités.
Les secteurs industriels et les établissements de
formation, ainsi que d’autres acteurs, devraient avoir
plus de pouvoir de décision dans l’élaboration, la
conception et l’évaluation de la formation
professionnelle continue.
Les institutions actuelles ne fournissent pas de
programmes qui correspondent entièrement aux
besoins en formation des formateurs.
La nouvelle stratégie de la formation professionnelle
devrait fixer des mécanismes de coopération entre les
différents organismes et centres de formation afin
d’atteindre les objectifs nationaux.
Améliorer les mécanismes et la fréquence de
participation des parties prenantes.
Des possibilités doivent être créées pour permettre
aux partenariats ou nouveaux fournisseurs de
formation professionnelle continue de faire des
propositions de programmes conformes aux normes
nationales pour satisfaire les besoins urgents
en formation.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 50
8. CONCEPTION, ASSURANCE QUALITÉ ET
FINANCEMENT DE LA FORMATION
PROFESSIONNELLE CONTINUE DES
FORMATEURS
La formation professionnelle continue des formateurs est l’un des piliers du système de
développement des enseignants et personnel pédagogique des centres de formation professionnelle.
Elle joue un rôle important dans la mise à niveau des centres de formation sur le plan technologique
et organisationnel ainsi que dans la promotion professionnelle destinée aux personnels afin d’ancrer
le principe de l’apprentissage tout au long de la vie pour les formateurs et les stagiaires.
Conception de la formation professionnelle continue des enseignants et
du personnel pédagogique
Alors que le MFPE assure la supervision du système national de formation professionnelle,
les programmes de formation professionnelle continue pour les formateurs des établissements
professionnels sont conçus et élaborés par le CENAFFIF sous la houlette du ministère. Ces
programmes peuvent être conçus et distribués par le CENAFFIF de la manière suivante :
■ Le CENAFFIF formule des programmes de formation professionnelle continue suite à sa propre
évaluation des besoins des formateurs et en concertation avec les établissements de formation
professionnelle. Il propose ensuite ces programmes aux formateurs qui peuvent y participer s’ils
le souhaitent. Les programmes de ce type sont financés directement par le MFPE ou d’autres
bailleurs de fonds.
■ Le CENAFFIF reçoit des demandes de formation de la part d’un centre de formation
professionnelle ou du MFPE, qui contiennent les objectifs et les compétences nécessaires. Il
élabore ensuite le programme, le fait approuver par les parties prenantes et organise les
prestations. Les programmes de ce type sont généralement financés directement par le MFPE, et
parfois par des bailleurs de fonds.
Pour l’ATFP, AVFA et l’AFMT, ainsi que pour les établissements de formation publics ou privés, les
demandes de formation professionnelle continue peuvent passer par la création d’une « demande de
formation », qui suit les étapes suivantes :
identification des besoins de formation ;
formulation et envoi de la demande de formation ;
■
■
■ étude de la demande de formation par le CENAFFIF (qui apporte des changements ou des
ajustements aux programmes si nécessaire) ;
validation des programmes de formation professionnelle continue ;
■
■ mise en place des formations (la formation elle-même et le suivi).
Le CENAFFIF peut faire appel à ses propres équipes de formateurs (spécialistes des TIC ou du
textile, par exemple) ou peut recruter des formateurs externes pour fournir la formation. Les
programmes de formation sont ensuite dispensés dans les ateliers des établissements de formation
équipés conformément aux besoins. Les programmes de formation professionnelle continue des
enseignants et personnel pédagogique ainsi créés sont de qualité, garantis et validés par le
CENAFFIF en collaboration avec les organisations publiques ou privées à l’origine de la demande de
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 51
formation. Leur mise en place effective dépend toutefois de la disponibilité des ressources humaines
et budgétaires et des matériels nécessaires.
Avec cette manière de procéder, certains des programmes conçus ne sont finalement jamais
dispensés (par manque de fonds), ou alors la formation peut être conçue mais sans être réalisée
du fait que le CENAFFIF ne dispose pas d’expertise dans le domaine ou des ressources
nécessaires.
La formation professionnelle continue au niveau de l’établissement est gérée par son directeur, le
conseil des enseignants et personnel pédagogique et le comité pédagogique. Ils la planifient et en
font le suivi, et affectent les enseignants et personnel pédagogique à des programmes de
formation professionnelle continue en fonction des besoins et des priorités de l’établiss ement.
Ces derniers sont censés acquérir les connaissances et compétences pratiques nécessaire s pour
s’acquitter de leurs responsabilités en tant qu’enseignants et personnel pédagogique24. Dans la
majorité des cas, les besoins en formation seront satisfaits en identifiant les programmes
appropriés parmi ceux du catalogue du CENAFFIF. Il est demandé aux établissements de fournir
les matériels pédagogiques, tandis que les programmes de formation professionnelle sont
dispensés par le CENAFFIF.
Assurance qualité et évaluation
Bien que le CENAFFIF ait élaboré un guide d’évaluation en mettant en particulier l’accent sur les
compétences, la pratique de l’évaluation au niveau des établissements de formation professionnelle
s’effectue en interne sur la base des remontées d’information des participants à la formation à l’issue
de celle-ci. Il n’y a pas d’évaluation externe de la formation professionnelle continue pour en mesurer
la qualité et les effets. En outre, l’absence d’évaluation pédagogique dans les établissements de
formation empêche la prise en compte des effets de la formation professionnelle continue dans
l’évaluation des établissements ou des enseignants et personnel pédagogique en vue du
développement de leur carrière.
Une vaste réforme a été engagée dans le cadre du programme MANFORM depuis 2002 en vue
d’élaborer un système d’assurance qualité dans le domaine de la formation professionnelle. Un
certain nombre d’initiatives a été entrepris, y compris la mise en place d’un référentiel qualité pour la
formation professionnelle initiale et l’élaboration d’une approche axée sur les compétences.
Cependant, ces initiatives en sont restées à un stade expérimental ou ont même été abandonnées.
De manière générale, les fonctions de l’assurance qualité n’ont pas été développées de manière
suffisante, et l’assurance qualité ainsi que l’évaluation au niveau des établissements ne sont pas bien
mises en œuvre.
De l’avis de certaines parties prenantes, l’intérêt que les acteurs du métier manifestent pour la
formation professionnelle continue n’est pas dû à une volonté d’obtenir un effet réel sur les modalités
ou l’efficacité de la formation qu’ils dispensent, mais au fait qu’ils la voient comme un prérequis formel
pour la progression de leur carrière.
24 Journal officiel de la République tunisienne (JORT) : titre II, articles 26-28 de la loi no 2008-10 du
11 février 2008 relative à la formation professionnelle. www.cnudst.rnrt.tn/jortsrc/2008/2008f/jo0142008.pdf
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 52
Par ailleurs, deux programmes ont été soumis à une procédure d’assurance qualité internationale
au CENAFFIF et sont certifiés ISO 9001 depuis le mois de juillet 2018 : le processus de
développement des compétences des acteurs de la formation, et le processus de l’ingénierie de
l’information.
Financement national
Le financement de la formation professionnelle initiale est généralement assuré par l’État. Son budget
couvre tous les coûts principaux et les coûts d’exploitation des établissements de formation. L’État
participe également au financement de la formation professionnelle continue fournie par les
opérateurs privés, par le biais de subventions aux personnels sollicitant des formations dans le
domaine du développement des ressources humaines et de certains besoins des entreprises en
matière de formation et de qualification.
Les établissements de formation ne disposent pas de budgets dédiés au financement du
développement professionnel de leurs formateurs. Les financements publics pour la formation
professionnelle continue des formateurs proviennent des budgets alloués par le ministère aux
agences nationales de formation professionnelle : le CENAFFIF, l’ATFP, l’AVFA, et l’AFMT. Ces
agences attribuent ensuite une partie de leur budget à l’élaboration et à la diffusion de la formation
professionnelle continue. En pratique, le budget annuel est basé sur celui de l’année précédente avec
quelques ajustements25. On ne peut pas dire que les dépenses de formation professionnelle continue
soient fortement liées aux objectifs stratégiques ou aux priorités nationales. De plus, le budget qui lui
est alloué reste très faible et la rémunération horaire des formateurs indépendants est considérée
comme peu compétitive. Cela a un effet négatif sur la capacité du CENAFFIF à proposer une
formation professionnelle continue pertinente et de qualité. Actuellement, les parties prenantes et les
syndicats mènent une réflexion sur une réforme du financement de la formation professionnelle
continue afin de la rendre plus conforme aux besoins économiques. Ce sujet fait partie des
discussions initiées dans le cadre du contrat social.
Contribution des formateurs
La figure 14 montre que seuls 17 % des formateurs participent aux frais de la formation ; les autres
(soit 83 % des formateurs) sont entièrement financés par l’État ou par d’autres parties prenantes. En
effet, les frais de formation des formateurs sont entièrement couverts par des indemnités, tandis que
dans le cas de la formation professionnelle continue diplômante des formateurs, les organismes du
MFPE ne prennent en charge que les frais d’inscription.
25 Les dépenses de FPC chez ATFP étaient de 500 000 dinars en 2016 et de 800 000 dinars en 2017. L'AVFA
dépense en moyenne 37 000 dinars chaque année en FPC. Le CENAFFIF déclare que le budget du FPC est
estimé en fonction des besoins et qu’il n’y a pas de plafond budgétaire. L’AFMT est un nouveau prestataire
d’enseignement et de formation professionnels qui ne supervise que huit centres de formation ; son budget est
variable et très restreint.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 53
FIGURE 14 POUR LES ACTIONS DE FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE
AUXQUELLES VOUS AVEZ PARTICIPÉ AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS, COMBIEN AVEZ-
VOUS DÛ PAYER PERSONNELLEMENT ? (N = 276)
8%
9%
83%
Aucun coût
Une partie du coût
Tout le coût
Conclusions
Le CENAFFIF, fournisseur principal de la formation professionnelle continue pour les formateurs, est
censé répondre aux besoins de formation des enseignants et personnel pédagogique des organismes
de formation publics et privés. Toutefois, les problèmes suivants ont une influence négative sur ses
capacités de réaction :
■ Le CENAFFIF ne dispose pas d’une analyse à jour des besoins en formation provenant des
établissements.
■ Le financement, l’élaboration des programmes, le suivi, l’évaluation et les prestations de
formation sont, dans une grande mesure, contrôlés par le CENAFFIF et les autres agences
nationales, si bien que les établissements de formation ou les employeurs peuvent difficilement
influer sur l’obtention de ces formations.
■ Les résultats de l’apprentissage et la qualité de la formation des prestataires de services de
formation ne sont pas évalués de manière efficace, et il n’existe donc pas de moyens de faire
pression sur les formateurs pour les inciter à recourir à la formation professionnelle continue en
vue d’améliorer leur efficacité.
Au-delà de ces insuffisances, le système d’assurance qualité du CENAFFIF relatif à la formation
professionnelle continue est en conformité avec les normes internationales.
Il est prévu qu’une évaluation externe des établissements de formation soit mise en place dans le
cadre d’une nouvelle stratégie.
La formation professionnelle continue est fournie essentiellement par des organismes publics. Bien
que nombreux, les organismes privés ne jouent qu’un rôle limité dans la fourniture des services de
formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel pédagogique en Tunisie.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 54
Principaux problèmes et recommandations
Principaux problèmes
Recommandations
Les agences de formation centralisées ne disposent
pas de données récentes sur les besoins pour
planifier l’offre de formation continue et définir les
priorités.
Une meilleure analyse des besoins et un partage
d’informations puis l’utilisation de ces informations
dans la planification et la coordination de la formation
professionnelle continue.
Les établissements, les formateurs, les employeurs et
les évaluateurs des établissements ne contribuent
pas à l’assurance qualité de la formation
professionnelle continue.
Une meilleure pratique et des attentes plus élevées
en matière d’évaluation des performances et de la
formation professionnelle continue dans les centres
de formation.
Les organismes de formation privés et les entreprises
contribuent peu à la conception, à l’assurance qualité
et aux prestations de la formation professionnelle
continue.
Le CENAFFIF devrait travailler en partenariat avec les
autres fournisseurs afin d’élargir le champ de la
formation professionnelle continue et de mieux
répondre aux besoins en formation.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 55
9. VOLUME, MODALITÉS ET CARACTÉRISTIQUES
DES PRESTATIONS DE FORMATION
PROFESSIONNELLE CONTINUE
DES FORMATEURS OFFERTES PAR
LES PRESTATAIRES AUTRES QUE
LES ÉTABLISSEMENTS EUX-MÊMES
Données des prestations de formation du point de vue de leurs
fournisseurs
Selon le catalogue de formation professionnelle du CENAFFIF (dernière mise à jour en 2017), le
nombre de programmes de formation professionnelle continue disponibles pour les formateurs des
établissements de formation professionnelle est de 15. Il en existe trois types : pédagogiques,
techniques et transversaux. Quelque 1 512 journées de formation individuelle ont été assurées
en 2016, contre 1 807 en 2017. La durée et l’intensité des programmes de formation varient en
fonction de leur sujet. Ils peuvent être concentrés sur une semaine intensive ou sur un week-end
prolongé, ou bien répartis sur une durée de jusqu’à 20 jours. Selon le CENAFFIF, environ
1 100 formateurs de la formation professionnelle bénéficient des programmes de formation
professionnelle continue pour les formateurs chaque année.
Données des prestations de formation du point de vue des formateurs
qui y ont participé (sondage)
Participation
Le sondage fournit des informations sur la participation à la formation du point de vue des
formateurs bénéficiaires. Seuls 44 % des formateurs des établissements professionnels déclarent
avoir participé à des actions de formation dans les 12 derniers mois, que ce soit au sein de leur
établissement ou à l’extérieur (la moyenne de participation pour les pays de l’OCDE est de l’ordre
de 85 %). Ils sont 36 % à déclarer avoir participé à des actions organisées à l’extérieur de leur
établissement26 et 26 % à l’avoir fait au sein des établissements qui les emploient. Seuls 21 % des
formateurs déclarent avoir participé à des formations en lien avec leur spécialité professionnelle ou
leur métier, et le même pourcentage déclare avoir suivi leur formation chez les employeurs ou avec
une participation des entreprises. L’observation ou les visites d’autres établissements ont concerné
le plus grand nombre de formateurs (46 %) et un pourcentage assez élevé (33 %) déclare avoir
participé à des formations en ligne ou par vidéo. Enfin, 19 % des répondants disent avoir participé à
des programmes de formation donnant droit à une qualification formelle, notamment un diplôme de
niveau supérieur.
26 Il s’agit ici d’un pourcentage plus bas que les informations dont dispose le CENAFFIF. Il est possible que
certains membres du personnel aient participé à plusieurs programmes.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 56
FIGURE 15 POURCENTAGE DE FORMATEURS AYANT REÇU DIFFÉRENTS TYPES DE
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS
Formation continue organisée en dehors de l'établissement
(n=333)
Formation continue organisée en à l'établissement (n=328)
Formation continue organisée en à l'établissement et en
dehors (combiné) (n=331)
Développement professionnel (n=320)
Conférences ou séminaires éducatifs (n=323)
Visites terrain dans d'autres établissement (n=322)
Visites terrain ou cours de formation continue ayant eu lieu
dans les locaux commerciaux (n=323)
36
44
46
26
25
21
21
Apprentissage en ligne ou vidéo tutoriel (n=321)
33
Études dans le cadre d'une qualification formelle (n=313)
19
Nombre d’heures de formation professionnelle continue
Le tableau 8 répertorie le nombre d’heures de formation reçues par les formateurs des établissements
de formation professionnelle au cours des 12 derniers mois en fonction des différents types de
formation suivis. Il en ressort que 80 % des personnes ayant participé à la formation ont reçu plus de
30 heures de formation (sur le lieu de travail ou à l’extérieur) au cours de l’année précédente. Il
semble que les formateurs ayant suivi une formation ont généralement pu bénéficier d’au moins
30 heures par an. Les participants à des actions de formation axées sur leurs spécialités
professionnelles ont reçu 84 heures de formation en moyenne, contre 77 heures en moyenne pour
ceux ayant participé à des formations de type e-learning ou vidéo. Le taux de formateurs ayant suivi
une telle formation s’élevant à 33 %, on peut affirmer que l’e-learning est devenu une composante
importante du système de formation professionnelle continue en Tunisie. Enfin, les personnes ayant
participé à des formations donnant lieu à une qualification formelle (diplôme universitaire obtenu à
temps partiel, qualification professionnelle supplémentaire) ont en moyenne consacré 162 heures à ce
type de formation professionnelle continue.
TABLEAU 8 NOMBRE D’HEURES DES DIFFÉRENTS TYPES DE FORMATION
PROFESSIONNELLE CONTINUE (SUR LE LIEU DE TRAVAIL) REÇUES PAR LES FORMATEURS
AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS
Nombre moyen
d’heures
% de répondants ayant
reçu 30 heures ou plus
N
Sur le lieu de travail et en dehors de
l’établissement (total)
Développement professionnel
Conférences et séminaires dans le domaine de
l’éducation
Visites d’observation dans d’autres
établissements
215
84
23
42
80%
141
56
17
39
66
82
147
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 57
Nombre moyen
d’heures
% de répondants ayant
reçu 30 heures ou plus
N
Visites d’observation ou formation continue sur
des sites d’entreprises
E-learning ou cours vidéo
Études donnant lieu à une qualification formelle
21
77
162
24
55
66
68
105
58
Note : les valeurs sont calculées en tenant compte seulement de ceux qui ont effectivement participé aux
formations.
Le tableau 8 montre aussi que le nombre moyen d’heures de formation professionnelle continue sous
la forme de visites à d’autres établissements (42), de formation sur site d’entreprise (21) ou de
conférences (23) est relativement faible.
Répartition de la formation selon l’âge
L’analyse du tableau 9 révèle que les formateurs âgés de moins de 50 ans ont une probabilité
légèrement plus élevée de participer à la formation professionnelle continue que ceux âgés de plus de
50 ans. Les différences sont cependant faibles. Les formateurs âgés de moins de 30 ans et ceux âgés
de plus de 60 ans sont peu représentés dans l’échantillon, il nous est donc impossible de fournir des
conclusions sur leur niveau de participation.
TABLEAU 9 PARTICIPATION À DES ACTIONS DE FORMATION SUR LE LIEU DE TRAVAIL
(D’AU MOINS 30 HEURES) AU SEIN DE L’ÉTABLISSEMENT OU EN DEHORS, PAR TRANCHE
D’ÂGE (%)
Pas de participation aux formations (%)
Participation aux formations (%)
N
Répartition par région
0‒29 ans
30‒49 ans
50‒59 ans
+ de 60 ans
100
0
1
57
43
232
53
47
85
50
50
2
L’enquête étudie aussi la distribution des participations à la formation professionnelle continue par
région. Le tableau 10 présente les pourcentages de participants ayant reçu au moins 30 heures de
formation sur le lieu de travail dans chacune des régions étudiées. Sur la base de ce tableau, on peut
voir que le pourcentage moyen de formateurs ayant reçu une formation sur le lieu de travail (aussi
bien sur le site de l’établissement qui les emploie qu’en dehors), d’une durée d’au moins 30 heures,
est de 80 % sur l’échantillon étudié. Ces chiffres suggèrent que parmi les formateurs ayant participé à
la formation professionnelle continue, ceux travaillant dans les régions Centre et Sud ont bénéficié de
moins d’heures que leurs collègues dans le Nord ou le Grand Tunis.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 58
TABLEAU 10 POURCENTAGE DE FORMATEURS AYANT REÇU UNE FORMATION SUR LE LIEU
DE TRAVAIL (AUSSI BIEN SUR LE SITE DE L’ÉTABLISSEMENT QUI LES EMPLOIE QU’EN
DEHORS), D’UNE DURÉE D’AU MOINS 30 HEURES, PAR RÉGION (%)
%
N
Grand Tunis
Nord-Est
Nord-Ouest
Centre-Est
Centre-Ouest
Sud-Est
Sud-Ouest
Total
88
86
83
75
70
75
64
80
41
22
18
20
10
16
14
141
Note : les valeurs sont calculées en tenant compte seulement de ceux qui ont effectivement participé aux
formations.
Distribution selon la durée de l’expérience dans la formation professionnelle
Le tableau 11 montre que les formateurs ayant entre six et 15 années d’expérience dans la formation
professionnelle ont plus de chance de participer à des actions de formation professionnelle continue
(46 %) que ceux ayant entre 16 et 25 années d’expérience (32 %). S’agissant des groupes ayant des
durées d’expérience différentes, il apparaît difficile de tirer des conclusions en raison du faible nombre
de réponses.
TABLEAU 11 PARTICIPATION DANS DES ACTIONS DE FORMATION PROFESSIONNELLE
CONTINUE, QUEL QUE SOIT LEUR TYPE, EN FONCTION DU NOMBRE D’ANNÉES
D’EXPÉRIENCE (%)
Participation à des formations continues sur le
site de l’établissement employant les
formateurs ou en dehors
Pas de participation aux formations (%)
Participation aux formations (%)
N
0‒5 ans
6‒15 ans
16‒25 ans
+ de 25 ans
45
55
49
54
46
147
68%
32%
107
35%
65%
23
On peut toutefois s’étonner que les 31 % de formateurs avec moins de cinq années d’expérience qui
ont suivi des formations aient bénéficié de moins de 30 heures de formation continue (tableau 12). Il
est à noter en revanche que seulement 15 % des formateurs ayant entre six et 25 ans d’expérience
dans l’enseignement ont eu moins de 30 heures de formation continue.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 59
TABLEAU 12 PARTICIPATION À DES ACTIONS DE FORMATION CONTINUE, AU SEIN DE
L’ÉTABLISSEMENT OU EN DEHORS, SELON LE NOMBRE D’ANNÉES D’EXPÉRIENCE DANS
LA FORMATION (%)
Nombre d’heures de formation au cours des
12 derniers mois
0‒5 ans
6‒15 ans
16‒25 ans
+ de 25 ans
Moins de 30 heures
30‒49 heures
50‒59 heures
60 heures et plus
Total
31
15
8
46
26
15
17
3
65
65
15
15
12
59
34
36
14
14
36
14
Caractéristiques de la formation professionnelle continue
La méthodologie et l’organisation de la formation professionnelle continue ont également été étudiées
dans le cadre de cette enquête. Le tableau 13 montre que les approches modernes – telles que la
formation professionnelle continue effectuée avec des collègues travaillant dans le même centre de
formation ; les méthodes d’apprentissage actif (ne se limitant pas à écouter simplement le
conférencier) ; les activités d’apprentissage collaboratif ou de recherche avec d’autres formateurs
participant à la formation ; l’utilisation des nouvelles technologies, y compris les technologies de
l’information ; et la participation à des communautés web – étaient absentes des programmes de
formation selon 60 % ou plus des formateurs tunisiens.
TABLEAU 13 DANS LE CADRE DES ACTIVITÉS DE FORMATION PROFESSIONNELLE
CONTINUE AUXQUELLES VOUS AVEZ PARTICIPÉ AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS, DANS
QUELLE MESURE LES ASPECTS SUIVANTS ÉTAIENT-ILS INCLUS ? (%)
Groupe de collègues travaillant dans le
même établissement que moi
Possibilités d’utiliser des méthodes
d’apprentissage actif (pas seulement
écouter un chargé de cours)
Activités d’apprentissage collaboratif ou
de recherche avec les autres
enseignants et personnel pédagogique
prenant part à la formation
Nouvelles technologies y compris les
technologies de l’information
Utilisation de communautés web ou de
réseaux sociaux pour partager les
bonnes pratiques ou les supports
Dans
aucune des
activités
Oui, dans
certaines
activités
Oui, dans la
plupart des
activités
Oui dans
toutes les
activités
N
65
63
64
63
65
25
27
26
25
21
7
8
7
9
11
3
2
260
254
2
255
4
3
257
255
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 60
Le tableau 14 montre que 62 % des enseignants et personnel pédagogique tunisiens interrogés
déclarent avoir participé à des formations continues sous la forme de recherche individuelle ou
collaborative sur un sujet qui présentait un intérêt professionnel pour eux. Cependant, seulement
quelque16 % ont participé à des activités de mentorat et/ou d’observation mutuelle entre collègues et
environ 14 % ont participé à des réseaux d’enseignants et personnel pédagogique destinés à un
partage de pratiques professionnelles et de ressources.
TABLEAU 14 AU COURS DES 12 DERNIERS MOIS, AVEZ-VOUS PARTICIPÉ A DES ACTIVITÉS
DE DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL DES TYPES SUIVANTS ?
Forme de développement professionnel
% de répondants ayant
participé à l’enquête
Un réseau d’enseignants et personnel pédagogique créé pour appuyer leur
développement personnel (N = 312)
Recherche individuelle ou collaborative sur un sujet présentant un intérêt pour
vous du point de vue professionnel (N = 319)
Mentorat et/ou observation mutuelle du travail de collègues et/ou coaching dans le
cadre d’un dispositif formalisé dans l’établissement où ils travaillent (N = 311)
14
62
16
Formation pour les directeurs d’établissement de formation
L’enquête a également permis d’étudier la participation des directeurs d’établissement de formation à
la formation professionnelle continue au cours des 12 derniers mois (tableau 15). Leurs réponses
montrent que 82 % d’entre eux ont reçu, en moyenne, 130 heures de formation professionnelle
continue au cours de l’année précédente dans le cadre d’un réseau professionnel, d’activités de
recherche ou de mentorat, tandis que 78 % d’entre eux ont bénéficié d’en moyenne 133 heures de
formation sous forme de cours, de conférences ou de visites d’observation. L’enquête montre que les
directeurs d’établissement de formation ont des niveaux de participation plus élevés et bénéficient de
plus d’heures de formation que les enseignants et personnel pédagogique.
TABLEAU 15 DURANT LES 12 MOIS PRÉCÉDENTS, À COMBIEN D’HEURES D’ACTIVITÉS DE
DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL AVEZ-VOUS PARTICIPÉ, PARMI LES ACTIVITÉS
SUIVANTES DESTINÉES À DES DIRECTEURS D’ÉTABLISSEMENT DE FORMATION
COMME VOUS ?
Forme de développement professionnel
% de répondants
ayant suivi une
activité de formation
Nombre
d’heures
(moyenne)
Dans le cadre d’un réseau professionnel, d’activités de recherche
ou de mentorat (N=78)
En cours, conférences ou visites d’observation (N=67)
82
78
131
133
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 61
Conclusions
Selon le CENAFFIF, environ 1 100 enseignants en formation professionnelle ont participé à l’un des
programmes de formation professionnelle continue au cours des 12 derniers mois. Cependant, il
n’existe pas de statistiques régulières disponibles sur le nombre de participants à chaque programme,
le lieu et la durée de formation et le contenu des programmes de formation de formateurs.
Selon l’étude, le niveau de participation des enseignants et personnel pédagogique en formation
professionnelle à des programmes de formation continue des formateurs en Tunisie était de 44 % au
cours des 12 derniers mois, soit presque moitié moins que la moyenne de l’OCDE (85 %). Seuls 21 %
des enseignants et personnel pédagogique ont déclaré avoir participé à des programmes de formation
continue axés sur leur propre spécialité en termes de métier ou secteur d’activité, et le même
pourcentage a affirmé avoir pris part à des actions de formation organisées dans les locaux de leur
employeur ou par des entreprises. D’un autre côté, parmi les 44 % de formateurs ayant participé à
des actions de formation continue, 80 % ont suivi des programmes d’au moins 30 heures. Il est à
noter également que 33 % des enseignants et personnel pédagogique ont participé à des
programmes de formation continue sous la forme de cours en ligne ou de vidéos éducatives en ligne,
auxquels ils ont consacré 77 heures en moyenne.
Seulement 40 % environ des enseignants et personnel pédagogiques en Tunisie ont pris part à des
actions de formation continue s’appuyant sur des méthodes modernes : formation avec des collègues
du même établissement ; méthodes d’apprentissage actif (plutôt que de se contenter d’écouter des
professeurs) ; activités collaboratives d’apprentissage et de recherche avec d’autres participants ;
utilisation de nouvelles technologies, y compris les technologies de l’informatique ; et participation à
des communautés web. Ils sont 62 % à avoir suivi des programmes de formation incluant des activités
de recherche, individuelles ou collectives, mais seulement 16 % ont participé à des activités de
mentorat et/ou d’observation entre confrères, et seulement 14 % ont participé à un réseau
de formateurs.
Il ressort des données recueillies que les enseignants et personnel pédagogique ayant suivi des
programmes de formation professionnelle continue et vivant dans les régions Sud et Centre ont
bénéficié de moins d’heures de formation que leurs confrères dans la région Nord ou dans le
Grand Tunis.
Le niveau de participation des directeurs d’établissement de formation aux programmes de formation
continue est plus important. Ils sont 82 % à avoir participé à un réseau professionnel et à des activités
de tutorat ou de recherche (130 heures en moyenne) et 78 % à avoir suivi des cours, des conférences
ou des visites d’observation (133 heures en moyenne).
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 62
Principaux problèmes et recommandations
Problèmes
Recommandations
Le pourcentage d’enseignants et personnel
pédagogique participant à des actions de formation
continue chaque année est faible en comparaison
avec d’autres pays.
Pour la majorité des enseignants et personnel
pédagogique tunisiens ayant participé à l’enquête, la
possibilité d’utiliser des méthodes d’apprentissage
actif, des activités d’apprentissage collaboratives
avec d’autres enseignants et personnel pédagogique,
les nouvelles technologies, y compris les technologies
de l’information et des communautés web n’était pas
proposée dans les formations.
Il y a très peu de formations qui concernent
directement les différentes spécialités sectorielles et
les différents métiers des enseignants et personnel
pédagogique, et très peu de formations réalisées sur
les sites des entreprises ou en partenariat avec les
entreprises.
Stimuler une plus grande participation en augmentant
l’offre et en la rendant plus variée.
Le CENAFFIF et les autres fournisseurs de formation
professionnelle continue devraient revoir la
méthodologie des programmes de formation
professionnelle continue qu’ils proposent et inclure
des méthodologies plus modernes et plus variées là
où c’est pertinent.
Le CENAFFIF (ainsi que les autres fournisseurs de
formation professionnelle continue) devrait travailler
en partenariat avec les entreprises et autres
partenaires pour proposer des programmes de
formation professionnelle continue destinés à mettre à
jour les connaissances spécialisées des participants,
ainsi que leurs compétences et pratiques
professionnelles.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 63
10. DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL DANS
LES ÉTABLISSEMENTS OÙ TRAVAILLENT
LES ENSEIGNANTS ET LE PERSONNEL
PÉDAGOGIQUE
Cette section concerne le rôle des établissements dans la planification et la réalisation de la formation
professionnelle continue pour les formateurs qu’ils emploient, s’agissant notamment des formations
destinées spécifiquement aux employés de ces établissements.
Responsabilités des établissements
Les établissements sont légalement tenus d’organiser des formations pour les enseignants et
personnel pédagogique débutants27. Ils le font en coopération avec le CENAFFIF, qui propose des
programmes de formation qui sont ensuite mis en place en dehors de l’établissement. Pendant cette
période, les enseignants et personnel pédagogique débutants reçoivent le soutien d’un tuteur basé
dans le centre de formation (personne chargée par le directeur de guider, d’observer et d’évaluer
les novices).
En outre, les centres de formation peuvent choisir d’assurer une formation initiale pour les
enseignants et personnel pédagogique débutants ou qui viennent d’intégrer l’établissement : c’est
ce que l’on appelle la formation d’intégration. Par ailleurs, les établissements sont censés identifier
les besoins, planifier, suivre et organiser les actions de formation. Ils peuvent proposer à leur
personnel des formations organisées à l’extérieur ou organiser eux-mêmes leurs formations, à l’aide
de leur propre personnel ou en faisant venir des formateurs de l’extérieur bien que cela n’arrive
que rarement.
Mentorat et intégration
Le mentorat en tant que tel ne fait pas partie du système de formation professionnelle des formateurs
en Tunisie. Cependant, il s’agit de l’assistance et du soutien que reçoivent les enseignants et
personnel pédagogique fraîchement recrutés de la part d’un collègue plus expérimenté, que l’on
appelle aussi « doublure ». Nous allons ainsi dans la suite de ce document associer sous les concepts
de « mentorat » et de « doublure » ces activités de soutien et d’assistance des enseignants et
personnel pédagogique fraîchement recrutés.
Environ 66 % des enseignants et personnel pédagogique déclarent avoir participé à des programmes
d’intégration, et 50 % ont participé à des activités d’intégration informelles ou administratives
(tableau 16). Les directeurs d’établissement de formation sont 72 % à affirmer qu’un programme
d’intégration existe dans leur établissement, tandis que 78 % déclarent que leur établissement
propose une intégration d’ordre général et/ou administratif pour tous les nouveaux enseignants et
personnel pédagogique.
27 Loi NO 10, 2 février, 2008
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 64
TABLEAU 16 LORS DE VOTRE PREMIER EMPLOI EN QUALITÉ D’ENSEIGNANT OU DE
PERSONNEL PÉDAGOGIQUE, AVEZ-VOUS PRIS PART À UN PROGRAMME D’INTÉGRATION ? (%)
J’ai pris part à un programme d’intégration
J’ai pris part à des activités d’intégration ne faisant pas partie d’un
programme d’intégration
J’ai pris part à une présentation générale et/ou à caractère administratif
organisée par l’établissement
Oui
Non
N
66
52
48
34
48
52
353
321
323
Mentorat
Le mentorat (mentoring en anglais) désigne une relation interpersonnelle de soutien, d’échanges et
d’apprentissage, dans laquelle un enseignant ou personnel pédagogique d’expérience, le mentor,
offre sur le lieu de travail sa sagesse acquise et son expertise afin de favoriser le développement d’un
autre enseignant ou personnel pédagogique, le mentoré, qui a des compétences ou des
connaissances à acquérir et des objectifs professionnels à atteindre. Généralement, cela implique une
réflexion, des observations et des commentaires.
Le mentorat est présenté comme étant une pratique en cours de développement dans les
établissements de formation professionnelle. Environ 60 % des directeurs d’établissement de
formation interrogés ont confirmé que leur établissement ne comptait pas encore de système de
mentorat pour les enseignants et personnel pédagogique. Seulement 16 % des enseignants et
personnel pédagogique ont dit avoir participé à des activités de mentorat ou d’observation dans les
12 derniers mois. Par ailleurs, 10 % des répondants ont déclaré avoir actuellement un mentor
(doublon) qui leur a été assigné, 30 % ont affirmé avoir reçu une formation de mentoring, et 14 % ont
dit avoir agi en qualité de mentor pendant au moins un mois (tableau 17).
TABLEAU 17 QUELLE EST VOTRE EXPÉRIENCE DE MENTORAT ? (%)
J’ai un mentor qui a été désigné pour m’apporter son soutien
J’ai travaillé en qualité de mentor désigné pour d’autres enseignants et
personnel pédagogique pendant un mois ou plus
J’ai reçu une formation pour m’aider à assurer mes fonctions de mentor pour
d’autres enseignants et personnel pédagogique
Oui
Non
N
10
14
30
90
86
330
330
70
343
Les directeurs d’établissement de formation sont 18 % à déclarer que seuls les enseignants et
personnel pédagogique nouveaux dans le métier, c’est-à-dire qui accèdent à leur premier emploi,
bénéficient d’un système de mentorat. Et ils sont 17 % à déclarer que tous les enseignants et
personnel pédagogique qui viennent de rejoindre leur établissement ont accès au mentorat.
Seulement 4 % des enseignants et personnel pédagogique ont affirmé avoir accès au mentorat dans
leur établissement.
Il ressort des entretiens que le rôle de mentor n’est pas très populaire, car il n’est pas perçu comme
un statut professionnel ou un moyen d’obtenir une compensation appropriée.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 65
Feedback
L’enquête a permis d’étudier dans quelle mesure les enseignants et personnel pédagogique reçoivent
un feedback susceptible de leur être utile pour améliorer leur activité de formation. Le tableau 18
montre que les collègues sont une source importante de retours pour plus de 60 % des enseignants et
personnel pédagogique ; ces retours sont basés aussi bien sur l’observation de cours que sur
l’analyse des résultats des apprenants. Les évaluations par des évaluateurs externes28 (inspecteurs
technico-pédagogiques), les directeurs et les mentors désignés ont un rôle moins important.
TABLEAU 18 DANS VOTRE ÉTABLISSEMENT ACTUEL, QUI UTILISE LES MÉTHODES
SUIVANTES POUR VOUS DONNER UN FEEDBACK ?
Personnes ou
organismes
extérieurs
Directeur ou
gérants de
l’établissement
Un mentor
désigné pour
m’accompagner
Les
collègues
Commentaires basés sur
l’observation directe de votre
formation en classe
%
Commentaires fondés sur une
analyse des scores obtenus par vos
apprenants
%
38
15
19
8
84
17
71
14
19
8
11
4
162
62
179
68
Collaboration et apprentissage entre collègues
Il est de plus en plus largement reconnu que la collaboration entre enseignants et personnel
pédagogique travaillant dans le même établissement peut être un bon moyen d’échange de
compétences pédagogiques et d’amélioration de la formation dispensée. Cela peut ainsi être vu
comme un outil de développement professionnel. Le tableau 19 montre que les discussions
informelles ou planifiées entre collègues sont la forme la plus répandue de collaboration entre
enseignants et personnel pédagogique : ils sont environ 45 % à avoir participé à de telles discussions
au cours du mois ayant précédé l’enquête. En revanche, seulement 29 % ont participé à des
discussions planifiées avec leurs supérieurs ou les conseillers pédagogiques au sujet de la formation
dispensée.
TABLEAU 19 AU COURS DU DERNIER MOIS, AVEZ-VOUS PARTICIPÉ A L’UNE DES ACTIVITÉS DE
DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL SUIVANTES AU SEIN DE VOTRE ÉTABLISSEMENT ? (%)
Discussions planifiées avec d’autres collègues au sujet de votre formation
Discussions planifiées avec des supérieurs ou conseillers pédagogiques au
sujet de votre formation
Discussions informelles avec d’autres collègues ou avec des supérieurs ou
conseillers pédagogiques au sujet de votre formation
Oui
Non
N
45
29
45
55
71
325
319
55
320
28 L’Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP) ne dispose pas encore de ce dispositif.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 66
Conclusions
Il semble que l’intégration de nouveaux collègues est généralement assez bien établie dans les
établissements de formation professionnelle en Tunisie. En matière de mentorat pour les enseignants
et personnel pédagogique qui débutent, la situation est moins claire. Le mentorat qui prend la forme
de « doublure » dans le système de formation professionnelle tunisien semble être essentiellement
réservé aux enseignants et personnel pédagogique stagiaires. Bien que presque 30 % des
enseignants et personnel pédagogique aient été formés pour accompagner les nouveaux stagiaires
(jouer le rôle de mentors) et qu’environ 10 % disent bénéficier actuellement du mentorat, 60 % des
directeurs d’établissement de formation affirment qu’aucun dispositif de mentorat n’est disponible
dans leur établissement.
Quoiqu’il y ait des signes de collaboration bien organisée ou informelle entre les enseignants et
personnel pédagogique, ils sont plus de 50 % à déclarer n’avoir pas discuté de leur formation avec
des collègues, que ce soit de manière formelle ou informelle, et 70 % à n’avoir pas abordé le sujet
avec un supérieur ou conseiller pédagogique au cours du mois ayant précédé l’enquête. Cela signifie
que pour la plupart des enseignants et personnel pédagogique tunisiens, la préparation des cours et
la réflexion sur la pratique sont des tâches solitaires.
Principaux problèmes et recommandations
Problèmes
Recommandations
Il y a un manque d’orientation et de soutien pour le
mentorat (ou « doublure »).
Il n’y a pas de rémunération complémentaire ou de
reconnaissance professionnelle pour les mentors.
Les mentors ne sont pas bien impliqués dans le
processus de formation professionnelle continue.
Revoir le statut, la rémunération, la formation et la
reconnaissance dont bénéficient les mentors.
Réfléchir à la manière dont le mentorat pourrait être
utilisé de manière plus généralisée comme une forme
de formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique et pour les
directeurs d’établissement de formation
professionnelle.
Environ 50 % des enseignants et personnel
pédagogique travaillent de manière isolée et ne
partagent pas leurs bonnes pratiques ou ne
collaborent pas sur la question de leur pratique de la
formation.
La direction de chaque établissement doit trouver des
moyens d’encourager et de soutenir les enseignants
et personnel pédagogique qui collaborent entre eux
de la sorte, par exemple en réservant du temps pour
les collaborations et en célébrant ces collaborations.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 67
11. PERTINENCE ET IMPACT DE LA FORMATION
PROFESSIONNELLE CONTINUE
Sélection des participants aux programmes de formation
Au niveau des établissements, les directeurs d’établissement de formation sont responsables de la
planification, de la mise en place et du suivi des formations. Leur plan doit mentionner les modalités et
les sujets des formations, les enseignants et personnel pédagogique concernés et le calendrier des
sessions de formation.
Les besoins des enseignants et personnel pédagogique sont évalués à travers un entretien individuel
censé aboutir à l’élaboration d’un plan de formation personnalisé pour chacun. Le CENAFFIF définit
des étapes allant de l’identification des besoins à la réalisation des formations ; cependant, selon les
parties prenantes, la préparation des plans individuels et par établissement n’est pas
systématiquement intégrée dans la routine et peu de formations sont mises en œuvre au niveau des
établissements de formation. Il ne semble pas que l’identification des besoins au niveau des centres
de formation soit un élément central de la planification des formations élaborées par le CENAFFIF et
autres agences de formation.
Plusieurs réformes sont en cours de préparation et permettront dans le futur d’examiner les besoins
des enseignants et personnel pédagogique et d’élaborer des programmes adéquats.
Le directeur d’établissement est responsable de la réalisation du plan de formation. En concertation
avec les fournisseurs de la formation professionnelle continue, il décide de qui parmi les enseignants
et personnel pédagogique participera à l’un des programmes de formation proposés par le CENAFFIF
et les autres agences. Cependant, il faut noter que l’exécution de tels plans pose de nombreuses
difficultés aux établissements. Premièrement, ils manquent de ressources et de temps pour organiser
des formations en leur sein et, deuxièmement, ils ne disposent pas du savoir-faire et de l’expertise
nécessaires pour organiser des formations pédagogiques ou techniques sur site pour leur propre
personnel. Il s’ensuit que les centres de formation sont très dépendants de l’offre du CENAFFIF et,
dans une moindre mesure, de celle des autres agences. Par conséquent, il y a relativement peu de
formations réalisées sur site par les établissements : seulement 26 % des enseignants et personnel
pédagogique ont répondu avoir participé à des actions de formation dans les établissements où ils
travaillent au cours des 12 derniers mois.
Par ailleurs, les directeurs d’établissement n’ont pas autorité sur leurs enseignants et personnel
pédagogique, qui sont affectés aux centres de formation par décision administrative. Ils ne peuvent
pas exiger de transfert, ni de licenciement, pour manque de compétence. Les décisions de
recrutement, d’affectation à un poste et de licenciement des enseignants et personnel pédagogique
sont des prérogatives exclusives du ministère. Ainsi, de nombreux directeurs d’établissement de
formation ne se sentent pas responsables des compétences et du développement professionnel de
leurs formateurs.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 68
Dans quelle mesure l’offre de formation est-elle pertinente ?
Le tableau 20 récapitule la participation des enseignants et personnel pédagogique par thème de
formation. Au cours des 12 derniers mois, la participation des enseignants et personnel pédagogique
à des formations relatives à la connaissance et la compréhension de la matière enseignée et aux
compétences pédagogiques afférentes a été relativement élevée (respectivement 44 % et 45 %).
La participation aux formations relatives à l’enseignement dans un milieu multiculturel (18 %), à la
formation des apprenants ayant des besoins spécifiques (19 %) et à la résolution des problèmes
d’apprenants à fort risque d’abandon ou de décrochage (23 %) a été la plus basse.
TABLEAU 20 POURCENTAGE DE RÉPONDANTS AYANT PARTICIPÉ A DES ACTIONS DE
FORMATION PROFESSIONNELLE SUR LES SUJETS SUIVANTS AU COURS DES
12 DERNIERS MOIS (%)
Connaissance et compréhension de la ou des matière(s) que j’enseigne
Compétences pédagogiques dans la formation à ma matière, y compris comment
donner un feedback aux apprenants sur leur travail
Connaissance du programme
Évaluation des apprenants et comment procéder à leur évaluation
Compétences en TIC (technologies de l’information et de la communication) pour la
formation
Comportement des apprenants et gestion de classe
Approches pour un apprentissage personnalisé
Formation à des apprenants à besoins spécifiques
Formation dans un milieu multiculturel ou multilingue
Formation à des compétences pluridisciplinaires
Approches pour le développement de compétences interprofessionnelles en vue d’un
futur emploi
Nouvelles technologies sur le lieu de travail
Orientation et conseil de carrière aux apprenants
Mise à jour de mes compétences professionnelles et connaissances en fonction des
pratiques actuelles sur le lieu de travail
Gestion des problèmes d’apprenants à fort risque d’abandon et de décrochage des
études
%
N
44
45
36
36
31
29
31
19
18
30
27
30
26
35
23
292
286
284
279
282
284
280
277
276
282
277
281
277
279
277
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 69
TABLEAU 21 PROPORTION DE RÉPONDANTS N'AYANT PAS PARTICIPÉ A DES FORMATIONS
SELON LE NIVEAU DE BESOINS POUR CE TYPE DE FORMATIONS (%)
Besoins
modérés/ élevés
Besoins faibles/
inexistants
N
Connaissance et compréhension de la ou des matière(s)
que j’enseigne
Compétences pédagogiques dans la formation à ma
matière, y compris comment commenter le travail des
apprenants
Connaissance du programme
Évaluation des apprenants et comment procéder à leur
évaluation
Compétences en TIC (technologies de l’information et de
la communication) pour la formation
Comportement des apprenants et gestion de classe
Approches pour un apprentissage personnalisé
Formation à des apprenants à besoins spéciaux
Formation dans un milieu multiculturel ou multilingue
Formation à des compétences pluridisciplinaires
Approches pour le développement de compétences
interprofessionnelles en vue d’un futur emploi
Nouvelles technologies sur le lieu de travail
Orientation et conseil de carrière aux apprenants
Mise à jour de mes compétences professionnelles et
connaissances en fonction des pratiques actuelles sur le
lieu de travail
Gestion des problèmes d’apprenants à fort risque
d’abandon et de décrochage des études
37
43
53
48
22
56
48
38
31
38
31
12
44
18
39
63
147
57
144
47
52
78
44
52
62
69
62
69
88
56
169
165
179
185
174
205
204
178
183
181
187
82
164
61
194
Une analyse a été menée pour connaître la proportion d’enseignants et personnel pédagogique
n’ayant pas eu accès à un certain type de formation professionnelle continue pour lequel ils
expriment pourtant un besoin modéré ou fort (tableau 21). Ce pourcentage représente l’écart entre le
besoin et l’offre. Cette différence est de l’ordre de 80 % pour les sujets comme les compétences en
TIC, les nouvelles technologies sur le lieu de travail, et la mise à jour des connaissances et
compétences professionnelles en fonction des pratiques actuelles sur le lieu de travail. Ces sujets
de formation professionnelle continue sont prioritaires du point de vue des enseignants et
personnel pédagogique.
Quel a été l’impact de la formation ?
L’enquête fournit quelques informations sur la manière dont les enseignants et personnel
pédagogique apprécient la formation professionnelle continue. Le tableau 22 montre que, selon le
sujet des formations, entre 43 % et 66 % d’entre eux ont estimé que les formations suivies avaient eu
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 70
un effet modéré ou important sur leur manière d’enseigner. Un effet plus important a été attribué aux
formations consacrées à la connaissance et à la compréhension de la matière enseignée (66 %), aux
compétences pédagogiques dans l’enseignement des matières (65 %) et au comportement des
apprenants et à la gestion de classe (65 %). D’un autre côté, 20 à 40 % des enseignants et personnel
pédagogique ont jugé que les actions de formation auxquelles ils avaient participé n’avaient qu’un
impact très limité ou quasiment nul.
TABLEAU 22 EFFET DES ACTIVITÉS DE FORMATION PROFESSIONNELLE SUR LA
FORMATION DISPENSÉE, EN FONCTION DE LEUR SUJET (%)
Effets faibles/
inexistants
Effets modérés/
importants
Je ne sais
pas
N
Connaissance et compréhension de la ou des
matière(s) que j’enseigne
Compétences pédagogiques dans la
formation à ma matière, y compris comment
commenter le travail des apprenants
Connaissance du programme
Évaluation des apprenants et comment
procéder à leur évaluation
Compétences en TIC (technologies de
l’information et de la communication) pour la
formation
Comportement des apprenants et gestion de
classe
Approches pour un apprentissage
personnalisé
Formation à des apprenants à besoins
spécifiques
Formation dans un milieu multiculturel ou
multilingue
Formation à des compétences
pluridisciplinaires
Approches pour le développement de
compétences interprofessionnelles en vue
d’un futur emploi
Nouvelles technologies sur le lieu de travail
Orientation et conseil de carrière aux
apprenants
Mise à jour de mes compétences
professionnelles et connaissances en
fonction des pratiques actuelles sur le lieu de
travail
Gestion des problèmes d’apprenants à fort
risque d’abandon et de décrochage des
études
28
29
31
37
31
29
41
31
33
36
34
30
38
26
19
66
65
60
58
59
65
53
48
43
53
47
54
50
66
6
6
9
5
10
6
6
21
24
11
19
16
13
8
129
129
103
100
87
82
88
52
49
85
74
83
72
98
63
19
64
Note : ces valeurs tiennent seulement compte des personnes ayant participé aux formations en question.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 71
Les sujets de formation qui ont été présentés comme ayant peu d’impact sont les suivants : formation
en milieu multiculturel et multilingue (43 %), développement de compétences interprofessionnelles
(47 %) et travail avec les apprenants à besoins spécifiques (48 %).
Normes professionnelles
Malheureusement, il n’existe pas de normes professionnelles pour les enseignants et personnel
pédagogique de la formation professionnelle en Tunisie, ni même pour certaines catégories d’entre
eux.
Conclusions
Il existe un processus d’identification des besoins de formation dans les établissements de formation
professionnelle, mais il n’est pas clair qu’il soit vraiment implémenté ni que des plans personnels de
formation soient élaborés. Même quand ces plans individuels sont formulés, il n’est pas certain qu’ils
influenceront l’élaboration et la mise à disposition de la formation aux enseignants et personnel
pédagogique au niveau national ou des établissements.
Il existe des besoins en formation non satisfaits dans tous domaines, mais l’écart identifié entre
besoins et offre est d’environ 50 % pour les sujets suivants : connaissance des programmes ;
comportement des apprenants et gestion des classes ; évaluation du travail des apprenants ; et
apprentissage individualisé. Il semble que les enseignants et personnel pédagogique en Tunisie
donnent la priorité aux formations qui les aideront à mieux répondre aux besoins des apprenants. Il se
peut que les enseignants et personnel pédagogique n’aient pas mentionné leurs besoins en formation
concernant certains sujets en pensant qu’une telle formation n’est pas disponible. Ainsi, en Tunisie,
peu d’enseignants et personnel pédagogique ont exprimé le besoin de se former aux nouvelles
technologies sur le lieu de travail ou à la mise à jour de leurs compétences professionnelles, alors que
ce sont des sujets considérés comme importants dans d’autres pays.
Selon les sujets, entre 43 % et 46 % des enseignants et personnel pédagogique ont estimé que les
formations suivies avaient eu un impact modéré ou élevé sur leur enseignement. Cela signifie qu’une
augmentation de la participation peut être un investissement justifié.
Principaux problèmes et recommandations
Problèmes
Recommandations
L’offre de formation professionnelle continue ne s’appuie
pas sur une analyse effective des besoins, que ce soit au
niveau des établissements ou au niveau national.
Les établissements de formation professionnelle doivent
recevoir une assistance et être formés à évaluer leurs
propres besoins et à élaborer des plans de formation
personnalisés qui seraient ensuite une source
d’information pour l’offre de formation et l’attribution de
ressources, au niveau des établissements et au niveau
national.
Il y a un écart relativement important entre besoin et offre
de formation dans les domaines suivants : comportement
des apprenants et gestion des classes ; évaluation du
travail des apprenants ; apprentissage individualisé.
Plus de formations devraient être proposées à un nombre
plus élevé d’enseignants et personnel pédagogique pour
aborder les questions liées aux besoins des apprenants,
la motivation et la personnalisation.
Il n’est pas évident que les enseignants et personnel
pédagogique reçoivent des formations qui correspondent
au mieux à leurs besoins.
Les analyses des besoins devraient être mieux menées
pour assurer que les enseignants et personnel
pédagogique soient informés des différentes formations
existantes.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 72
12. RECONNAISSANCE DE LA PARTICIPATION
ET INCITATIONS
Comment sont conservées les informations relatives aux formations ?
Après chaque session de formation, les enseignants et personnel pédagogique reçoivent une
attestation de participation. Chaque fournisseur de formation, que ce soit le CENAFFIF, l’ATFP,
l’AVFA ou l’AFMT conservent l’information dans des archives qui permettent de savoir quels
enseignants et personnel pédagogique ont participé à quelle formation.
Obligation de participer à une ou plusieurs formations
La loi no 2008-10 du 11 février 2008 impose un stage de formation aux enseignants et personnel
pédagogique nouvellement embauchés ; il s’agit d’un programme de 6 à 12 mois relevant du
CENAFFIF29. De leur côté, les formateurs en service ne sont visés par aucune exigence formelle de
formation professionnelle continue.
Progression de carrière
Actuellement, les enseignants et personnel pédagogique souhaitant progresser dans leur carrière sont
supposés participer à des actions de formation. Cette participation n’a pas d’effet direct sur leur
promotion, mais ils font habituellement valoir ces stages lorsqu’ils présentent leur candidature. Depuis
la révolution du 14 janvier 2011, la question des salaires dans le secteur public est devenue très
importante en Tunisie. Une révision des barèmes est en cours. Une des questions abordées dans les
négociations avec les enseignants et personnel pédagogique est celle de la correspondance du
niveau des salaires et du niveau de carrière.
D’après les parties prenantes, beaucoup d’enseignants et personnel pédagogique doutent de
l’adéquation des formations qui leur sont proposées vis-à-vis de leurs besoins, et de leur utilité
pour progresser professionnellement. Il semblerait que cela décourage les formateurs à participer
à des actions de formation professionnelle continue. Les résultats de l’enquête confirment ce point
de vue : plus de 60 % des répondants pensent qu’il n’y a pas de formations pertinentes dans
l’offre et qu’il n’y a aucun intérêt à prendre part à des actions de formation professionnelle
continue (figure 16).
Obstacles à la participation à la formation professionnelle continue
La figure 16 montre que l’insuffisance de formations pertinentes et le manque de mesures
incitatives sont les principaux obstacles identifiés, mais il en existe d’autres qui sont aussi
importants. D’autre part, plus de 80 % des enseignants et personnel pédagogique se disent
intéressés par toute possibilité de développement professionnel et pensent avoir les prérequis
(qualification, expérience, ancienneté) pour y participer. Plus de 50 % disent ne pas recevoir assez
29 La formation peut être dispensée à temps plein pendant un mois ou à temps partiel sur une semaine ou 10
jours. Elle peut être étalée sur les vacances scolaires. Pendant la période de formation, les nouveaux
formateurs professionnels sont dispensés d’enseigner.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 73
de soutien de la part de leur établissement, et environ 44 % voient le coût des formations comme
un obstacle.
FIGURE 16 OBSTACLES À LA PARTICIPATION DES ENSEIGNANTS ET DU PERSONNEL
PÉDAGOGIQUE À DES ACTIONS DE FORMATION CONTINUE (%)
Je ne suis intéressé par aucune formation continue (N=265)
75
16
7
1
Il n'y a pas d'incitation à participer à de telles activités
(N=261)
Il n'y a pas d'offre d'une formation continue pertinente
(N=263)
14
14
22
19
33
33
31
33
Je n'ai pas le temps à cause de mes responsabilités
familiales ou personnelles (N=265)
Les horaires de la formation continue coincident avec les
horaires de mon travail (N=266)
Il y a un manque de soutien de mon employeur (école)
(N=263)
40
32
32
18
10
29
27
12
25
22
30
La formation continue est trop chère/inabordable (N=264)
34
23
25
23
19
Je n'ai pas les pré-requis (par exemple qualifications,
expérience, ancienneté) (N=266)
58
27
11
5
Pas du tout d'accord
Pas d'accord
D'accord
Tout à fait d'accord
Conclusions
Selon l’enquête, environ 60 % des enseignants et personnel pédagogique disent être dissuadés de
participer à la formation en raison d’un manque d’offre pertinente et du manque de mesures
incitatives. Quelque 50 % disent manquer de soutien de la part des établissements qui les emploient.
Il ressort de l’étude que la participation des enseignants et personnel pédagogique à des formations
n’a pas d’incidence directe sur l’amélioration de leurs performances au niveau individuel ou sur le
développement de leurs établissements. Il semblerait que les enseignants et personnel pédagogique
ne soient pas très motivés d’eux-mêmes à participer à la formation offerte, et qu’ils ne soient pas
davantage encouragés ou soutenus par leurs établissements de travail.
Il apparaît qu’il n’existe pas de lien établi entre la participation à la formation et la promotion et le
développement de carrière, car les programmes de formation professionnelle continue ne sont pas
conçus pour préparer les enseignants et personnel pédagogique à assumer des responsabilités
supplémentaires ou des responsabilités spéciales, telles que le mentorat, le développement de
programme ou le développement de ressources.
Les informations relatives à la participation à la formation professionnelle continue ne sont pas
systématiquement publiées, d’où un manque de visibilité quant aux progrès réalisés en matière de
prestation des formations.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 74
Principaux problèmes et recommandations
Problèmes
Recommandations
Le lien entre la participation des enseignants et
personnel pédagogique à la formation professionnelle
continue et l’amélioration de la formation qu’ils
dispensent n’est pas clairement démontré
Il y a peu de liens entre la formation continue et le
développement de carrière ou l’évolution des salaires
L’offre de formation devrait être liée à l’amélioration
ou au développement de la formation
Dans la mesure du possible, les produits de formation
devraient être élaborés de manière à préparer les
enseignants et personnel pédagogique et les
directeurs d’établissement de formation à prendre de
nouvelles responsabilités et à être récompensés sous
la forme d’une promotion subséquente
Les informations relatives à la participation à la
formation professionnelle continue ne sont pas
systématiquement publiées
Des données nationales globales de participation à la
formation professionnelle continue devraient être
publiées
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 75
CONCLUSIONS GÉNÉRALES ET
RECOMMANDATIONS
La majorité des enseignants et personnel pédagogique en Tunisie sont des diplômés expérimentés et
hautement qualifiés, titulaires de diplômes universitaires. Plus de 50 % sont diplômés de l’université
(titulaires d’un diplôme d’ingénieur, d’une licence ou d’un master) ; 85 % ont plus de cinq ans d’expérience
dans l’enseignement à l’échelle de leur carrière et environ 73 % dans leur centre de formation actuel. Près
de 80 % disent avoir au minimum trois ans d’expérience professionnelle dans leur domaine de formation.
Leur âge moyen est de 43 ans, et 73 % sont employés à temps plein. Par ailleurs, seuls environ 40 % des
enseignants et personnel pédagogique ont bénéficié d’une formation initiale diplômante incluant un volet
pédagogique, alors que 36 % ont reçu un autre type de formation pédagogique. Environ 55 % de leur
temps de travail est consacré à l’activité d’enseignement et de formation.
Dans la majorité des établissements, la prise de décision est participative. Les conseils
d’administration ont une certaine influence sur les programmes, le recrutement et la répartition interne
du budget. Cependant, les décisions relatives au recrutement, à la suspension ou au licenciement des
enseignants et personnel pédagogique ainsi qu’au montant de leurs salaires, y compris l’élaboration
des grilles de rémunération et les augmentations de salaire, sont généralement prises au
niveau national.
La plupart des conseils d’administration des établissements incluent des représentants de l’équipe de
direction, des enseignants et personnel pédagogique et du personnel administratif. Cependant, dans
42 % des cas seulement la composition du conseil d’administration inclut des représentants
d’entreprises.
Les directeurs d’établissement de formation consacrent environ 40 % de leur temps à des tâches
administratives et d’encadrement, contre environ 20 % à enseigner ou à former et à élaborer des
programmes. Environ 90 % sont d’avis que les contraintes principales limitant leur efficacité sont
l’insuffisance des budgets des établissements de formation professionnelle, le manque de ressources
ainsi que la réglementation et la politique de l’État. La faiblesse et l’incohérence de l’offre de formation
continue pour les enseignants et personnel pédagogique et la charge de travail trop lourde sont
perçues par 60 % des directeurs comme des obstacles importants limitant l’efficacité de la formation.
Plus de deux tiers des directeurs d’établissement de formation ont identifié les facteurs suivants
comme des obstacles à une formation efficace : le manque ou l’inadéquation des matériels
didactiques, le manque de personnel de soutien, le manque d’enseignants et personnel pédagogique
qualifiés et/ou efficaces, le manque d’enseignants et personnel pédagogique dotés des compétences
nécessaires pour travailler avec les apprenants à besoins spécifiques, des stocks de matériel
insuffisants/inadaptés, le manque d’enseignants et personnel pédagogique pour les cours pratiques,
le manque ou la qualité inadaptée des ordinateurs et des logiciels.
Les directeurs et les cadres supérieurs des établissements de formation professionnelle observent le
travail de leurs enseignants et personnel pédagogique et leur font des commentaires dans 50 % des
centres environ. Toutefois, seulement 40 % des directeurs observent leur personnel en train
d’enseigner ou de former. L’évaluation formelle est absente dans 25 % des établissements, bien
qu’exigée par la loi. Dans le public, une faible performance ne mène pas à des sanctions strictes, par
exemple à des conséquences sur le salaire, les possibilités de promotion ou le contrat de travail.
Seuls 42 % des centres s’attendent à ce que leurs employés aient un plan de formation personnalisé.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 76
Notons en revanche que les directeurs et les conseils d’administration des établissements de
formation privés ont plus de liberté en matière de recrutement et de salaire, et qu’ils appliquent
souvent des mesures correctives en cas de qualité de formation insuffisante.
L’enquête confirme l’idée partagée par les parties prenantes selon laquelle les enseignants et
personnel pédagogique des établissements de formation professionnelle en Tunisie ont recours à des
pédagogies participatives et d’apprentissage actif. La majorité d’entre eux déclarent accorder un
intérêt particulier à l’apprentissage par la pratique, aux liens entre la théorie et la pratique et aux liens
entre l’apprentissage et le monde du travail. Les enseignants et personnel pédagogique interrogés
sont 70 % à déclarer que leurs apprenants consacrent au moins 10 % de leur temps de formation à
l’apprentissage en entreprise. Par ailleurs, ils affirment que les interactions directes avec les
employeurs et les autres employés sont peu fréquentes pour 76 % des apprenants.
La majorité des enseignants et personnel pédagogique et des directeurs d’établissement de formation
professionnelle sont satisfaits de leur travail et contents de la carrière qu’ils ont choisie. Ils se disent
motivés pour résoudre des problèmes, sont optimistes quant aux possibilités d’évolution de leur
carrière et, contrairement à ce qui est observé dans d’autres pays, ils sont persuadés d’être reconnus
par la société. Les apprenants sont majoritairement attentifs et très motivés. Environ 80 % des
formateurs ont affirmé s’appuyer sur les programmes établis par les instances officielles de l’État pour
la préparation de leurs cours, mais également sur leur propre connaissance des besoins des
employeurs. Les enseignants et personnel pédagogique prennent activement part à l’élaboration et à
la mise en place de leurs propres outils d’évaluation.
Il est également à noter qu’environ deux tiers des enseignants et personnel pédagogique, tout comme
une majorité de directeurs, considèrent que la plupart des classes et des apprenants n’ont souvent
pas suffisamment accès aux ressources nécessaires à l’apprentissage (manuels, outils et équipement
récent, consommables, équipement informatique et logiciels, internet et autres supports de formation
et sources d’information). Par ailleurs, la différenciation dans la formation n’est pas pratiquée de
manière systématique. Environ 50 % des enseignants et personnel pédagogique d’établissements de
formation professionnelle n’utilisent pas suffisamment ou pas du tout les outils numériques ou
l’internet dans la préparation des supports de cours.
Conformément à la loi no 2008-10 du 11 février 2008, la formation professionnelle continue constitue
une composante majeure du système national de développement des ressources humaines. Il existe
des directives et des lois définissant les responsabilités des acteurs clés. Cependant, ce cadre légal
ne fait de la formation professionnelle continue ni une obligation ni un droit pour les enseignants et
personnel pédagogique, pas plus qu’il ne l’intègre dans une progression de carrière. La formation
professionnelle continue des enseignants et personnel pédagogique fait l’objet d’un certain nombre de
déclarations politiques, et un projet30 prévoit la mise en place d’un dispositif de formation initiale et
continue (pédagogique et technique) au profit du personnel pédagogique, d’encadrement et d’appui
de la formation professionnelle afin de garantir la qualité et l’efficacité tout au long du processus de
formation. Pour le moment, il n’existe toutefois pas de politique officielle ni de plan d’action qui
guiderait les améliorations ou les réformes nécessaires. Par ailleurs, un certain nombre de problèmes
sont à déplorer concernant la mise en place des règlements et le respect des obligations existantes.
30 www.reformeformation.gov.tn/index.php?id=5&tx_mfpeprojet_pi1%5Bprojet%5D=24&tx_mfpeprojet_
pi1%5Baction%5D=show&tx_mfpeprojet_pi1%5Bcontroller%5D=Projet&cHash=c2f0d112d6f6fed8614f8
fdd9bf0174a
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 77
Par exemple, il ressort des entretiens avec les parties prenantes que l’évaluation de la formation
professionnelle continue se limite à recueillir des commentaires au cours du processus de formation,
alors que la loi prévoit une évaluation des formateurs (titre IV, art. 51 JORT). Bien qu’il existe
quelques indices de concertations avec les parties prenantes sur le développement d’une politique
pour la formation professionnelle continue, cela ne semble pas être une pratique systématique ni
régulière. La mise en place d’une telle politique se heurte également à l’obstacle de la lenteur et de la
complexité des procédures administratives au niveau central et au manque d’encadrement strict au
niveau régional par les directions régionales de la formation professionnelle et de l’emploi.
Le Centre national de formation de formateurs et d’ingénierie de formation (CENAFFIF) est le
fournisseur principal de formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel
pédagogique employés dans les établissements de formation publics et privés, en particulier ceux
relevant de l’Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP), de l’Agence de la
vulgarisation et de la formation agricoles (AVFA) et de l’Agence de formation dans les métiers du
tourisme (AFMT) ; cela concerne davantage les compétences pédagogiques que les compétences
techniques. Cependant, l’ATFP et l’AVFA travaillent également de manière indépendante pour évaluer
les besoins, de même que pour fournir et superviser la formation professionnelle continue de leurs
secteurs économiques respectifs. Certaines chambres de commerce et d’industrie nationales aident
également à élaborer et fournir la formation professionnelle continue en partenariat avec des
établissements de formation précis. Les projets de développement internationaux et les organisations
internationales ont contribué de manière importante à la formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique de la formation professionnelle en Tunisie.
Bien que le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi (MFPE) soit officiellement chargé de
la coordination des agences, de la validation de leurs programmes et de la définition de leurs budgets en
matière de formation professionnelle continue pour les formateurs, il n’est pas clair qu’il s’acquitte
réellement de cette responsabilité. Il n’existe pas de plan d’action fournissant un cadre stratégique pour
le travail de l’ensemble des agences, qui fixerait des objectifs, des standards de qualité et des priorités
en matière de formation professionnelle au niveau national ou par secteur économique.
Il existe, dans une certaine mesure, des concertations entre les différentes agences et les autres
parties prenantes. L’existence d’agences séparées pour l’agriculture et la pêche et pour le tourisme
(AVFA et AFMT) devrait favoriser la participation des représentants de ces secteurs économiques à
tous les aspects de la formation professionnelle continue. Le degré de participation des secteurs
industriels à l’identification des besoins, l’élaboration, la fourniture et l’évaluation de la formation
professionnelle continue reste toutefois flou.
Le CENAFFIF est le principal prestataire de la formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique de la formation professionnelle en Tunisie. Sa capacité à
répondre aux besoins des enseignants et personnel pédagogique et des directeurs des
établissements de formation, tant publics que privés, reste cependant à déterminer, notamment en ce
qui concerne les nouvelles technologies ou les compétences de gestion. Les problèmes suivants ont
une influence négative sur sa capacité de réaction :
■ Le CENAFFIF ne dispose pas d’une analyse à jour des besoins en formation provenant des
établissements.
■ Le financement, l’élaboration des programmes, le suivi, l’évaluation et les prestations de
formation sont, dans une grande mesure, contrôlés par le CENAFFIF et les autres agences
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 78
nationales, si bien que les établissements de formation ou les employeurs peuvent difficilement
influer sur l’obtention de ces formations.
■ Les résultats de l’apprentissage et la qualité de la formation des prestataires de services de
formation ne sont pas évalués de manière efficace, et il n’existe donc pas de moyen de faire
pression sur les formateurs pour les inciter à recourir à la formation professionnelle continue en
vue d’améliorer leur efficacité.
Au-delà de ces insuffisances, le système d’assurance qualité du CENAFFIF relatif à la formation
professionnelle continue est en conformité avec les normes internationales.
Il est prévu qu’une évaluation externe des établissements de formation soit mise en place dans le
cadre d’une nouvelle stratégie.
La formation professionnelle continue est fournie essentiellement par des organismes publics. Bien
que nombreux, les organismes privés ne jouent qu’un rôle limité dans la fourniture des services de
formation professionnelle continue pour les enseignants et personnel pédagogique en Tunisie.
Selon le CENAFFIF, environ 1 100 enseignants en formation professionnelle ont participé à l’un des
programmes de formation professionnelle continue au cours des 12 derniers mois. Cependant, il
n’existe pas de statistiques régulières disponibles sur le nombre de participants à chaque programme,
le lieu et la durée de formation et le contenu des programmes de formation de formateurs.
Selon l’étude, le niveau de participation des enseignants et personnel pédagogique en formation
professionnelle à des programmes de formation continue des formateurs en Tunisie était de 44 % au cours
des 12 derniers mois, soit presque moitié moins que la moyenne de l’OCDE (85 %). Seuls 21 % des
enseignants et personnel pédagogique ont déclaré avoir participé à des programmes de formation continue
axés sur leur propre spécialité en termes de métier ou secteur d’activité, et le même pourcentage a affirmé
avoir pris part à des actions de formation organisées dans les locaux de leur employeur ou par des
entreprises. D’un autre côté, parmi les 44 % de formateurs qui ont participé à des actions de formation
continue, 80 % ont suivi des programmes d’au moins 30 heures. Il est à noter également que 33 % des
enseignants et personnel pédagogique ont participé à des programmes de formation continue sous la forme
de cours en ligne ou de vidéos éducatives en ligne, auxquels ils ont consacré 77 heures en moyenne.
Seulement 40 % environ des enseignants et personnel pédagogique en Tunisie ont pris part à des
actions de formation continue s’appuyant sur des méthodes modernes : formation avec des collègues du
même établissement ; méthodes d’apprentissage actif (plutôt que de se contenter d’écouter des
professeurs) ; activités collaboratives d’apprentissage et de recherche avec d’autres participants ;
utilisation de nouvelles technologies, y compris les technologies de l’informatique ; et participation à des
communautés web. Ils sont 62 % à avoir suivi des programmes de formation incluant des activités de
recherche, individuelles ou collectives, mais seulement 16 % ont participé à des activités de mentorat
et/ou d’observation entre confrères, et seulement 14 % ont participé à un réseau de formateurs.
Il ressort des données recueillies que les enseignants et personnel pédagogique ayant suivi des
programmes de formation professionnelle continue et vivant dans les régions Sud et Centrale ont bénéficié
de moins d’heures de formation que leurs confrères dans la région Nord ou dans le Grand Tunis.
Le niveau de participation des directeurs d’établissement de formation aux programmes de formation
continue est plus important. Ils sont 82 % à avoir participé à un réseau professionnel et à des activités
de mentorat ou de recherche (130 heures en moyenne) et 78 % à avoir suivi des cours, des
conférences ou des visites d’observation (133 heures en moyenne).
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 79
L’intégration et l’orientation des nouveaux enseignants et personnel pédagogique semblent de
manière générale assez bien développées dans les établissements de formation professionnelle en
Tunisie. En revanche, il semblerait que le mentorat soit le plus souvent réservé aux enseignants et
personnel pédagogique stagiaires. Bien que presque 30 % des enseignants et personnel
pédagogique soient formés au tutorat et que 10 % disent en bénéficier, 60 % des directeurs affirment
qu’aucun dispositif de mentorat n’est disponible dans leur établissement.
Quoiqu’il semble exister une collaboration planifiée ou informelle entre les formateurs, plus de 50 %
d’entre eux indiquent n’avoir jamais discuté de leurs pratiques d’enseignement ou de formation avec
des collègues, que ce soit de manière formelle ou informelle. En outre, 70 % indiquent n’avoir pas
abordé le sujet avec un responsable supérieur ou un expert en pédagogie au cours du mois passé.
Cela signifie que pour beaucoup d’enseignants et personnel pédagogique tunisiens, la préparation
des cours et l’analyse de leurs pratiques représentent une activité personnelle et solitaire.
Selon l’enquête, environ 60 % des enseignants et personnel pédagogique ont affirmé qu’ils étaient
peu motivés à participer à des programmes de formation professionnelle continue en raison de
l’absence d’offre pertinente et de facteurs incitatifs suffisants. Quelque 50 % disent manquer de
soutien sérieux de la part des établissements qui les emploient. Les données de l’étude indiquent que
la participation à la formation professionnelle continue n’est pas directement liée à l’amélioration des
performances des enseignants et personnel pédagogique ou au développement des établissements
de formation. Les formateurs sont donc individuellement peu motivés pour participer aux actions de
formation de l’offre actuelle, et n’y sont pas encouragés activement par les établissements qui les
emploient. Il apparaît qu’il n’existe qu’un faible lien entre la participation aux formations et
l’avancement de carrière des enseignants ou personnel pédagogique. La formation continue n’est pas
conçue de façon à leur permettre de prendre d’autres responsabilités, comme le mentorat ou
l’élaboration de programmes et de ressources.
Enfin, les informations relatives à la participation à des formations ne sont pas systématiquement
publiées, si bien qu’il n’y a pas de vision claire des progrès accomplis.
Recommandations
En ce qui concerne la gouvernance des établissements de formation, les autorités compétentes, les
agences, les prestataires de services de formation continue et les établissements de formation
professionnelle devraient coopérer afin de :
■
■ permettre aux directeurs et aux conseils d’administration des établissements de formation de
participer aux décisions clés concernant le recrutement, la rémunération, la gestion des
performances et l’utilisation du budget ;
impliquer les représentants des partenaires sociaux, des apprenants et des familles dans la
gestion et le développement des établissements ;
renforcer le rôle des directeurs et du personnel d’encadrement des établissements de formation
dans l’élaboration des programmes et techniques pédagogiques, par exemple en leur faisant
observer les cours, organiser des actions de formation continue ;
■
■ permettre aux établissements de formation des formateurs d’accompagner et de coordonner les
enseignants et personnel pédagogique dans l’élaboration concertée des supports de formation
actualisés ;
■ améliorer les pratiques d’évaluation des établissements.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 80
En matière d’approches de formation et de liens avec le monde du travail, les autorités compétentes,
les fournisseurs de services de formation continue et les établissements de formation professionnelle
devraient coopérer afin de :
■
former et accompagner les enseignants et personnel pédagogique pour leur permettre de
développer des tâches d’apprentissage différenciées et utiliser des évaluations formatives pour
guider la formation et l’apprentissage ;
■ donner les moyens appropriés aux enseignants et personnel pédagogique et aux experts en
pédagogie, et les accompagner dans l’élaboration et le partage de supports de formation et de
manuels ; attribuer aux établissements des budgets leur permettant d’acquérir des outils et
consommables modernes ;
■ équiper les établissements avec du matériel informatique et des logiciels en quantité suffisante et
conformes aux besoins, et former les enseignants et personnel pédagogique à utiliser les TIC
pour la préparation de leurs cours et l’apprentissage en classe.
En matière de politique, le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi, avec d’autres
parties prenantes, devrait :
■
réunir les différents acteurs, institutions et parties prenantes afin de convenir des stratégies pour
améliorer et rendre cohérent le système de formation professionnelle continue pour les
enseignants et personnel pédagogique d’établissements de formation professionnelle en Tunisie ;
■ définir le droit à la formation et les attentes en matière de formation professionnelle continue de
manière plus claire dans le cadre réglementaire ;
■ définir les objectifs en matière de formation professionnelle continue pour les enseignants et
■
personnel pédagogique d’établissements de formation professionnelle dans la nouvelle stratégie
nationale pour la formation professionnelle et dans un plan d’action à publier ;
renforcer le rôle des directions régionales et rendre effectif leur rôle dans la prise de décision ;
une meilleure coordination est nécessaire entre les structures régionales et les établissements
pour mettre en place les ressources humaines et matérielles nécessaires.
En matière d’élaboration des programmes de formation professionnelle continue, d’assurance qualité
et de financement, le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi, les agences
compétentes, les enseignants et personnel pédagogique de la formation professionnelle et les
directeurs d’établissement de formation devraient coopérer afin de :
■ mieux analyser les besoins, diffuser et utiliser les informations disponibles dans la planification et
la coordination de la formation professionnelle continue ;
■ promouvoir de meilleures pratiques et des exigences plus élevées dans les établissements en
matière d’évaluation des performances des formateurs et d’impact de la formation des
enseignants et personnel pédagogique sur les résultats d’apprentissage.
En matière de volume, modalités et caractéristiques de la formation professionnelle continue
proposée, les autorités compétentes, les fournisseurs de formation continue, les établissements de
formation professionnelle et les agences devraient coopérer afin de :
■
■
stimuler une plus grande participation en augmentant l’offre et en la rendant plus variée;
revoir la méthodologie des programmes de formation professionnelle continue proposés par le
CENAFFIF et les autres fournisseurs de formation professionnelle continue et inclure, le cas
échéant, des méthodes plus modernes et plus variées;
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 81
■ développer des outils pour identifier les besoins et mécanismes de financement de la formation
technique dans le cadre de la formation de formateurs ; le CENAFFIF et les autres fournisseurs
de formation continue, en partenariat avec les représentants du monde des affaires et autres
organismes, devraient proposer des programmes de formation professionnelle continue
spécialisés, destinés à mettre à jour les connaissances professionnelles, les compétences et les
pratiques professionnelles des bénéficiaires.
En matière de développement professionnel au niveau des établissements, le ministère de la
Formation professionnelle et de l’Emploi, les agences, les enseignants et personnel pédagogique et
les directeurs d’établissement de formation devraient coopérer afin de :
■
revoir le statut, la rémunération, la formation et le niveau de reconnaissance dont bénéficient les
mentors ; réfléchir à la manière dont le mentorat pourrait être généralisé comme forme de
développement professionnel pour les enseignants et personnel pédagogique et pour les
directeurs des établissements de formation professionnelle ;
■ assurer que le personnel d’encadrement des établissements encourage et soutienne les
enseignants et personnel pédagogique dans les activités collaboratives, par exemple en
accordant du temps à la collaboration et en célébrant les collaborations.
En matière de pertinence et des effets de la formation professionnelle continue, le ministère de la
Formation professionnelle et de l’Emploi, les agences, les enseignants et personnel pédagogique et
les directeurs d’établissement de formation professionnelle devraient coopérer afin de :
■
fournir aux établissements une assistance et la formation nécessaire pour mener des analyses de
besoins et fournir des plans de formation des personnels, aussi bien individuels que par
établissement ; ces plans devraient servir de source d’information pour la préparation et la mise
en place de ressources nécessaires au niveau national et dans les établissements de formation
des formateurs ;
■ dispenser plus de formations à un plus grand nombre d’enseignants et personnel pédagogique
pour les aider à résoudre les questions liées aux besoins des apprenants, notamment la
motivation et la personnalisation ;
■ améliorer fortement l’analyse des besoins afin d’informer au mieux les enseignants et personnel
pédagogique de l’éventail complet des différentes formations pertinentes.
En matière de reconnaissance et de politiques d’incitation, le ministère de la Formation
professionnelle et de l’Emploi, les agences et les parties prenantes devraient coopérer afin de :
■
faire en sorte que l’offre de formation professionnelle continue soit en corrélation avec des
améliorations de la formation qui sont identifiées grâce au feedback et au développement de
carrière des enseignants et personnel pédagogique participants ;
■ dans la mesure du possible garantir que les programmes de formation continue soient conçus de
façon à préparer les directeurs d’établissement de formation à prendre de plus amples
responsabilités afin qu’ils puissent être reconnus dans l’évolution de leur carrière ;
■ promouvoir la publication des données complètes au niveau national sur la participation à la
formation professionnelle continue.
FORMATION PROFESSIONNELLE CONTINUE POUR LES ENSEIGNANTS
ET LE PERSONNEL PÉDAGOGIQUE EN TUNISIE – 2018 | 82
ACRONYMS
AFMT
Agence de formation dans les métiers du tourisme
ATFP
AVFA
Agence tunisienne de formation professionnelle
Agence de la vulgarisation et de la formation agricole
CENAFFIF
Centre national de formation de formateurs et d’ingénierie de formation
ETF
European Training Foundation (Fondation européenne pour la formation)
MFPE
Ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi
OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
UTICA
Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l’artisanat
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